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Vu que vous etes nuls (cf) mon dernier article ou faineants, c'est pas mieux !!! voilà un texte , que je n ai pas ecrit , mais tres interessant a lire !!
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Pourquoi les gens d'Athènes sont-ils si peu généreux ? Ils en ont assez, presque tous, de cet excentrique qui dort n'importe où, sous prétexte que la terre entière est sa maison. Qui ne se laisse jamais impressionner ni par les riches ni par les puissants, ni même par les dieux. Qui vit avec son manteau de grosse laine plié en deux, toujours le même, été comme hiver, et sa besace où il enfourne ce qu'il peut grappiller comme nourriture. Le Chien, comme on le surnomme, agace tout le monde depuis longtemps. Les Athéniens ont pris l'habitude de le voir déambuler partout, toujours pieds nus, quelle que soit la saison. Ils l'ont vu se rouler dans le sable brûlant les jours de canicule et, parfois, l'hiver se vautrer dans la neige, histoire de s'endurcir, de "s'exercer", comme il dit. Les gens ne savent pas trop à quoi il s'exerce exactement, mais ils ne s'habituent pas bien à le rencontrer en train de pisser n'importe où, encore moins à le voir se masturber dans la rue en disant que ce serait une bonne chose que la faim puisse disparaître aussi facilement.
Ce solitaire hirsute prétend les ramener à la réalité ? La plupart des Athéniens haussent les épaules. Ils pensent que Diogène est un exalté. Ceux qui ont entendu Platon déclarer que cet excentrique est un "Socrate devenu fou" se méfient de ses lubies. Il y en a quand même un bon nombre qui l'admirent en secret. Quand Diogène s'est installé dans la réserve en terre du Métroôn, le fameux tonneau, beaucoup se sont dit qu'il n'allait pas tenir. Et Diogène tient. D'année en année, il persiste. Il se contraint à vivre à la dure. Et ça, quand même, c'est courageux ! Dernièrement, quand un voyou a démoli le tonneau, des citoyens ont pourchassé le coupable et l'ont corrigé. On a reconstruit, pour l'ascète tonitruant, un abri identique, qui lui suffit.
Ce qui force le respect, c'est que Diogène vit comme il le pense. Il ne fait pas semblant. En voilà un qui met en accord ses gestes et ses phrases. Un philosophe en acte, pas un discoureur. Encore moins un bel esprit faisant à chaque instant le contraire de ce qu'il dit.
Il a beaucoup écrit, pourtant, et sur des sujets très divers, traités politiques et livres de morale. Mais sa vie, jour par jour, parle pour ses idées. Presque personne n'a lu ses œuvres. Mais tout le monde voit comme il se comporte. Il enseigne par le geste et par l'exemple.
Certes, il choque fréquemment. C'est qu'il est le premier à pratiquer ce mode de vie dénommé cynique, à cause des chiens, justement (kunos, en grec ancien, veut dire "chien"). Sans vouloir l'imiter, ceux qui le rencontrent ne sont pas loin, quelquefois, de lui donner raison. Quand Diogène traite Platon de "bavard intarissable", beaucoup d'Athéniens partagent son avis. Et quand il se proclame lui-même champion olympique dans la "catégorie hommes", certains acquiescent en secret.
Mais les athlètes, même ceux de la vertu, doivent se nourrir. C'est pourquoi Diogène s'est déjà installé, longtemps avant le lever du soleil, juste au point où deux rues convergent. C'est la meilleure place pour mendier. D'ici, adossé à la maison qui fait l'angle, il a sous les yeux la place du marché dans son ensemble. Tous les Athéniens qui passent sont à portée de voix. Et ils vont l'entendre, comme à l'accoutumée. Qu'ils s'appellent Platon ou qu'ils soient moins fameux, qu'ils soient commerçants, guerriers, paysans, esclaves, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, Diogène, comme toujours, est bien décidé à ne pas ménager ceux qui passent à sa portée. Mendiant oui, flatteur non.
Il les rudoie pour les secouer, les réveiller. Parce qu'il les juge lâches ou bien étourdis, préoccupés de leur satisfaction immédiate, incapables de s'occuper de l'essentiel : se conduire en hommes, vivre libres, atteindre le bonheur. Oui, il mendie, lui, le fils de banquier, l'ancien faussaire exilé, l'homme venu de Sinope il y a plusieurs années déjà et qui vit aujourd'hui dans les rues, comme un chien, volontairement. Il mendie quand il a vraiment trop faim et plus rien du tout à se mettre sous la dent. Il n'en éprouve pas la moindre honte. Tout est à tout le monde, pense-t-il. Quand on lui fait l'aumône, on ne lui donne rien, on lui rend ce qui est à lui comme à tous. C'est pourquoi, pour obtenir à manger, Diogène ne s'abaisse devant personne. Au contraire, il houspille les passants tant qu'il peut.
"Eh toi, oui toi, le gros, tu m'entends ? Tu donnes quelque chose pour que je mange ? Au lieu de t'empiffrer, tu ferais bien de me nourrir ! J'ai faim, je te dis ! Et je t'interdis de me laisser comme ça ! Tu entends ?" L'autre passe son chemin sans tourner la tête. Alors Diogène reconnaît dans la foule un avare, qui lui a déjà promis quelques pièces, plusieurs fois, toujours pour le lendemain. Et il se met à hurler : "Hé, mon ami, c'est pour ma nourriture que je veux ton argent, pas pour ma sépulture ! Si tu attends trop longtemps, tes pièces serviront à m'enterrer !" Quelques passants rient. Personne ne donne. Les heures passent. Nul ne jette à Diogène la moindre pièce. Pas même un bout de pain ou quelques olives. Il reste seul avec sa faim, sa main tendue et ses invectives.
http://www.lemonde.fr/old-horizons/article/2003/07/19/diogene-le-cynique_328320_3230.html
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