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Mercredi dernier, je suis allée rendre visite à des amies de Ce.
ce ne sont pas des amies comme les autres... elles ont des idées, des idéaux et sont enprisonnées pour cela.
ces jeunes femmes ont été de près ou de loin impliquées dans les différents réseaux communistes des années 90.
elles sont considérées comme "terroristes".
elles ont des peines qui varient de 15 à 25 ans de prison.
Hier, In et moi avons retrouvé My dans un café à miraflores. apres avoir mangé un sandwich et bu un thé, My a acheté plusieurs gateaux, et nous sommes monté dans le bus direction le pénal de santa monica a chorillos. nous sommes toutes les trois en jupes, c'est la tenue obligatoire.
devant la porte en fer, plusieurs femmes en jupes attendent que le gardien ouvre. la grande porte en fer s'ouvre, un homme en uniforme, armé, nous ouvre... "allez y, entrez"...
on rentre dans cette cours intérieure. une dame prends les noms des visiteurs. seulement des femmes, nous sommes mercredi, c'est le jour ou les femmes peuvent venir visiter les femmes. nous pouvons venir le mercredi et le samedi et avons le droit de monter dans les couloirs et dans les cellules. les hommes visiteurs peuvent rentrer le dimanche mais n'ont accès qu'au patio.
nous laissons donc notre passeport, la femme en uniforme note nos noms, prénoms, et la personne que nous venons voir. My a le prénom et nom d'une femme que lui a donné Ce.
la dame en uniforme nous tamponne l'avant bras du sigle "A" et d'un numéro. je vais visiter le bloc A et suis la 81e a rentrer aujourd'hui.
la dame nous indique un bureau ou nous nous dirigeons. deux autres femmes verifient les gateaux que l'on a apportes. nous sommes ensuite fouillées chacune notre tour.
direction le bloc "A", My est déjà venue et nous la suivons.
j'ai eu l'impression de rentrer dans un hlm, mais avec des peintures sur les murs, des dessins.
nous montons au 1er étage. on nous demande qui on vient voir, et quand on indique le prénom de la jeune femme, elle l'appelle. au fond d'un long couloir une jeune femme repond et en reconnaissant My arrive sourire aux lèvres en lui tendant les bras, elle nous embrasse toutes les trois comme si nous nous connaissions depuis plusieurs mois, années... on pénètre dans le couloir qui donne sur les cellules, et les 7 femmes avec qui elle était nous tendent les bras et nous embrassent. nous sommes les amies de Ce, elles ont entendu parlé de nous.
elles nous offrent des chaises, un thé.
elles ont amenagé leur celules du mieux qu'elles ont pu, les murs sont décorés par des peintures, des photos, des dessins, des cartes. dans cette pieces de 4 m², il y a un lit superposé en ciment, un toilette turc, un lavabo et une commode. les rideaux sont au style péruviens, le baldaquin aussi.
nous discutons pendant des heures, de nous et d'elles. elles font de la peinture, du theatre, écrivent de la poésie, des pièces de théatre. elles nous montrent leur peinture et Yn donne son avis et elles échangent des dicussions de passionées. elles ont un prof italien qui leur permet de peindre mais ne leur donne pas assez de cours théoriques, elles ont soif de connaissances, d'apprentissage.
au début nous parlons toute ensemble, puis des groupes se forment autour de chacune des visiteuses.
une d'entre elle m'explique qu'elle est la depuis 15 ans. elle doit sortir ces mois ci mais ne sait pas quand exactement. elle est de cusco et lorsqu'elle a été capturée ils l'ont emmené de maison d'incarcération en maison d'incarcération. elle est contente de la stabilité qu'elle a aujourd'hui, ils ne viennent plus les chercher à n'importe quelle heure pour les changer de prison. elle ne connait pas lima, n'y a jamais mis les pieds quand elle était en liberté. elle connait la ville à travers sa soeur qui lui raconte et va l'accueillir.
chacune a son histoire, elles ont besoin d'en parler.
l'une nous montre les photos de ses fils, l'autre nous parle de ses enfants.
on parle d'amour, de théatre, de peinture.
nous dejeunons avec elles.
à 17h les visites se terminent, nous trois repartons vers le dehors, la liberté, elles restent dedans, elles y sont actuellement, y seront quand j'y retournerai la semaine prochaine, y seront encore dans 10 ans pour certaines.
nous avons croisé une jeune femme qui est sortie il y a qq mois. elle profite de tout, ses freres s'occupent d'elle et elle court partout pour voir tout ce qu'elle ne connait pas.
une des incarcérées m'a offert un livre qu'elle a écrit et qui a été publié. l'un de ses poemes parle de la cellule qu'elle a partagé avec cette amie qui est sortie. elle explique la difficulté de rester dans un lieux ou elle avait vécue et partagé tant de choses.
plusieurs poemes sont adressés a un amour perdu. l'être aimé semble être incarcéré lui aussi mais ailleurs. ses poemes pleurent cette absence et exprime l'attente inespéré des retrouvailles.
elles sont angoissées aussi à l'idee de rentrer chez elles. pour certaines la maison a disparue, pour d'autres les parents laissés ont vieillis...
beaucoup d'émotions ont remplis cette journée peu ordinaire.
par le hasard, nous sommes allés en prison le jour ou fujimori revient au pérou. il est emprisonné mais dans des conditions bien différentes.
lors du gouvernement de fujimori, lorsq'elles ont été arretées dans les années 90, elles étaient enfermées a 8 par cellules, sans lumières. n'avaient pas la possibilités d'écrire. depuis 8 ans elles peuvent travailler pour réduire leur peine. mais la loi n'est passée qu'il y a deux ans, et le décompte ne se fait que depuis cette date.
aujourd'hui elles étudient toutes à distance : droit, éducation, comptabilité....
voila en gros... c'est un peu en vrac, mais ce sont tous les sentiments que l'ai ressentis hier.
nous sommes parties après les avoir embrassé, pris dans nos bras (comme cela se fait ici au Pérou avec tes amis) et remercié. elles nous ont apporté autant que nous semblons leur avoir apporté. elles nous attendent un autre jour, la semaine prochaine ou dans plusieurs mois, nous serons toujours attendue et aussi bien accueillies.
anaisanais, septembre 2007
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