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January 3rd, 08

Hommage à Paul GEROUDET

"L'aube de mai pâlit au levant sur les créneaux des cimes. Peu à peu, la neige blafarde s'éclaire et sa lueur précise les fuseaux sombres des sapins. Les derniers hululements d'une chouette éveille les premiers chants que bégaient les merles à plastron. Au bruit lointain des eaux d'un torrent se mêle une rumeur indécise qui roule d'un versant à l'autre : la montagne semble travaillée d'une ébullition sourde que traverse des jets de vapeurs... les petits coqs célèbrent le printemps ! Et voici que cette magie obsédante renaît toute proche entre l'alpage et la combe où trainent des brumes légères : roucoulants et soufflants, une sorte de diablotin noir surgit sur une éminence et jette une lueur blanche de temps à autre. Un second le rejoint avec un chuintement sauvage, - deux ombres face à face, qui avancent, qui reculent et soudain se lancent l'un contre l'autre. C'est un tourbillon de claquements et de bonds, puis une fuite, un vainqueur qui se pavane seul sur son tertre, qui roucoule encore à perdre haleine... Quand le soleil dore les crêtes, il disparaît et bientôt l'étrange musique guerrière cesse de bouillonner sur les hautes forêts.
            [Paul GEROUDET Grands échassiers GALLINACES Râles d'Europe]"

C'est en 1978 que ce texte écrit par Paul GEROUDET sur les combats de tétras lyres m'a fait apprécier ce que pouvait être l'observation de la nature, comprendre la poésie qui s'en dégageait.

A l'occasion du festival international de photo de nature de Montier-en-Der j'ai ramassé machinalement sur un stand une revue qui avait pour sujet principal "L'ortie une vrai peste ?". Cette excellente revue, la revue "Salamandre" je viens de l'ouvrir, elle date de février 2007.

Un article "le dernier envol" de Bertrand POSSE a retenu toute mon attention : "Après avoir gratté des dizaines de milliers de pages, la plume de Paul Géroudet s'est définitivement posée."

Cet homme qui a forgé la passion qui est la mienne aujourd'hui est représenté l'oeil sur la lunette d'observation. Il porte le béret basque et un habit à capuche. Le visage buriné, le cheveu blanc, un collier de barbe lui entoure le visage.

Je ne l'ai jamais connu et pourtant, il m'est proche.

"Respect Paul et un grand merci pour votre oeuvre."

Si vous faites l'acquisition d'ouvrage sur les oiseaux, parmi l'oeuvre colossale de Paul Géroudet vous pourrez trouver "les passereaux d'europe" ou le "Peterson", deux de ces ouvrages majeurs.

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January 6, 08

Le quart d'heure

Ma soeur Françoise a la chance d'habiter près des grands lacs de Champagne-Ardenne. Comme moi, elle publie ses photos. Les images qu'elle ramène de ses promenades me font souvent envie. Dernièrement elle m'a soufflé un tuyau, un bon coin qu'elle fréquente et qui ne laisse jamais bredouille d'images le promeneur qui s'y aventure. Je suis décidé, j'y vais.

Lorsqu'on chasse la photo, une bonne météo est essentielle. Elle aide à la réussite des images. Un grand soleil permet de donner plus de profondeur de champ, un temps couvert évite de "cramer" les photos. Renseignement pris, le temps sera mitigé mais sans pluie avec l'apparition fréquente du soleil. Le photographe amateur que je suis n'est jamais satisfait mais pour cette fois, je m'en contenterais. Nous partirons ma femme et moi pour la journée vers ce coin de l'Aube, en lisière de Haute-Marne, ou les grues se montrent au gagnage.

Deux tomates, du jambon, un camembert, quelques autres friandises pour un pique nique d'hiver. Le pain sera pris sur la route. Le matériel accompagne le repas dans le coffre. Le garage est refermé. Nous partons.

Sorti du quartier, ma femme me signale que les jumelles sont restées à la maison. Pourquoi ne les laisses t'on pas à demeure dans la voiture ? Tans pis je ne reviens pas sur mes pas. Nous n'étions pourtant pas à un quart d'heure près...

Sur la route de Vitry-le-François, les éoliennes brassent l'air. Un joli spectacle que les ailes de ces grands oiseaux tournant dans le ciel bleu.

Je contourne Vitry, continue sur la route de Brienne-le-Chateau puis tourne à gauche pour me rapprocher des lacs. Nous traversons le village de Lentilles en admirant son église. C'est une caractéristique du Pays du Der, les églises sont à pans de bois : Outines, Bailly-le-Franc, Drosnay, Mathaux, Soulaines-d'Huis, Chatillon-sur-Broué, Saint-Léger-sous-Margerie, Longsols sont des villages à visiter si vous désirez venir faire un tour par la Champagne. L'église St Jacques et St Philippe de Lentilles est superbe avec son clocher à quatre égouts retroussés dirigeant le son des cloches vers le bas. La haie qui l'entoure est haute et cache un peu l'édifice. Dommage.

Nous arrivons sur place. La voiture est arrêtée au soleil près d'un étang. La glace est présente et  forme des mosaïques Notre arrivée fait fuir les quelques colvert trop proches de la route. Un héron et une grande aigrette font de même.

Il y a de la vie sur cet étang. Les oiseaux se sont éloignés. Il faut trouver le moyen de se rapprocher. Fermer la voiture. Après une dizaines de mètres, un chemin s'ouvre sur la gauche, il longe l'étang. La cuvette est large c'est un petit lac.

Sur le chemin quelques pontons permettent de s'approcher de l'eau. Sans ces trouées, difficile de s'approcher. Le lac est défendu des étrangers par des roseaux. Le vent les fait bruisser et le mélange de cette musique avec le clapotis de l'eau contre la glace ressemble au bruit mélodieux d'une fontaine.

Sur l'autre rive, des aigrettes, des hérons, des canards, des cormorans, des mouettes, des oies. Quel spectacle. Sans bouger, je le contemple. Des envols soudain ponctue le calme de l'endroit. Ce sont des vanneaux mélangés aux canards qui prennent l'air puis l'arrivée de dizaines d'oies qui éclaboussent l'étang

Le chant caractéristique des grues se fait entendre. Une escadrille nous survole, tourne sur place et se rapproche. Elles ne font que passer. Elles dérangent un rapace qui silencieusement s'éloigne.

L'estomac est creux, il faut revenir à la voiture. Le retour est rapide, le repas l'est aussi. Nous décidons de poursuivre l'itinéraire qui nous a été proposé.

....

La suite au prochain blog

 

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January 7, 08

Le quart d'heure (seconde partie)

Résumé de l'épisode précédent : Sur les informations précieuses de ma soeur je me rends près des grands lacs de Champagne. J'espère y voir des grues au gagnage. Le blog précédent raconte la promenade autour d'un étang. Il est treize heures, l'estocmac vide nous retournons à la voiture pour manger le piquenique préparé pour la journée.

Les jumelles ont manquées à la découverte du lieu. Mon épouse surtout n'a pas pu apprécier de plus près le spectacle. Les oiseaux sont éloignés sur l'autre rive. J'en profite, égoïste, par la lunette de mon appareil tandis qu'elle rammase des feuilles pour son herbier. Elle les utilise pour fabriquer des cartes et décorer la maison. Je me promets de placer désormais cet équipement dans la voiture.

Le chemin vers la voiture est rapide. Sur la gauche le tac-tac d'un pic se fait entendre. Je tourne machinalement la tête dans sa direction. Face à moi, un champ de chardon. Les premiers arbres sont trop loin pour taquiner picus viridis ou dendrocopos major. Par contre, là, dans ce champ, les petites plumes qui bougent, j'en fais mon affaire. Que peut-on trouver dans un champ de chardon ? Avec de la chance, un chardonneret élégant ou deux. Peut être trois. Quatre carduelis carduelis est un luxe dont je profite volontier.

Le piquenique attendra un petit quart d'heure la température fraiche de la saison en assurera la conservation.

 La suite au prochain blog ...

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January 8, 08

Le quart d'heure (troisième partie)

Rappel des deux blogs précédent : Après avoir fait le tour d'un étang, flâné à regarder les chardonnerets et cassé une petite croûte, je reprends la route avec mon épouse.

Après avoir consulté la carte sur l'itinéraire indiquée par Françoise nous prenons la route à droite. Une petite route bordée par un champ où commencent à pousser les semences de l'automne. A droite une ligne d'arbres nous sépare d'une terre à maïs dont les pieds coupés à dix centimètres du sol n'ont pas été enlevés. Ce sont les champs où se nourrissent les grues, les champs de gagnage.

La signification du mot gagnage est complexe, il concerne certes la vie agricole mais peut définir les terres gagnées par la mer, une sole accueillant les céréales d'hiver ou encore un champ où le gibier vient prendre sa nourriture. Cette dernière définition concerne nos grues mais il ne s'agit plus de gibier, elles ont un statut d'oiseau protégé en France par la loi de 1976 et figurent sur la liste rouge de 1999 des oiseaux nicheurs hivernant.

Autant dire qu'aller déranger ces demoiselles n'est pas conseillé. La prise de photo doit s'effectuer avec précaution.

Nous avons beau regarder partout dans les champs, pas l'ombre d'une plume. Pourtant je les entends toutes proches. Elles ne sont pas loin. Un rayon de soleil éclaire une flaque. Sur la gauche, après avoir passé un bâtiment laissé l'hiver à l'abandon, la verdure d'un pré attire notre attention. Là, derrière une haie se trouve une troupe, un véritable élevage d'oiseaux sauvages.

C'est ma femme qui conduit. Je suis à sa droite. Je dois me tordre pour prendre la première photo, je tourne ma jambe dans l'habitacle mais le dos me fait mal. Je pousse une fesse qui glisse sur la banquette. Je suis déjà mieux mais l'objectif ne peut s'orienter vers les oiseaux. Une nouvelle gymnastique permet quelques photos mais mon déséquilibre me fait trembler. Une voiture nous suit, nous devons rouler un peu. Je conseille d'aller plus loin, de faire un demi-tour. Je serai mieux. Ma fenêtre donnera sur le parc où sont les bêtes.

Nous refaisons un passage. La voiture roule au pas. Les oiseaux n'ont pas peur des véhicules. Nous ne sortons pas. Je prends quelques photos. Le bruit de l'appareil gène les animaux. A pas lent, elles s'éloignent l'oeil rivé sur la masse métallique de la voiture tout en continuant à s'ébouriffer les plumes ou à parader fières de leur beauté.

Nous continuons la route jusqu'à la ferme et garons la voiture. Nous continuerons à pied cachés par une haie rendue transparente par sa tenue d'hiver. Le paysage est superbe. La terre est humide. Deux saules surveillent en maître le terrain.

Par un trou dans la haie, je prends mes photos. De temps à autre j'avance, reprends des clichés. Je continue, encore une image. Ce n'est pas un spectacle de colonie de vacance, c'est un ballet, c'est du béjard sur une musique bruyante et ravissante. On n'entend qu'elles. Ne cherchez pas le bruit du vent, le clapotis de l'eau, si vous en voyez les images, le son disparait pour le tintamarre de la conversation des cendrées.

Nous y restons un quart d'heure mais j'approche trop. Je les dérange. Je m'en aperçois mais j'ai beau reculer, elles s'apprêtent à partir, à s'envoler. Zut. Je ne suis pas fier et retourne penaud à la voiture mais c'est trop tard, le mal est fait, elles ont quitté le terrain, elles ne sont plus là.

La suite et fin du voyage dans le blog suivant

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January 10, 08

le quart d'heure (dernière partie)

Je ne vous résume plus la situation : je suis près des grands lacs de Champagne-Ardenne avec mon épouse et je mitraille tous les animaux qui passent à ma portée. J'y prends un grand plaisir mais je dépasse les limites et les oiseaux s'envolent me laissant comme deux ronds de flan.

Deux ronds de flan, c'est bien ça. Cette expression image bien les deux yeux écarquillés qui étaient les miens à cet instant. Heureusement "flan" ne prend pas de "c" final  dans cette expression car j'aurais du vous dire que j'étais resté sur le cul. Enfin ! C'est un peu ça quand même. Les grues sont parties dans un vacarme assourdissant.

Nous n'avons plus qu'à reprendre la voiture et voir ailleurs si nous rencontrons d'autres migrateurs.

Ils ne se font pas attendre. Un champ plus loin, après avoir passé un petit carrefour champêtre gardé par une fermette aux volets fermés, un petit groupe de grues, moins d'une dizaine, est là au bord de la route. Je connais maintenant la gymnastique qui mène mon objectif en face du carreau ouvert de la voiture. Et un, et deux, et trois. Ca fait mal quand même, je n'ai plus ma souplesse d'autrefois. Je prends le temps de cadrer et d'inscrire les images dans la mémoire de l'appareil. "Avance un peu la voiture s'il te plait", il y a une église en arrière plan, ce sera du plus bel effet". D'autres grues se promènent au loin, des ombres peu visibles.

Sans déranger les animaux nous reprenons la route. Nous traversons un village champenois. Cette région veut vraiment attirer les touristes, les maisons sont rénovées, les pans de bois se découvrent, la beauté initiale de ces bourgades redevient palpable.

Pas le temps pour cette contemplation, nous prenons à gauche et continuons par les champs. Nous tournons en rond pendant un quart d'heure sans rien voir. Nous décidons de retourner au pré vert ou nous avions dérangé ces grands oiseaux. Les grues sont les plus grands oiseaux d'Europe avec leur deux mètres d'envergure et les quatre à six kilos de chair et de plumes qu'elles arrivent à étendre dans un vol qui peut atteindre les quatre-vingt kilomètres à l'heure. Rendez vous compte, elles sont capables de traverser la France en une journée...

Moi, contrairement à elles, je roule au pas. Deux véhicules nous précèdent. L'une s'arrête, l'autre la dépasse. Nous nous apprêtons à faire de même. "Mais ! C'est l'auto de Françoise". Elle chasse sur ses terres. Nous doublons la voiture et pilons devant. Je sors en hâte avec l'appareil, porté comme un paparazzi. Françoise nous reconnais alors et sourie. C'est son anniversaire. Plein de bises et de rires précèdent la conversation. Nous racontons nos histoires mais l'oeil reste aux aguets. Plus loin un rouge-gorge vient voir la scène. Je le prends sans conviction. Il sera flou. Tans pis, nous continuons la discussion. Françoise veut nous emmener voir les chevreuils, il y en a plein un champ à deux pas en voiture.

"C'est quoi ces oiseaux oranges ?" interroge ma femme. Le temps de nous retourner deux flèches bleues filent dans un caniveau. Ce sont des martins pêcheurs. "Je n'en ai jamais vu d'aussi prêt" dit Odile, "je ne les pensais pas aussi orange !". Les appareils n'ont pas eu le temps d'être mis en place que les éclairs ont disparus. Dommage.

(Une prochaine fois peut-être nous vous en montrerons des photos. Je sais que Françoise les épie, visitez son site régulièrement. L'aiguillon de plume ne devrait pas tarder à y être immortalisé.)

Allons voir les chevreuils. Ce n'est pas bien loin, près du village,

Les cervidés sont effectivement là, une belle troupe. Les grues les survolent. Ils mangent l'herbe et se déplacent. On croirait qu'ils tirent le traineau du père Noël. Nous allons plus loin. Françoise nous montre un champ profond. C'est là que les chevreuils sont souvent les plus nombreux. Il ne semble pas être là. Ils sont pourtant présents mais cachés par une ligne de Grus grus de Cranes et de Kraniches. Elles sont vraiment nombreuses qu'il faut les appeler par les noms internationaux qui les représentent.

Le soleil baisse donnant des paysages magnifiques. Un faible soleil derrière une rangée d'arbre, un vol de grues au dessus d'un bois. Nous nous séparons. Le chemin du retour est long.

Nous reprenons, à l'envers, la petite route et remontons sur Châlons. "Je voudrais rentrer avant la nuit" me soumets Odile, "Reprenons par la route de Vitry". Mais nous ne connaissons pas bien l'endroit, nous nous perdons, nous nous rapprochons du lac du Der. Des signes ne peuvent nous tromper : dans un champ un héron et plus loin, encore des grues. Sur la route de Vitry nous n'en aurions pas rencontré.

Nous ralentissons à un passage à niveau, ce qui nous laisse entrevoir une chevrette suivie par un beau chevreuil qui redouble de sauts. Nous rattrapons la route qui mène à Vitry. Nous repassons devant les éoliennes avant d'entrer dans Châlons.

La nuit n'est pas encore tombée.

Il s'en fallait d'un quart d'heure.

 

 

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January 27, 08

Matinée de repos

Une journée de soleil est capable de faire oublier trois semaines de travail difficile et de fatigues accumulées. C’est par cette phrase que mon récit doit commencer.

Pas faciles en effet ces semaines dernières. La nouvelle année démarre en trombe, pas le temps de m’arrêter. Ce n’est plus un travail que j’exécute, je suis une zapette. Un problème réglé ici, c’est un autre qui surgit là-bas. Une solution à droite, un résultat à gauche, la fin d’une tâche derrière, un nouveau chantier devant.

Ce matin je me réveille avec une pensée à ce travail mais j’ai bien dormi, d’une traite. Il fait beau. Tant mieux !

Je rêvais depuis un an d’un second boitier. Voilà c’est fait, je l’ai reçu vendredi. Je vais pouvoir l’essayer par beau temps. Samedi était maussade et la promenade n’a pas été fameuse. Pas bredouille, non, mais juste deux photos : un lierre encore en fruit pris sur le bord de Marne et une sorte de « berce » suintante d’eau gelée. Une promenade dans le froid. A oubier.

Odile, mon épouse, me connait bien, elle me propose une promenade dès le petit déjeuner. Je suis, vous l’aurez deviné, partant. Et presque déjà parti. J’ai choisi d’aller au jard anglais. C’est l’un des trois jardins de Châlons-en-Champagne. C’est un jardin fait de deux grands creux d’herbe entourés de chemin. Une passerelle de bois enjambe le plus grand. L’hiver lorsque la Marne est haute, les creux peuvent être pleins d’eau. Depuis peu, un petit bassin nautique a été ajouté.

Les membres de la ligue protectrice des oiseaux y ont déposé des nichoirs. C’est l’endroit idéal pour photographier les oiseaux. Ils sont habitués à l’homme, nourris, logés et protégés.

Nous laissons la voiture sur un parking presque vide. C’est bon signe. Il n’y aura pas trop de monde dans les allées. Un moineau surveille les passants du haut de sa branche. Le chemin qui longe le canal de l’ancienne écluse est un repère de mésanges. Nous l’empruntons. Quelques canards tentent la traversée du bras d’eau. Il fait encore froid, la brume monte de l’eau.

Un homme nous dépasse et nous salue. Il fait son jogging matinal. Il effraie deux pinsons occupés à chercher de la nourriture sur le bord du chemin. Le givre est encore très présent. Des gouttes de glace pendent des brindilles. Une souche coupée étincelle de cette eau gelée. Un trou en son centre montre la place du cœur qu’elle n’a plus. Une sorte de verdier s’occupe au dessus. Il pique son bec dans de petits fruits en forme de pomme de pin et en retire de quoi se nourrir.

Au bout du jard anglais nous prenons la passerelle qui mène à un sentier qui longe la Marne jusqu’au pont coupé. Un pont détruit par les français pour empêcher les ennemis de l’époque d’avancer. C’est sur ce chemin que j’ai repéré il y a quelques semaines un pic. Un arbre porte d’ailleurs les marques laissée par l’oiseau : des trous ronds aux bords évasés. Des copeaux de bois s'étalent sur le sol. Ce serait génial si le pic était là.

Arrivé à la hauteur de l’arbre pas d’oiseau en vue. Un jogger nous croise. Pendant que je montre à Odile l’endroit où se tenait le pic un autre passant nous salue d’un geste théâtral : « Je vous souhaite une agréable journée ». Après nous avoir dépassé, il ajoute : « doit y’en avoir pour du pognon » en montrant du doigt l’appareil photo. « Un peu » lui réponds-je machinalement.

Hier j’avais vu des troglodytes derrière le lierre en fruit. Je regarde de nouveau. Comment ? Ils ne m’ont pas attendu ? Hier, il ne faisait pas beau, les photos que j’ai prises de ces oiseaux nains ne sont pas belles. Elles sont floues. Les troglodytes sont de tous petits oiseaux, pas plus grands qu’une souris grise. Ils ont une petite queue postée en l’air et se déplacent rapidement au sol entre les racines.

Nous décidons de rentrer. Le four programmé le matin avant notre départ a du démarré et la pintade ne va pas tarder à être rôtie. Avec des pommes cuites ce sera délicieux.

« Tu voulais voir des troglodytes ? Et bien en voilà un » me lance silencieusement Odile. En effet, un petit souriceau emplumé courre sur les racines d'un arbre planté au bord de la Marne. Il est agile et mon objectif à du mal à le suivre. Il a tôt fait de s’éloigner.

Nous rentrons par le jard. En tâches roses des bruyères courent au sol.  Je profite d'un détour pour passer près du bassin d’eau. C’est là que j’ai pris les branches d’un saule il y a quelques jours. Les extrémités en forme de crosse m’avaient attiré le regard. Je sais qu’il y a un platane tout près ou viennent les chardonnerets. Décidément, je n’ai pas de chance. Les chardonnerets restent derrière les branches. Quelques mésanges, des moineaux, des verdiers mangent des graines de tournesol laissées à leur intention.

Un pinson me regarde du haut de sa branche. Il semble me dire « Tu n’as pas honte de manger une pintade à midi ?».

J’ai envie de lui répondre : « mais pas du tout mon cher ami». Et, pour le lui prouver, je rentre effectuer la découpe. Je commencerais par les ailes... 

La fatique du travail ? Y'a bien longtemps qu'elle est oubliée.

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January 28, 08

Après-midi de repos

J’avais raison ce matin. La pintade aux pommes, c’est excellent. Le repas a démarré avec une bouteille dont l’étiquette était absente. Est-ce du vin ? Pas sur. Goutons voir. C’est du vin de noix… Non un vin de groseille … Peu importe, en guise d’apéro cela fera l’affaire. Mais qui donc nous a offert cette bouteille ? Quelqu’un de bien c’est sur. Nous ne sommes que deux à table mais la pintade disparait presque totalement du plat. Après la ballade du matin cela fait du bien. Un petit café et nous voilà reparti pour la promenade.

Cette fois direction Ste-Menehould. Plus exactement, la Grange aux bois. C’est un petit village départ de promenades en forêt d’Argonne. Cette fois-ci nous ne nous trompons pas. En venant de « Menou », il faut prendre la première rue à droite et suivre l’indication « Parcours de santé ». La dernière fois nous avions du faire demi-tour. Nous avions poussé la voiture trop loin.

Nous reconnaissons le chêne creux. C’est un chêne rouvre dont la partie centrale du fut a disparu. C’est un phénomène normal car la sève ne circule plus qu’à la périphérie des vieux arbres. Celui-ci a près de 600 ans et a supporté plusieurs incendies intérieurs.

Le parking n’est pas loin. Nous y garons la voiture, changeons les chausses de villes pour des chaussures de marches. Il faut que je pense à en acheter de nouvelles, le pourtour de celles-ci se décolle. Je vais bientôt prendre l’eau.

Le chemin démarre par un sentier botanique. Celui-ci est très complet et très documenté malgré une réalisation plutôt artisanale. On sent que l’auteur de ce sentier aime la nature et qu’il la connait sur le bout de ses doigts. Déjà on entend les oiseaux.

Il y a du monde dans cette forêt domaniale et les cris d’enfants font plaisir à entendre. Est-ce que cela va gêner les oiseaux. Il faut croire que non car les premières mésanges traversent le chemin sans se soucier du chien tenu en laisse par un couple de promeneur. C’est lui qui tient la laisse, il a le corps penché en arrière, la laisse tendue par un chien ravi de sentir les odeurs de gibiers potentiels.

Les mésanges sont petites et plutôt blanches par ici. Ce sont des mésanges nonettes ou boréales. Il faut être spécialiste pour distinguer l’une de l’autre, elles sont sosies et ne se reconnaissent vraiment qu’à leur cri.

Plusieurs arbres ont été visités par des pics. J’ai vraiment envie, comme ce matin, de les voir. Un arbre semble accueillir leur gite. Un grand trou large et évasé est visible du chemin. Je coupe à travers bois pour prendre un souvenir photographique de l’endroit. Je tends mon objectif dans la direction, déclenche la photo quand une petite cousine du pic, la sitelle torchepot, vient fourrer son bec dans le trou et en ressort aussitôt. Tout juste eu le temps de prendre une jolie photo.

Les nonettes sont nombreuses, occupées à se chamailler un morceau de la rare nourriture que leur laisse l’hiver. Nous quittons le parcours de santé. Il y a vraiment trop de monde. Un chemin en surplomb d’un vallon semble plus tranquille. Nous nous y aventurons. Après quelques dizaines de mètres sans rencontrer le cri d’un oiseau, nous décidons de descendre vers le chemin situé un peu en contrebas. Il faut couper à travers la forêt.

Arrivé près du chemin, il faut se rendre à l’évidence, il faut sauter plus bas. Un bon mètre de talus nous sépare de la piste. Nous longeons le bord de la sente pour trouver un endroit bien moins haut. Un petit passage semble avoir été tracé par des animaux, nous nous y rendons. Après avoir glissé sur les feuilles, la main qui a retenu la chute est pleine de terre mais le matériel est sauf. C’est un lieu de passage des bêtes, pas des humains. Nous commençons le retour lorsqu’Odile me signale la présence d’un troupeau. Ce sont des sangliers qui se dirigent droits vers nous. Après ce que les iperniciens m’on raconté sur les photos de sanglier prises dernièrement par mes soins, je me prends à avoir peur. Je ne maîtrise pas l’appareil prends des photos dans tous les sens en me reculant du passage des animaux. En fait, le troupeau fait demi-tour. Ils ont bien plus peur que nous. Je réussis une photo qui montre leur derrière en les regardant monter agilement le mètre de talus que nous avions eu tant de mal à descendre. Nous reprenons notre chemin lorsqu’un vieux mâle en retrait sort d’on ne sais où. Il panique en nous voyant et monte le talus aussi simplement que les plus jeunes malgré son âge.

Le chemin du retour ne semble pas plus propice aux rencontres animales. Au loin, un tintement métallique régulier se fait entendre. Qu’est ce que cela peut bien être ? Je sais que les pics peuvent tambouriner les arbres mais aussi les poteaux métalliques mais ce bruit semble se rapprocher. Il vient du fond de la vallée. Deux chiens avec un gros collier rouge font tinter leurs grelots. Ils suivent la trace des sangliers.

Nous nous arrêtons de temps à autre pour écouter la nature. Sans feuillage, les arbres sont silencieux. Seuls les grelots qui tintent au loin se font encore entendre. Plus loin, sur un arbre une ombre bouge. C’est un pic. C’est LE pic que je cherche depuis des semaines. Je n’en verrais pas plus. Il s’envole dans un cri de moquerie. Ca ne fait rien, je reviendrais.

Nous rentrons tranquillement. Le ciel rosit. Nous nous arrêterons près du plan d’eau sur le retour. Le ciel est sur le point de s’habiller de ses plus beaux atours. Sur le chemin j’imagine voir les cygnes ouvrir leurs ailes dans ce ciel magnifique. C’est encore mieux, c’est une aigrette. Le feu est sur l’eau. Une photo de l'endroit ne transpirera pas le dixième de la beauté du moment.

Le ciel nous accompagnera le long de la route jusqu’au retour de la voiture au garage.

Une journée de soleil est capable de faire oublier trois semaines de travail difficile et de fatigues accumulées. C’est par cette phrase que mon récit doit terminer.
 

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