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June 24, 07

Petite présentation de mes photos

Vous trouverez sur cet espace, les photos qui me semblent les plus agréables de l'ensemble de ma production.

Amateur passionné, je n'ai que peu de temps à consacrer à ce loisir.

Les photos ne sont pas professionnelles, je les soumets "nature" à vos regards.

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December 15, 07

A la recherche des chevreuils

Il y a un mois j’avais repéré une douzaine de chevreuil depuis la route qui mène à Troyes. Le temps de prendre deux ou trois photos mais mon rendez-vous ne pouvait attendre. Je me suis promis de revenir.

Un ciel d’hiver d’un bleu sec et soleillant, un week-end sans obligations, tout se prêtait aux retrouvailles. Ce n’était pas bien loin de là. Oui. C’est ça. Un peu plus loin.

Là, dans le chemin,  dans la terre brune… des vanneaux, il faut que je tourne maintenant et que je m'arrête. Non, non, non, pas là, c’est trop près, ils vont fuir !
 
Je roule tranquille et stoppe la voiture derrière un monticule.
 
Maintenant les vanneaux sont trop loin, ils ne feront qu’un pixel sur le capteur de mon appareil.
Il faut sortir de la voiture, se rapprocher, trouver le chemin. Pas trop de boue ? Pas trop de bruit ? Le froid à endurci la terre, elle est gelée. Ca va.
 
Pour les vanneaux c’est raté, ils m’ont aperçu. Les reflets d’acier noirci de leurs plastrons offrent des éclats de métal au ciel. Le blanc de leur robe s'aperçoit sur un fond de bleu glacé. Pievouît, pievouît, piii-îh. Ils s’envolent. C’est beau un envol de vanneaux.
 
Ils sont maintenant à des kilomètres. Et zut, il me faudrait une focale de 10.000 mm. Ce n’est pas vrai !
 
Oh là! Ne bouge plus. Là, dans le creux de la terre, là, au soleil, derrière toi, ça bouge.
 
La craie décolore un sol beige. C’est mon terroir, mes racines, mon cœur. Quel bonheur de retrouver les chevrettes. Sont-elles là toutes les douze ? Non, elles ne sont que onze. Un chasseur ? Une voiture ? N’y pensons pas.
 
Je vous ai découvertes. Mais vous, m’avez-vous vu ? Oreilles dressées, pattes tendues comme des ressorts. C’est sur, je suis repéré. Ne pas bouger, s’intégrer à cette nature, se fondre à la terre.
Il fait froid, le vent souffle. Je suis du bon coté. Elles ne peuvent pas me sentir. Je ne veux pas dire par là qu’elles ne m’aiment pas mais que mes odeurs ne les atteindront pas. De toute façon elles n’aiment pas les chasseurs. J’en suis un. Je ne veux et ne peux pourtant pas leur faire de mal avec mon appareil.
 
Elles détalent. C’est raté ? Non, elles jouent, elles se taquinent, font fuir un lièvre. Elles font semblant de partir puis reviennent donner un coup de museau à la copine. C’est un bon signe. Je suis fondu au décor, elles n’ont que faire de cette tâche brun-vert debout au milieu de ce labour.
 
Le vent soulève mes cheveux. Elles arrêtent leur divertissement. Pourquoi n’ais-je pas mis mon bob. Les reflets du soleil ne me font pas de cadeau. L’homme a un défaut, il est blond. La nature le repère au moindre courant. Avec ce froid je devrais m’acheter une cagoule. J’imagine mon icône sur ipernity, mdr.
 
Je suis venu pour photographier mes biches, mes demoiselles. Elles sont là devant moi. A peine à cinq cent mètres. Je me les approprie, elles sont à moi. Je ne regarde qu’elles. Je suis les yeux de Ray, je suis les yeux de Dany, je suis les yeux de … oh lala ! ipernity est une drogue. Garde tes yeux pour toi, nom de nom.
 
Je m’approche encore, à pas comptés. J’ai les doigts gelés. L’appareil pèse une tonne avec cette grande focale. Je m’arrête, observe, reprend mes pas. Je déclenche de temps à autre l’enregistrement d’une photo. C’est encore trop loin, les yeux ne seront que des points.
 
Non je n’ai pas froid. Je suis la terre. Je suis gelé. Seul mon index a le droit de bouger. Un appui sur le bouton doré et claque le miroir. Le bruit intrigue mes modèles, elles me regardent. C’est un face à face qui commence. Elles ne bougent pas.
 
Le courant d’air balance l’objectif. Je suis debout, les jambes en écart. Je suis stable sur mon socle, le bras gauche sous l’appareil. Il le porte. Les doigts règlent la focale. La main droite tient le boitier. Elle a froid. L’index posé sur le déclencheur ne doit pourtant pas bouger de là.
 
Si le vent pouvait s’arrêter ce serait agréable, mon objectif ne jouerait plus les épouvantails.
 
Mais ! Que font-elles ? Elles s’approchent. Elles viennent me voir. Je n’ai pas besoin de m’avancer. Elles le font pour moi.
 
Pourvu que ma pellicule numérique enregistre ce moment magique. Pourvu que les piles gardent leur énergie. Pourvu qu’il ne me vienne pas l’envie de tousser.
 
Le vent souffle, la lentille de mon objectif brille au soleil. Mais elles s’approchent encore. « Clac, clac, clac » fait le déclencheur, elles repartent un instant puis se ravisent, reviennent. « Clac, clac, clac » un pur bonheur. 
 
Je retire l’œil de l’objectif les regardent sans voile, les remercie. Elles repartent en montrant leur derrière de poils blanc. Je sourie. La séance est finie.
 
Quel bel après-midi.
 
 
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December 17, 07

L'appareil photographique au repos

C’est aujourd’hui un  dimanche tranquille. Les émotions de la journée d’hier ne sont pas encore évanouies. Hier était une journée heureuse et riche en émotion, c’était mes retrouvailles avec les chevreuils (voir mon fil de discussion précédent). Ce moment était tellement intense qu’aujourd’hui, je n’aurai pas eu de mal à laisser l’appareil photographique au repos.

Le soleil me taquinait bien pour enfiler les chaussures et parcourir quelques kilomètres. Je n’en avais pas le cœur. La peur d’être déçu, d’être « bredouille », peut-être.

«  Il y a des expositions en ce moment pour les fêtes de Noël, j’aimerais faire le chemin des crèches », me dit Odile, ma femme, en me sortant de cette torpeur.

Renseignement pris, le chemin des crèches est une promenade de village en village permettant d'admirer les crèches exposées de mairies en églises. Le clou du spectacle se situant près de Dormans au village de Villers-sous-Châtillon en plein coteaux champenois.

Villers est tout près d’Orbais-l’Abbaye et je n’étais jamais allé à Orbais. Quelle bonne raison me poussait donc à y aller ? Elle est simple, une amie d’ipernity connaissait bien ce village. C’est tout ? Oui c’est tout ? Il faut dire que Dormans est à une heure de route de Châlons-en-Champagne et l’occasion de connaître un nouveau village me tentait.

Le désir de sortir était revenu. Je prends la carte, trace la route. Cette route n’est pas très verte, faisons un détour, traversons la forêt. Le chemin des crèches passe désormais par Orbais et ce sera une belle occasion de faire une belle sortie dans les bois.

Les chaussures de marches dans la voiture, les chaussures de ville au pied pour ne pas salir les églises et les mairies d’accueil. Une rapide vérification du matériel. Je le prépare avec la plus longue focale : 500 mm. Je ne sais pas pourquoi. Pour prendre les crèches, ce n’est pas l’idéal, le zoom 18-70 mm aurait été plus rationnel. Le sac dans le coffre,  l’appareil sur la banquette arrière. Nous sommes prêts, mon matériel et moi, à toute éventualité.

Villers-sous-Châtillon est un village ou toutes les maisons sont décorées de guirlandes de Noël et d’illuminations. Pas un arbre n’échappe au décor électrique, pas un poteau. Les escaliers sont éclairés à chaque marche. Des pères-noël de plastiques, de bois ou de chiffon se promènent tirés par des rennes ou des locomotives sur les pelouses des jardins ou sur les balcons. Le spectacle n’a lieu qu’après le coucher du soleil. En cette période d’hiver, les illuminations se déclenchent à 17 heures.

La ballade en forêt commencera donc avant la visite des crèches. Parfait. Prendre des photos de crèches, ce n’est pas vraiment mon truc. Entrer dans les églises encore moins.

Nous montons dans la voiture. C’est parti.

Sur le chemin, un couple de buses s’amuse près de la route. D’habitude je ne m’arrête pas. Elles ont des yeux bien meilleurs que mes jumelles. Mais un parking me tend les bras à moins de 20 mètres. Pourquoi se priver.

Je stoppe, arrête le moteur et tente d’ouvrir la porte sans bruit. Bip, bip, bip, la voiture me rappelle à l’ordre. Je n’ai pas enlevé la clef. Moi qui souhaitais rester discret. Encore raté. Les buses s’éloignent mais un héron est tout près. Il est tout « prêt » devrais-je dire car l’objectif est armé, je suis paré à tirer sur tout ce qui bouge. Je m’approche (souliers de ville au pied) de ma cible sans trop y croire. Elle s’envole. Je serais bon pour un nettoyage. Les chaussures collent à la terre.

Nous reprenons le chemin, traversons un premier bois : « chasse en cours », cela ne me tente pas. Nous poursuivons de quelques kilomètres : « le ramassage de champignons est interdit ». En plein hiver il est facile de respecter la proscription. Arrêtons nous là.

Un filet d’eau longe la route dans un clapotis printanier. Une barrière bloque le passage des voitures. Il suffit de se baisser pour enfin prendre l’air. Un chemin large et ensoleillé, une forêt très bien entretenue. Rien de tel pour se dégourdir les jambes du moment où les chausses sont adaptées. Les chaussures cirées sont dans le coffre de la voiture.

Le froid de la veille m’ayant porté leçon, je porte une casquette à visière équipée de caches pour les oreilles. Comme je n’entends plus ma femme avec cet équipement, les rabats d’oreilles sont glissés sous le chapeau.

L’hiver sait être superbe. Les lumières sont belles comme le soir d’un été. Les arbres, nus, se détachent sur un fond bleu. Les avions passent au dessus de nous. Pour la photographie, rien de spectaculaire mais pour les sens c’est merveilleux.

Pas un cri d’oiseau. Ce n’est pas qu’ils soient absents mais ils ne souhaitent pas se montrer aux étrangers qui traversent leur jardin. Pas même le cri du geai alertant au passage toute la contrée. Un calme troublé de temps à autre par un moteur de coucou entoilé. Une piste d’envol ne doit pas être loin.

Nos chaussures sur les cailloux gelés crissent dans le silence. Nous parlons de choses sans grand intérêt : « les cadeaux de Noël sont près mais pas encore emballés … », « Mathieu passe le réveillons avec des copains  …», « cette forêt nous rappelle une ballade près de Germaine ou nous avions croisé des biches et une harde de sanglier … »

Bingo ! sur la gauche, là, dans le bois. Une masse sombre avance. L’objectif est déjà collé à mon œil. Pas le temps de faire les réglages. Les branches empêchent de bien voir. Les masses sont plusieurs. Les bois sont entretenus mais des rameaux sont devant. La mise au point sera difficile. Je le sais. La lumière d’hiver n’est pas forte et les automatismes de l’appareil ne sont pas parfaits.

J’attends le moment de presser la détente. J’attends le moment ou la masse deviendra bête. J’attends l’instant ou je pourrais faire confiance à la technique que j’embarque.  Clac clac. C’est fait, un gros sanglier mâle vient de traverser le chemin, clac clac, quelques marcassins, clac clac, une première femelle, clac clac suivis d’une seconde laie qui pousse les plus jeunes de l’autre coté du chemin.

Au loin, les fusils claquent et se rapprochent. Il nous faut rentrer. Je n’ai pas peur des sangliers, je crains les chasseurs.

Je n’ai pas de photos des illuminations. J’ai laissé l’appareil se reposer à Villers.  C'est un village de champagne aux maisons traditionnelles enrichi de maisons de vigneron ressemblant à des châteaux. Je vous invite à vous y promener.Les caves sont ouvertes aux acheteurs. Le spectacle à lieu tous les hivers.

Pour le chemin des crèches, c’était, je crois, la première année. C’est sur, ils vont s’améliorer.

Pour Orbais, j’y reviendrais. Je n’ai fait qu’y passer. Le village semble charmant, le style des maisons me plaît.

 

 

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December 27, 07

Besoin de lumière

J’ai la chance de travailler dans un superbe bâtiment ancien. Les plafonds très hauts de l’édifice ont permis l’installation d’une mezzanine. C’est là que j’œuvre au quotidien.

La lumière m’arrive par une fenêtre partagée avec le bureau du dessous. L’ouverture est courbée par le haut et dépasse peu du sol. La vue donne sur une pelouse parfaitement entretenue. J’aperçois parfois un écureuil qui traverse le parking adjacent. Mon bureau est une grotte. La semaine de travail a été très ensoleillée mais je n’ai pas pu en profiter.

La peur de voir ce beau soleil disparaître au moment du week-end m’a hanté du lundi au vendredi.

Samedi commence ma semaine de corvée.  Nous nous sommes mis d’accord avec ma femme pour que je participe un peu aux tâches ménagères. Une semaine sur deux, je fais les emplettes et les repas.

C’est un piètre partage qui n’est pas en ma défaveur mais l’envie de sortir aujourd’hui est trop forte. La corvée de courses ressemble à une contrainte. Un monde fou m’empêche le passage.

C’est bientôt Noël l’ambiance des clients est heureuse. Je me fais une raison, je ne serais pas sorti pour midi. J’adopte le rythme mou des acheteurs, le déplacement apathique des consommateurs, le mouvement nonchalant des chalands. Tans pis pour ma sortie, tans pis pour mon samedi, je le passerais à cuisiner.

Le réveil sonne. C’est dimanche. Ma cuisine est prête. Il fait beau. Les prévisionnistes avaient raison c’est tant mieux. J’oublie de me raser. Dans mon jardin les oiseaux chantent. Ils se relaient en manège autour de graines déposées sur un banc. Un réflexe de chasseur, je vérifie le matériel. Le canon de l’objectif est monté. La lentille est nette. La gâchette est prête. Je me poste derrière un carreau, pousse le rideau. Le reflet du soleil m’empêche de tirer la photo. C’aurait été un gâchis, un massacre. Je prends le temps de petit-déjeuner.

Habillé chaudement, je descends dans ma cour, m’assois sur une marche. L’appareil photo m’accompagne. Les oiseaux sont partis. Je me blottis. Les yeux sont dans l’axe du manège. Je patiente. Cinq minutes, pas plus, et voici le rouge-gorge. C’est toujours lui le plus curieux. Je sais qu’il ouvre la marche à la mésange. Suivront ensuite les moineaux s’ils ne sont pas chassés par le merle arrivant du ras du sol. Le rouge-gorge se méfie. Il connait pourtant mon stratagème. Il monte sur une brindille, puis emprunte un chemin de plus en plus haut. Le voici sur le tilleul. Il lorgne sur les graines pendant que deux mésanges arrivent en fusées. La première se sert au distributeur à graines, la seconde la chasse et prend sa place.

Quelques photos prises le matin, c’est toujours ça.

Il me reste tout un après-midi après ce bon repas. Et oui, je ne cuisine pas si mal que ça.

Tout un après-midi, c’est bien dire car les jours sont les plus courts de l’année. A 17 heures le soleil ne sera plus présent. A seize la lumière ne sera plus très forte et le ciel sera rosé. La promenade sera de courte durée. Je ne dois pas trop m’éloigner.

Mon épouse n’est pas bien, elle préfère rester au domicile, se reposer.

Le temps est compté. J’ai déjà la veste sur le dos. La voiture démarre. Je vais près de Chepy, j’y ai repéré des oiseaux lors d’une promenade précédente. Chepy c’est dans la Marne. C’est un petit village sur l’ancienne route de Vitry-le-François.

Je m’arrête plus précisément au village qui le précède. Il me semble que l’endroit des oiseaux en est plus proche. J’emprunte le premier chemin de terre. Il vire à gauche puis revient vers le canal. Un dernier virage et je suis entouré de jardins grillagés. Partout des pancartes : « entrée interdite », « danger », « pièges », « si vous pénétrez dans cette propriété, c’est à vos risques et périls » ou plus simplement « terrain privé ». Le chemin continue et tourne encore. La voiture s’arrête devant une flaque. Pourrais-je traverser sans rester collé à la boue ? Je ne peux faire demi-tour. Je redeviens un enfant. Je n’ai pas envie de reculer, j’ai peur que les cow-boys des jardins interdits m’attrapent. La voiture doit passer.

Elle passe. Je continue mon chemin. L'indien est sauf.

Sur le bord de la route une meule de paille est en flamme. Elle se consume lentement. Son triste sort a été décidé par son propriétaire pour libérer la place qu’elle occupe. La paille n’est plus très fraiche et ne servira donc plus à rien.

J’arrête la voiture près du but. Je mets le sac de matériel sur le dos. J’attache l’appareil photo au monopode. Je marche un peu et rejoins un point d’eau. Elle est gelée. La fonte fait bruiter la glace. Un bruit proche de celui que font les grands arbres qui se frottent sous le vent. Dans les coins d’ombre il reste des cristaux de givre attachés aux herbes. Là où le soleil traverse, les cristaux sont des diamants. Il me faudrait emporter un objectif macro pour prendre de près ces pierres serties sur la végétation. C’est tellement beau.

Je continue ma promenade. Je ne suis pas seul sur ce terrain. Des amoureux se promènent au loin. Je longe un champ. Deux hérons s'éloignent. L'un deux déploie élégamment ses ailes. Plus loin ça bouge dans cette terre retournée, dans ces mottes glacées ou le gel fait son œuvre en cassant la masse de terre en petit morceau. Au printemps, les racines s’y enfonceront facile. Mes yeux fixent l’endroit ou la terre a bougé. Seules les tâches rouges de leurs têtes trahissent les poules faisanes. Sans l’habitude, on pourrait passer à un mètre sans les voir. Elles sont à vingt mètres et avancent à la queue-leu-leu en parcours rapides ponctués d’arrêt fréquents. Je ne suis pas venu pour elles. Je prends toutefois quelques photos. Lorsque je les croise, elles s’enfuient bruyamment. Je déclenche par réflexe. Si mon appareil était un fusil je les aurais tuées en leur tirant lâchement dans le dos.

Un petit virage à gauche me rapproche d’un étang. Deux cygnes dorment sur l’eau gelée. Les canards ne sont pas loin. L’un d’eux lève une patte pour la réchauffer.

L’endroit repéré il y a quelques semaines n’a plus la même allure, l’hiver est passé. La végétation est transparente. La Marne habituellement cachée ne l’est plus. La rive d’en face est même visible. En haut d’une cime un fringille supervise les lieux. Il s’agit d’un chardonneret. Trop éloigné pour une bonne photo. Pas d’endroit pour se cacher. Visible à des kilomètres, j’attends. Rien ne se passe.

Je comprends vite que je rentrerais bredouille alors je m’en prends au paysage. Je mitraille les lieux. Cette thématique n’est pas mon fort et le site où je suis n’est pas « charismatique ». Tans pis. Avec un beau cadre noir, je relèverais cette belle lumière, ce beau ciel bleu-blanc-rouge où des virgules de nuages sont tracées. Je prends aussi ces roseaux rouges. Puis j’essaie encore : ces labours, ces sillons sinueux et cette orée de bois. Je me sens guetté. Quelqu’un me regarde. Non, il ne s’agit pas de quelqu’un. Il s'agit d'un chevreuil, un mâle, un brocard sans doute. Le pelage brun roux de l’été est en train de se perdre pour le brun-gris de l’hiver. Une belle surprise. Il me ramène à ma voiture en traversant de petits bois. Je le suis. La lumière est trop faible, les photos ne seront que de bons souvenirs.

Rentré au domicile ma femme me demande si la sortie était bonne. Je réponds machinalement que non. La peur de décevoir sa décision de rester au chaud, peut être, car j'en pense tout le contraire.
 

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