Nécessité de la conscience.
Alain-Bernard Haïoun - 2014

On peut considérer que, de manière sournoise, la guerre est contenue dans les ambitions des civilisations si les consciences ne sont pas en éveil. L’aptitude même de l’homme à augmenter sa science permet de mettre la connaissance au service de la guerre de façon de plus en plus destructrice. C’est donc paradoxal de constater que plus il y a évolution et plus les guerres sont destructrices et meurtrières. Tout se passe comme si l’évolution entraine la domination et la domination la guerre, si les consciences n’ont pas d’influence sur les hommes.

Le XXème siècle a vu les guerres plus destructrices et meurtrières que jamais, alors que les progrès matériels faisaient des bonds formidables. La science a même permis la réalisation d’un arsenal de bombes capables de détruire la totalité de l’humanité en quelques heures. Il est clair que ce paroxysme de la potentialité destructrice conduit obligatoirement à poser le problème de la conscience de ce qui est bon ou mauvais pour l’humanité.

Un mouvement s’est amorcé avec l’alliance forte entre certains ennemis d’hier, les propositions de désarmement nucléaire et de non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que les premières réunions internationales pour la préservation de la planète, la lutte contre sa pollution et son réchauffement causés par l’activité humaine. Mais la lenteur avec laquelle ces actions progressent, et la volonté de certains dirigeants grisés par le pouvoir désirant imposer leurs ambitions par la force, montre bien que l’humanité n’a pas encore atteint un degré suffisant de conscience. On est encore loin de la paix universelle et de la dépollution de la Terre.

Comment ne nous sommes-nous pas rendus compte que toutes les autres espèces de la Terre ignorent le désir hégémonique et ont un mode de vie qui ne détruit pas la planète, alors que ce n’est pas le cas de notre espèce, réputée intelligente ? Sommes-nous vraiment la plus évoluée des espèces ? Les autres espèces possèdent peut-être une conscience innée que nous n’avons pas. Elles tuent pour se nourrir, en ne se limitant qu’à des prélèvements limités. Elles ont aussi des luttes de territoire, mais elles ignorent les génocides ; souvent les belligérants n’utilisent que l’intimidation sans vouloir la mort de l’ennemi.

Nous sommes probablement aveuglés par l’efficacité de notre technologie qui nous empêche de nous poser la question des conséquences à terme. Est-ce qu’une espèce dominante, alors qu’elle est plus intelligente que toutes les autres, a le droit de mettre en péril la vie sur sa planète hôte ? Si c’est le cas, alors elle est condamnée à s’autodétruire par la surexploitation des ressources, la dégradation de son environnement, la surpopulation potentielle, ou le non-rejet de la guerre comme solution aux conflits. Si la logique reste que vouloir la paix c’est préparer la guerre, alors, il ne s’agit que d’une paix par défaut de guerre et non d’une paix absolue, volontaire, décrétée par les consciences. Seule une conscience élevée peut venir à bout des deux principaux fléaux générés par l’humanité elle-même : la pollution et la guerre. Cette simple évidence est loin aujourd’hui d’être une réalité. Mais absolument rien n’empêche de la considérer comme objectif prioritaire. On n’atteint que les objectifs que l’on se donne, et toute utopie peut se réaliser un jour. Pendant un million d’année l’homo habilis a dû rêver de maîtriser l’allumage du feu, il a fini par y parvenir ; pendant des millénaires l’homme a dû se demander ce qu’il y avait derrière l’horizon des océans, il a réussi à en voir la limite ; pendant des siècles il a considéré comme utopique de parcourir le sol de la Lune ou de vivre dans un station spatiale avec la possibilité d’aller l’accoster dans l’espace et de revenir sur Terre sain et sauf, pendant des siècles aussi la France et l’Allemagne se sont fait des guerres oh combien meurtrières et maintenant, ce qui était utopique il y a encore quelques dizaines d’années, or actuellement une paix et une collaboration stables se sont instaurées. Il ne faut donc jamais considérer qu’un objectif noble est impossible à atteindre lorsqu’il est à la portée de l’intelligence des hommes.

L’histoire de la vie a montré que les espèces apparaissent mais aussi disparaissent à la suite des bouleversements géologiques et climatiques que subit la Terre. Le fait nouveau est que ce sont les humains qui provoquent des changements irréversibles qui menacent leur propre existence et celle d’autres espèces, et ceci depuis seulement un siècle et demi, ce qui est un temps extrêmement court si on l’inscrit dans l’histoire de la vie terrestre. En tenant compte de la rapidité avec laquelle les transformations dues à l’activité humaine ont lieu, on peut considérer que le prochain demi-siècle sera déterminant pour l’avenir de la vie des espèces et celle des hommes.

On a vu que tous les êtres vivants recherchent de façon innée à survivre et à pérenniser leur espèce. Cette évidence doit s’imposer aussi aux hommes, par conséquent un homme nouveau doit émerger rapidement pour que la conscience réelle du respect de la vie et de la Terre s’impose. A l’homo sapiens sapiens si intelligent, mais destructeur, il devrait succéder l’homo sapiens sapiens sage doté d’une conscience supérieure protectrice. Cet homme nouveau devra tout simplement avoir pour préoccupation première le respect de l’humanité toute entière, de la vie des espèces et le respect de son habitat obligatoire : sa Terre.