J’habite quelque part

entre le trop plein du silence

et la vacuité de l’instant

Je vibre de tous les mots tus

paroles écorchées cris emmurés vivants

chants durcis par l’ivresse du gouffre

Je suis la voix du poète

le murmure de l’eau

le grondement de la terre

le bruissement du ciel

Le rire même du temps

Je ne suis pas sortie du ventre de l’homme

je ne suis pas faite pour être entendue

je suis une larme inouïe

versée par des yeux sans paupières

Je roule sur la joue des astres seuls

~

J’habite quelque part

entre les rivages de l’absence

et l’océan du temps présent

Je porte en moi une flamme nue

pur sang du signe griffure du dedans

ciel gercé par une haleine de souffre

Je suis la voix du poète

Le frisson du feu

le feulement de la lumière

le barrissement de l’aube

Le rire même du temps

Je suis sortie du ventre de l’âme

je suis faite pour être nue

je suis une larme inouïe

versée par des yeux sans paupières

Je roule sur la joue des astres seuls.