Étrange canevas que celui des relations internautiques, quand il sert de trame aux liens que nous tissons, liens fugaces, puis liens d’amitié, liens de sens et même liens de cœur... Oui, car toutes ces fibres se peuvent nouer à travers les mots que l’on frappe sur un clavier plus ou moins bien tempéré. On considère généralement que 80% du langage est non verbal, tous les signaux qui nous permettent de nous ajuster aux autres, de nous adapter et surtout de valider l’instant nous font ici défaut. C’est alors, comme pour les aveugles chez lesquels la privation de la vue renforce l’ouïe, que nos mots se parent d’antennes qui voient et sentent à notre place, et goûtent l’autre, et le peuvent pénétrer avec une étrange acuité. Le problème est que nous sommes privés de la validation qu’offre le monde dit réel et son épaisseur. Si les instants authentiques ont ici parfois une clarté cristalline, ils en ont aussi la fragilité... Se risquer corps et âme dans de telles relations est donc plus périlleux qu’on ne le croit, et les baisers comme les morsures y sont bien réels. Beaucoup de gens en font je crois l’expérience, et personne n’y est préparé, cela est encore trop neuf, et les corps chavirés sont toujours un peu rebelles au flux d’informations qui les traverse... Sur les autoroutes de l’information, tout le monde peut se promener sans permis de conduire, traverser les océans porté par le seul vent des mots c’est tellement grisant ! Pourtant peut-être nous risquons nous d’autant plus que nous nous engageons moins, et mettons-nous en œuvre des énergies colossales. Face à ce canon à électrons qui nous propulse vers l’infini de l’autre, mais qui est braqué sur notre cœur vibrant, et celui des autres, comme dans le monde dit réel la seule parade de la lumière qui se donne est la vérité de sa démarche, et surtout sa clarté. Cela ne l’empêchera pas d’être blessée, mais elle ne blessera pas une autre lumière, et dans son miroir le mensonge ne fait jamais long feu. Alors peut-être aussi cette façon d’être et de nous communiquer, qui nous est si étrangère, nous permet d’être un peu plus humains.


2007