Blogosphère, blogossphère... est-ce que j’ai une tête de bleaugossphère ! Mais qu’est-ce qu’un nuage connaît de la stratosphère, qu’est ce qu’un caillou qui ricoche connaît du fil de l’eau, qu’est ce qu’une larme dans l’océan des passions connaît des rires et des chagrins des hommes ? Ils coulent, passent ou ricochent sans se poser de questions existentielles, soumis à la seule loi du mouvement qui les noie dans la grande marée du monde flottant. Comme ces petits textes, ces texticules que l’on dépose dans la brume des regards, dans leur eau toujours et jamais la même, sur la grande piste étoilée où la valse des visages imprime son tournis à la terre des mots. Noosphère : la sphère de l’esprit que l’on nous promettait tant, depuis Teilhard de Chardin, est enfin entrée en érection circonvolutive dans un grand crachat d’électrons. Nous sommes à l’ère de l’information assis au milieu de ses autoroutes à nous gratter le nombril piercé de rouges syllabes, tandis que coulent autour de nous les foules pressées de tous leurs fluides, torrent qui accélère jusqu’au vertige, eau qui dort aussi profond qu’elle tourbillonne, où l’on voit briller parfois dans un éclair le dos de petits poissons d’argent.
Pourquoi tu t’écris ? et surtout pour qui ? Les mots seuls s’essoufflent sinon s’étouffent. Leur petit bois aime à résonner et à rebondir contre un autre bois qui brûle et puise dans sa respiration le souffle qui attise. Alors il entre en résonance et se met à chanter, combustion.... composition spontanée. Un dialogue est un échange de balles aventureuses de chaque côté du filet de l’autre à grandes claques de raquette d’os et de mandibule ; parfois l’on smashe contre un mur de verre mais pas sans tain qui en reflète le rebond, ricoche vers l’autre qui nous renvoie ce que son propre souffle y arrache. Quand les mots mâchés sont manducation solitaire, leur rebond n’est pas informé, leur course ne dévie pas et nous revient vierge de sens, à l’image du jeu de jokari, où la balle attachée à la raquette par un fil élastique ne s’affranchit jamais de son support ; sa trajectoire lui colle à la peau, prisonnière de la flèche du temps. Plus facile de répondre à des mots déjà éclos que de pondre un œuf nu dans la solitude du nid. Au grand bal des mots dits, qui correspond danse.
Oui, car sous le couvert d’un long monologue, il s’agit bien d’un échange. De points de vue, de mots et de silences, de regards furtifs et de chaudes haleines, de fluides a-corporels qui prennent leur source dans le plus charnel des terreaux, d’un sang autre et pourtant d’un sang nôtre. Un fleuve de plus qui se noie dans la mer, un cri qui se dilue... Et pourtant, de l’autre côté du miroir, la magie opère. Magie de la toile blanche et de son pinceau de lumière : les couleurs qui s’étalent et se mettent en partage prennent vie, et créent l’observateur ! Quel est le sens du partage ? c'est le sens de la vie, qui passe par le cœur autant que par l'esprit. Quel est le sens de la vie ? celui de tous ces instants qui composent notre commune partition, dont la main est l'instrument le plus sensible, et notre plume le maître archet. Écrire, s’écrier sans autre prétention que d’entendre les mots raisonner, et parfois chanter à l’unisson quand ils dansent gaiement sur le papier bavard. Quand ils se rencontrent, ils se racontent parfois de drôles d’histoires, qui parlent de nous.


1er avril 2007