Après une petite page légère préambulaire où j’ai posé mes petites valises de mots, et pas mal de déambulations dans cette jungle peuplée de ravissants animaux, et autres âmes vagabondes, j’ai envie de poser une question existentielle. Oserais-je ?... Aller on y va. Qui suis-je ?... dans quel état j’erre ?... où sont mes clés de bagnole ?... Non, ça c’est fait... et c’est d’un commun. Ah oui voilà ! Pourquoi écrit-on ?! j’enfonce une porte ouverte, hein ? Pas si bête, ça fait moins mal ! Non, je particularise : pourquoi moi le singe hurleur je m’écrie ici et maintenant, moi écrivain de mes deux, pour toi lecteur pressé plus encore que le jus de mon citron... Pourquoi je m’écris avec mon marqueur blanc sur ce ciel bleu sombre horizon, traçant mes petits nuages dans la blogosphère que le vent du temps souffle aussitôt ; mais que m’importe ce qui m’emporte, le bon dieu ou le bon diable, ou le seul vent des mots. Pourquoi ce blog ? Blague à part, pour peu qu’il ait un peu plus que rien à dire ou quelques vers à poser qui ne riment à rien, cette question, tout posteur honnête, tout posteur au net doit se la poser un jour. Avant qu’il soit trop tarte. Autant se la poser avant qu’après mille tartines bourrées. Pourquoi est-ce que je pose ma crotte ? D’ailleurs tenir un journal, ça se dit être un « diariste »... Merde alors ! est-ce que ça vient de diarrhée ? Ça serait peu engageant... Ouf ! non, ça vient de jour, écrit au jour le jour (même si j’écris la nuit ?), au fil du temps qui pisse. Peut-être encore un peu mélancolique, mais moins salissant.... surtout quand l’auteur même s’il n’a pas de pot en tient une bonne couche, mais ne nous égarons pas, on a dit qu’on était sérieux aujourd'hui, m’enfin un peu quoi.
Pourquoi je m’écris ? car pour un journal intime, tu peux repasser le fil à couper le beurre dans le volume de tome, c’est franchement râpé. Il ne s’agit plus ici de gratouiller le ventre de nos univers seuls dans une alcôve privée sous l’abat-jour de nos nuits blanches ; mais bien de s’entremêler dans la lumière dans toute l’indécence de ses photons. Avec peut-être l’espoir secret de récolter de bons rayons, peut-être de ramasser dans son jardin secret ouvert aux quatre vents quelques pépites de météores, voire de voir s’esquisser un pas de danse dans ce grand ballet d’étoiles fumantes. Pas toujours facile de se trouver dans le vaste monde, avec tous ses déserts habités, se dit parfois dans son for intérieur le pauvre bédouin, quand il ne cause pas à son chameau ; alors... soyons co-errants ! mettons bout à bout nos plurivers solitaires... Si les mots sont ces grains de sable qui crissent sous les pas du pèlerin, en train de composter son billet d’humeur, peut-être une petite oasis de sens se dessinera-t-elle entre deux mirages, entre deux dunes peignées par la griffe du vent qui les saignent, qui les signent... Tout ce sable de mots se contente parfois qu’on le brasse, quitte à rester indéchiffré, il se satisfait de la signature du vent, de son simple contact élémentaire. Parfois au contraire désire-t-il plus et joue-t-il avec ses dunes, les rend à la fois fuyantes et girondes, aime à se faire désirer avant de se laisser goûter. S’écrire c’est aussi s’offrir, au regard de l’autre, à son pétrissage, s’offrir aussi à son offrande, dans un jeu de miroirs qui nous met les uns dans les autres en abyme (comme les boucles d’oreille de la vache qui rit), jusqu’à ce que nous trouvions l’écho qui nous renvoie la forme de notre visage, de notre paysage, de nos rivages bordés de silence.

2009