Les fête de fin d'année approchent à grands pas. Et déjà, dans les rues principales de nos centre-villes sont installés les illuminations de Noël. Ces rues où des centaines de familles sont entrain de faire leurs emplettes et acheter leurs cadeaux. Et c'est parfois dans ces occasions là que nous pouvons alors remarquer la présence, tout près de nous, de "nos" sans domiciles fixes.

Sur eux, chacun peut avoir son opinion ou ses propres préjugés. Moi, je n'en avais pas vraiment et puis je n'avais pas, non plus, eu l'occasion de discuter avec l'un d'entre eux. Un jour pourtant, dans un association locale, j'ai rencontré Eric dit Rico. Il m'a parlé de ses difficultés à dormir dehors deux jours sur quatre, du froid qui arrive, de ses papiers volés et de son absence d'argent. Après l'avoir écouté, on s'était donné rendez-vous devant un accueil de jour pour essayer de faire avancer ses démarches : ses papiers à refaire pour retrouver une identité, ses droits à un revenu minimum, ses demandes simples pour avoir une adresse et un petit nid douillet bien au chaud.

Le jour venu, j'avais apporté avec moi quelques sandwichs et une bouteille d'eau.
J'étais là, à l'attendre devant cet accueil pour sdf, mais moi je ne l'ai pas vu. Peut-être que ce n'était qu'un simple retard surtout si, lui, il n'a pas de montre … enfin, j'ai voulu m'en persuader mais il n'est jamais venu ce matin là. Je suis même entré dans deux accueils de jour mais, là-bas, ils ne le connaissaient pas. Où êtes-vous donc Rico ?

A défaut de le voir, je suis parti, avec mon sac plastique, dans les rues cherchant à qui donner ces sandwichs et la bouteille d'eau. Je m'approchais alors de l'hypercentre, dans ces rues passantes pleines de boutiques éclairées. Peut-être que vous étiez là Rico mais moi, je ne vous ai pas vu ni personne d'autres.
Pourtant, après de longues minutes de recherche, j'ai vu au loin une dame assise, avec son chien à l'entrée, d'un grand magasin. Je crois qu'elle grignotait des biscuits apéritifs. Elle ne voyait pas que j'étais là, que je la regardais. La force de l'habitude peut-être.
Non loin d'elle, il y avait un couple debout, avec leurs sacs à dos, prés de la porte d'entrée. Les yeux baissés, ils ne demandaient rien aux passants. Puis, quand ils ont vu que je m'approchais d'eux, j'ai bien ressenti cette gêne entre nous. Je leur est tendu mon sac. "Prenez, c'est pour vous ! ce ne sont que quelques sandwichs et une bouteille d'eau" Sentant mon embarras, ils m'ont alors adressé un timide sourire, un merci de la tête et puis moi, je m'en suis retourné.

C'est à ce moment là, je crois, que j'ai ressenti en moi cette chaleur et ce grand sourire que j'affichais. J'étais vraiment heureux d'avoir fait ce geste pourtant si simple.
C'est peut-être ça aussi qui m'a permis de mieux les voir, à présent, malgré le froid et la pluie. Ici, un groupe d'hommes assis à même le sol humide avec leurs chiens. Là, un autre se protégeant du vent glacial derrière une terrasse de café. Plus loin, un vieux monsieur avec ses sacs lourds cherchant à enfin se poser. Passant à côté d'un homme barbu installé près d'une agence immobilière, il a tenté de lier connaissance et poser ses sacs lourds. Ce dernier, par un geste ferme et répété de la tête, lui a bien fait comprendre qu'il ne voulait partager, lui, son territoire.

Moi, je suis parti rentrer dans mon logement et je dois vous avouer mon amertume de ne pas avoir pu aider Rico. Où était-il aujourd'hui ? Moi, je n'avais pas de réponse mais je l’espérais dans un squat, un refuge avec des amis à lui et bien au chaud.


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