Roman contemporain, en chantier, pardonnez les erreurs qui ont pu se glisser dans le texte... Lecture pour nous les filles ! ;-)
J- 12 : Mark
Mark était tranquillement en train de se prélasser sous la douche lorsque le téléphone sonna. Même atténuées par le bruit de l’eau et les décibels de la dernière chanson à la mode qui sortaient des hauts parleurs branchés sur son ipod, les tonalités stridentes de l’appareil semblaient vouloir l’extirper de l’univers chaud et humide qu’il avait créé le temps de sa douche.
La salle de bain était envahie de vapeur brûlante. Mark aimait prendre sa douche très chaude. Il se tourna, ferma les yeux et présenta son visage au jet d’eau. Avec un peu de chance, l’importun se fatiguerait. De toute façon, le répondeur allait bientôt mettre fin à ce supplice sonore... Mais la sonnerie du téléphone persistait à venir lui tinter dans les oreilles, créant une cacophonie infernale avec la chanson. Mark soupira. Il devait avoir oublié de brancher ce satané répondeur. Il leva les yeux au ciel, coupa l’eau, sortit de la douche et s’enveloppa dans un peignoir de bain immaculé.
- Allô, Mark ? C’est Peter ! Comment vas-tu ?
- Peter ! Evidemment. Son plus vieil ami avait un sixième sens pour venir le déranger dans ses ablutions. On aurait dit qu’il le faisait exprès !
- J’aurais dû m’en douter, il n’y a que toi pour tomber si mal !
- Pardon ?
- Rien, ce n’est pas grave. Sache que je suis en train de faire une flaque sur mon parquet alors je te prierai d'être concis !
- Ah ah, mais qu’est-ce que tu faisais sous la douche à cette heure ? C’est pas possible ! Combien tu en prends par jour ? Trois, quatre ?
- Autant que nécessaire ! C’est pour me parler de mes douches que tu m’as appelé ?
Peter ne sembla pas relever le ton sarcastique et impatient de Mark. Il continua de plus belle :
- Toujours aussi dandy ! Qu’en dit ta promise ? Il va bientôt falloir partager ta salle de bain, cela risque d’être dur ! Et à ce propos d’ailleurs, ces préparatifs, ça avance ? Plus que trois semaines avant la date fatidique ! Mon vieux, tu vas te marier ! Je n’arrive pas à y croire !
Mark explosa de rire :
- Oui, à vrai dire, j’ai un peu de mal aussi ! Je ne sais pas si je suis vraiment fait pour le mariage, mais bon, si je n’essaye pas, je ne saurai jamais, n’est-ce pas ?
- Je te reconnais bien là ! Et ta future femme, toujours à planer ?
- Oui, tu ne connais pas la dernière ? Elle voudrait qu’on se marie dans une piscine ! Elle trouve que ce serait rafraîchissant !
- Effectivement ! Qu’as tu-dis ? Il faut t’offrir une serviette éponge comme cadeau de mariage ?
- Ah, t’es drôle toi quand tu veux ! Non, je lui ai dis : “pas question”, ça se fera à l’ancienne ou ça ne se fera pas ! D’ailleurs sa mère a failli tourner de l’oeil quand elle lui a fait part de son idée. La vieille est très à cheval sur les principes. Ce sera un mariage tout ce qu’il y a de plus classique et convenable, tu peux en être sûr !
- Mmmm, pas commode ta future belle-mère ! J'espère que la mariée en vaut le coup ! Mais, t’as vu l’heure ?! Il faut que je te laisse, je ne veux pas faire attendre la belle blonde avec qui j’ai rendez-vous ! Je t'appelais simplement pour confirmer l’heure pour demain soir, c’est bien à huit heures ?
Mark soupira. Certaines choses ne changeaient jamais :
- Bien sûr que non ! On avait dit sept heures ! Tu le fais exprès ou quoi ?
- Oh, pardon, pardon ! Huit heures, c’est noté !
- SEPT HEURES !!!!!
- Ah ah, je plaisantais, mon vieux, ne t’énerves pas ! Souhaites-moi bonne chance !
- Je ne te souhaite rien du tout, veinard !
- Comment ça veinard, tu ne t’es pas regardé ! Allez, salut !
- Salut Peter ! On se voit demain soir. N’oublies pas que je veux que tu rencontres Emily avant le mariage. Peter, ne soit pas en retard !
- Comment pourrais-je être en retard ?
Mark raccrocha, perplexe. Il était à peu près sûr que Peter serait en retard, il l’était systématiquement. Il soupira. Il n’arrivait toujours pas à comprendre comment il avait pu accepter de s’engager de la sorte avec Sandy. Certes, elle était belle, très belle même, vive, drôle et un peu excentrique, elle avait aussi le don de le faire fondre. Il ne pouvait rien lui refuser ! Même s’il avait connu avant elle des dizaines de femmes tout aussi charmantes et intelligentes, elle était la seule avec laquelle il s’entendait si bien.
Il se souvenait très bien de leur première rencontre, à une fête branchée donnée par un ami commun. Il avait été prévenu qu’elle serait sûrement son genre. Le premier coup d’oeil fut décisif. Elle portait une petite robe noire toute simple mais qui mettait en valeur son long corps pâle. Il avait aimé sa coiffure, ses gestes, sa voix, son parfum. Ils avaient immédiatement été à l’aise l’un avec l’autre et ne s'étaient plus quittés de la soirée. Le lendemain soir, ils s'étaient revus. Deux mois plus tard il rencontrait ses parents. Cela aussi avait été décisif. Elle ne lui avait jamais vraiment parlé de ses parents et il ne s'étaient pas douté que le père d'Emily n'était autre que Charles Finley. Sa fortune était immense et son influence dans le monde des affaires tout autant. Il savait que si elle n’avait pas été la fille de Finley, son aventure avec elle aurait peut être tourné court, comme toutes les autres. Au bout de quelques mois, il se fatiguait de la fille, si belle fut elle et s'éloignait immanquablement. Il s’éloignait d’autant plus rapidement lorsqu’il sentait la demoiselle désireuse d’officialiser leur relation. Le mariage ? Pouah ! Autant se faire prêtre ! Mais pour Emily, s’était différent. Il y avait Finley et sa compagnie.
Mark, qui végétait depuis de long mois dans cette banque, sans réelle perspective de promotion avait senti immédiatement les possibilités qui s’offraient à lui pour avancer dans sa carrière. Il lorgnait depuis longtemps la place de directeur commercial dans la Banque Finley. Cela faisait déjà cinq ans qu’il travaillait pour cette compagnie. Trois mois auparavant, il avait espéré une promotion qui lui avait été raflée sous le nez par un des vieux de la boite. Il avait passé une sale soirée ce jour-là à maudire la compagnie, le vieux croûton et Finley bien sûr qui n’avait pas su reconnaître sa valeur ! Mark sourit. Tout cela allait changer maintenant qu’il avait la fille.
Il avait donc fait sa demande. Un soir au restaurant. Elle portait une magnifique robe rouge qui lui allait à ravir. Juste avant le dessert, après l’avoir resservie en champagne, il lui avait tendu l’écrin Tiffany ouvert dans lequel brillait l’anneau d’or blanc, surmonté par un très gros et très brillant diamant. Elle en était restée sans voix un moment. Devant son manque de réaction, il lui avait pris la main et avait voulu passer la bague à son doigt. Elle l'avait retirée vivement. Un réflexe. Elle avait regardé Mark, espérant que celui-ci n'avait pas été blessé par sa réaction, mais cette bague, qui lui ressemblait si peu, l’atmosphère de ce restaurant, si guindé, tout cela ressemblait à une comédie, une mauvaise farce. Elle ne pouvait pas croire que Mark lui proposait le mariage, il ne lui en avait jamais parlé, sauf pour lui dire qu’il ne fallait pas qu’elle y compte. Cela ne l'avait pas dérangée d’ailleurs, elle ne voulait pas se marier elle non plus. Elle lui avait répondu comme elle avait pu, c'est à dire très maladroitement :
-Mark, dis-moi que ce n’est pas une bague de fiançailles ? Je croyais qu’on étaient d’accord pour ne pas évoquer le sujet ! Je ne sais pas quoi dire !
- C’est bien une bague de fiançailles, Emily... et tu n’as qu’à dire oui !
Elle avait éclaté de rire. Il savait que c'était sa façon à elle de cacher son trouble. Elle l'avait regardé droit dans les yeux, semblant y chercher une confirmation. Mark avait senti à ce moment qu’elle hésitait. Il avait compris également qu’il ne fallait pas la brusquer. Il lui avait repris la main et lui caressa doucement l’intérieur du poignet, là où la peau était si douce, si tendre. Il avait senti son pouls, rapide, témoin de son trouble. Il avait souri doucement :
- Tu n’es pas obligée de répondre ce soir. Prends la bague. Tu me donneras ta réponse un peu plus tard.
Elle lui avait sourit et proposa un toast :
- Trinquons à ta proposition inattendue, j’ai failli tomber de ma chaise !
- N'exagère pas Sandy, je vais finir par me vexer ! Trinquons à ta réponse, puisse t-elle être rapide, et positive !
Elle l’avait rappelé une semaine plus tard pour lui dire oui. Il savait qu’elle avait passé le week-end avec ses parents et il était certain que c'était à eux qu’il devait la main d'Emily. Il se demandait qu’elles étaient les raisons qui pouvaient bien pousser ainsi les parents de la jeune femme à vouloir la caser si tôt, et à tout prix. Après tout ils ne le connaissaient pas vraiment...
Mark, de retour dans sa salle de bain jeta un coup d’oeil au miroir en face de lui et sourit à son reflet. Il prenait grand soin de son corps et il admira sans réserve le résultat de ses efforts quotidiens. Il était grand, fin et musclé. Ses cheveux châtains qu’il prenait soin d'éclaircir par de nombreux shampooings à la camomille, et des visites régulières chez son coiffeur-visagiste étaient coupés de façon romantique et il aimait particulièrement les petites boucles qui encadraient son visage bronzé. Ce soir il était célibataire et comptait bien en profiter avant de se voir enchaîner par les liens du mariage. Il choisit avec soin sa tenue, se parfuma, se peigna une dernière fois pour remettre en ordre ses boucles faussement rebelles, et satisfait de lui-même, il sortit.
J-11 : Emily
Emily posa son pinceau, recula de quelques pas, pencha la tête sur le côté pour mieux juger de l’effet obtenu, ce qui eut pour effet de faire glisser sa lourde chevelure brune sur le côté. Elle fixa de ses yeux verts la toile en face d’elle, les lignes brutes et colorées qu’elle y avait apposées s'entremêlaient pour former un chaos dont seule Emily pouvait suivre la secrète organisation. Elle n'était jamais réellement satisfaite de son travail, elle pensait toujours que quelque chose manquait à ses toiles, mais elle n’avait jamais pu toucher du doigt ce manque. Elle soupira. “Je verrai bien ce qu’en dira Michelle”. Mais elle connaissait la réponse. Michelle était son agent et de ce fait était toujours émerveillée des oeuvres de sa protégée, qui d’ailleurs se vendaient très bien. Que demander de plus après tout ? Se dit Emily. Elle jeta un coup d’oeil à sa montre et ce qu’elle y lut ne lui plut pas du tout. “Bon sang, déjà cinq heures ! Je vais être en retard !”
Elle se hâta vers la salle de bain pour se débarrasser des couleurs qui bariolaient ses mains, et découvrit avec amusement que trop absorbée par son travail, elle s’en était également recouvert le visage. Elle sourit, et pensa à Mark : “s’il me voyait, il se moquerait de moi, il est tellement parfait, en toutes circonstances, je me demande comment il fait.” Elle rit : “c’est vrai que la peinture est un métier un peu plus salissant que la finance!”
Elle se débarbouilla et se changea rapidement. Un jean, un petit pull vert en cachemire, à même la peau. Elle ne prêtait jamais tellement d’attention à sa tenue, sauf occasion exceptionnelle et passait toujours un minimum de temps aux maquillages et autres pomponnages auxquels toutes les jeunes filles de son âge consacraient des heures. Elle avait la chance, sans s’en être jamais rendue compte, d'être belle, tout naturellement. Elle avait une chevelure qui se disciplinait quasiment toute seule, et une peau de bébé. Peu consciente de sa chance, elle ne comprenait pas pourquoi tant de ses amies étaient si obnubilées par leur apparence.
Elle ne voulait pas être en retard, sa mère devait déjà l’attendre, avec sa manie d'être toujours en avance. “Pffff. Vivement que ça soit terminé, se marier est nettement moins amusant que ce que j’imaginais ! Moi qui voulait un mariage tout simple, quelque chose de rapide et de sympa ! A la maison, au bord de la piscine. Mon Dieu, à la minute, où j’en ai parlé à ma mère, tout cela s’est envolé ! Si seulement ils n'étaient pas tous aussi collet-montés, ma mère la première !” Elle frémit en repensant à la robe qu’elle devrait porter ce jour-là, robe que sa mère avait choisi pour elle et qu’elle devait essayer pour la dernière fois tout à l’heure, dans la très chic boutique Chanel sur la non moins chic Michigan avenue, dans laquelle sa mère devait déjà l’attendre... Elle jeta quand même un dernier coup d’oeil au miroir, elle ne voulait pas que sa mère lui assène une de ses réflexions dont elle avait le secret.
Emily aimait Chicago, c’était sa ville, elle y avait toujours habité, et dans aucune autre ville elle n’avait ressenti ce sentiment d’appartenance. Michigan Avenue faisait exception à la règle, trop de monde, trop de boutiques, trop de stress. En entrant dans le magasin, elle remarqua l’air hautain de la vendeuse évaluant sa tenue, les baskets fatiguées, le jean, le pull. Emily vit le sourcil gauche de l’employée s’arquer de réprobation à mesure que son regard remontait vers son visage. Elle attendit avec le sourire que la jeune femme ait fini son inspection. Elle vit alors le regard de la vendeuse changer lorsque celle-ci arriva enfin à son visage et reconnaisse la fille de Monsieur Finley. La vente de la robe de mariée devait assurer une bonne partie de leur chiffre d’affaire de ce mois-ci. Le sourcil retrouva sa place, et un fin sourire apparut sur le visage de la jeune femme :
Bienvenue Mademoiselle Finley, votre mère vous attend dans le salon.
Je vous suis.
Une femme d’une quarantaine d’années attendait effectivement dans le salon privé qui permettait aux riches clientes d’essayer les robes les plus extravagantes et les plus chères à l’abri des regards indiscrets. Elle sirotait un thé en contemplant la robe de mariée pendue au mur tout près d’elle. Elle était pensive et sursauta en entendant du bruit.
La robe en elle-même n’était pas si mal, assez simple, quoique trop longue et trop droite au goût d’Emily. Même avec les talons vertigineux que lui avait prêté la vendeuse spécialement pour l’occasion, elle traînait par terre. Apparemment c’était fait exprès... Emily ne put s'empêcher de penser qu’à la fin de la journée la magnifique robe ne ressemblerait plus qu’à un tas de chiffons sales et que la somme investie n’en valait pas vraiment la peine, mais si cela leur faisait plaisir... Par contre jamais ils ne lui feraient porter cette espèce de choucroute blanche, boule énorme qui lui englobait toute la tête, et dont les froufrous lui débordaient sur les épaules, et continuait jusqu’au niveau de la ceinture. Cette chose immonde devait lui servir de voile. Elle ne pouvait pas mettre cela, elle se trouvait hautement ridicule, n’importe qui avec cela sur la tête serait ridicule. Elle refusa catégoriquement l’ornement, au grand désespoir de la vendeuse.
- Mais enfin, cela a été conçu pour aller avec cette robe, vous allez détruire toute l’harmonie de cet ensemble si vous ne portez pas cet accessoire, protesta la vendeuse.
Emily, ne fait pas de caprice, cette coiffe est parfaite avec la robe, tu la porteras ! Intervint madame Finley.
Il n’en est pas question, j’ai l’air d’une folle avec ce truc sur la tête. Je n’ai rien dit pour la robe, mais il n’est pas question de porter ça. Trouvez-moi autre chose.
Emily, tu es ridicule. Mets cette coiffe immédiatement et arrête de faire l’enfant.
Madame Finley s’était levée et regardait sa fille de son air sévère et pincé. Emily sentit son assurance fondre. Elle ne pouvait rien contre sa mère, celle-ci avait un ascendant presqu’anormal sur elle. Elle le savait, elle n’avait jamais réussi à la contrarier. Elle jeta un autre coup d’oeil à la glace pendant que l’employée lui remettait “ça” sur la tête. Elle soupira. Ce ne serait qu’un mauvais moment à passer.
-Tu es magnifique Emily ! S’exclama Marcha Finley. Vraiment je ne comprends pas que tu aies pu envisager de ne pas porter cette... coiffe ! C’est parfait ! Je pense que nous n’avons plus besoin d’essayage n’est-ce pas mademoiselle ? Ajouta t-elle en s’adressant à la vendeuse. Vous ferez livrer tout cela le plus rapidement possible à notre adresse. Marcha Finley se tourna vers sa fille : ma chérie, je dois filer, j’ai rendez-vous avec ton père pour mettre au point le menu du dîner. On se voit demain ?
Mais, ne devrais-je pas être là ?
Allons, je connais parfaitement tes goûts et ce genre de réunion est parfaitement ennuyeuse pour toi, tu le sais bien. Laisse-moi faire et ce sera parfait !
Très bien. N’oublies pas que Mark ne veut pas de poisson ! Il y est allergique.
Mais enfin, pour qui me prends-tu ? Ne t’inquiètes donc pas. Tu devrais plutôt me remercier, quelles sont les jeunes filles qui ont la chance que leur maman s’occupent ainsi d’elles ?
Encore trop sans doute, marmonna Emily.
Pardon ?
Rien, rien... Merci maman, tu es adorable.
Très bien. A tout à l’heure ma fille, je repasserai te voir pour te montrer le menu !
A ce soir maman !
La clochette de la porte du magasin tintinnabula gaiement au passage de Madame Marcha Finley, sûrement aussi soulagée qu’Emily de la voir partir.
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