ROUEN.

Quand Rouen la tout en gris pleure en blanc son tourment
Les serments, les non-dits planent et s’accrochent aux brumes
Sur le pavé mouillé de souvenirs miroitants
Nos adieux si fébriles font briller le bitume

On recueille en passant qui tombent des fenêtres
Diffus et volatiles les passions et les drames
Le brouillard est chargé de nos humeurs secrètes
Le ciel est oppressé de tous nos vagues à l’âme

La pluie bat le carreau de nos maisons anciennes
On contemple la bruine du fonds de nos mansardes
Quand le crachin chagrine la rengaine ou la peine
Nos maisons assombrissent et nos murs se lézardent


Et dans ta maison d’autrefois
Pleut-il encore aussi
De temps en temps ?
Est-ce que ta maison pense à moi
Ou est-ce que tu m’oublies
Depuis longtemps ?


Une lueur, un troquet, quelques artistes évoquent
Impressions et voyages, Flaubert, Londres ou le jazz
Un bréveur de comptoir alcoolique solliloque
Ses paroles évasives partent en fumée de phrases

Et ces mots-là naviguent sur la Seine immobile
Restent là, s’éternisent, en se mouillant d’adieux
Sur le pont des péniches amarrées à la ville
Qui se perd et divague et se noie dans les cieux

Mais le soleil renaît, dans le voile livide
Il se love aux contours de la Dame figée
Et la ville se délave et les vapeurs s’évident
Nos adieux s’évaporent... Et je suis oublié


Et dans ta maison d’autrefois
Pleut-il encore aussi
De temps en temps
Est-ce que ta maison pense à moi
Ou est-ce que tu m’oublies
Si loin de Rouen ?