Il y a quelques centaines d'années, une enfant, miséreuse, traversait, souriant, les collines enneigées du Chemin des Anges .

Leïna retenait, serré contre sa hanche, un mince baluchon de quelques hardes blanches, ses frêles souvenirs des heures au coin du feu, quand elle tressait la paille pour de plus miséreux.


Ses pieds nus ne laissaient qu'une empreinte légère, et de son chant léger elle effleurait les pierres. Tout autour l'accueillait, puis doucement fermait les sentiers derrière elle.


Elle ne reviendrait pas.


Elle aimait.



Evaêl écoutait bien plus loin que l'audible, et sa grâce tendue ensilençait les nues. Il guidait de ses voeux les mouvements limpides du petit pas pressé d'être arrivé à lui.


Evaêl l'attendait.


Je serai là disait elle, et tu n'auras plus froid.


Il était descendu un soir jusqu'au hameau, un soir qu'avaient choisi les confins du mystère pour y mener Yjy son animal ami. Il avait bien fallu suivre le petit loup, pour le garder des hommes, le ramener là haut, aux abris naturels.


C'est là qu'il l'avait vue, c'est là qu'elle l'avait vu, un instant éternel.


Ils s'étaient avancés l'un vers l'autre inclinés, puis dans sa paume à lui, ouverte vers le ciel, elle avait déposé toute sa destinée, et sur sa joue à elle il avait caressé les lendemains rêvés.


Il lui a dit : là haut j'ai froid


Elle lui a dit : je serai là, et tu n'auras plus froid.



Elle ne reviendrait pas,


Evaêl l'attendait, et il l'attendait pour toujours.