Blanche Neige

Il était une fois un roi laid et stupide

Qui avait une fille à la frimousse pâle

Cadavérique poupée de cire blanche acide

Qu’on voyait sans arrêt jouer avec son crotale.

Le roi s’est marié avec une sorcière

Qui avait l’apparence d’une douce reine

Un suppôt de Satan à la salive amère.

Poussée par la folie sa fille elle enchaîne,

Mais la peste s’enfuit et court au fond des bois.

Sa course est ralentie par les griffes des arbres,

Les branches qui l’agrippent, tous ces vicieux doigts.

Soudain surgit des bois un grand manoir macabre,

Un refuge glacé où elle entre, écorchée.

Sur une table gît les cadavres véreux

De trois pythons rongés par des crocs aiguisés.

Elle se détourne et vomit sur le sol miteux.

Baveuse et transpirante, elle monte l’escalier,

Son sang dégoulinant sur les marches en bois.

Elle choisit un des lits par sept multipliés

Et s’endort, dégoûtante, en souillant les blancs draps.

Une griffe aiguisée violemment la réveille,

Elle se lève en hurlant et voir sept trolls poilus,

Dont l’un tient dans sa bouche un de ses dix orteils,

Il le mâche et l’avale : c’est là le plus goulu.

En boitant elle se jette dans le grand escalier,

Et roule jusqu’en bas en se brisant les côtes.

Evanouit elle laisse les trolls l’enfermer

Dans la cave humide où les rats la grignotent.

Au bout de quatre jours la faim lui mord le ventre,

Elle se lève et sort de la cave, droguée,

Et voit que les sept trolls ne sont plus dans leur antre.

Soudain frappe à la porte une vieille grand-mère

Qui lui donne une pomme pourrie et empestant.

Affamée elle se jette sur le fruit offert

Malgré la couleur beige et tous les vers grouillant.

La gourmande s’écroule après avoir croqué,

La grand-mère n’étant que sa mère-sorcière

Qui lui a fait mangé un fruit empoisonné.

L’arsenic se répand jusque dans ses paupières.

Quelques heures plus tard passe un prince à cheval,

Il voit le corps gisant d’une fille écorchée.

Doucement il s’approche de ces yeux de métal

Et dépose, sur ses lèvres, un tendre baiser.

La morte ouvre les yeux et voit cet homme sombre

Penché sur son corps mutilé et répugnant.

Il glisse vers son cou, elle voit qu’il n’a pas d’ombre.

Il la tue sans attendre en dégustant son sang.

Fin.