La mendiante brune
Loin des billets, des habits précieux et du pain,
Tête baissée, longs cheveux cachant son visage,
Elle était là , au milieu d’eux, tendant les mains.
Renifla un chien, elle repoussa, geste sage.
Jeta sur elle le mépris rude maîtresse,
Asperge épineuse de vert foncé vêtue,
La main gantée de blanc tira fort sur la laisse,
Et l’animal s’éloigna d’un air tout confus.
Le vent poussa un cri, je la vis grelotter,
Parut un gros nuage et sanglota le ciel,
De ces pleurs il caressa son corps névrosé
Tremblant sous l’étreinte pourtant douceur de miel.
C’est alors que ce son merveilleux j’entendis,
Quand un air de cristal sous la pluie s’éveilla,
Fredonnant tout bas une douce mélodie,
Qui répétait les mots d’une timide voix.
Mais lorsque le beau refrain fit place au silence,
Elle leva la nuque d’un air apeuré,
Ce si beau visage rongé par la souffrance,
Et ces roses lèvres d’expression dénudées.
Pourtant c’est dans ses yeux que je lus un secret :
Cœur brisé par un traître et enfance violée,
Maman dont le précieux enfant est arraché,
Par indignes parents à la porte jetée.
Elle est lĂ , ruisselant sur le bord de la rue,
Implorant vers le Ciel un regard aux yeux purs.
Ses larmes se mĂŞlent Ă la pluie, tombant drue,
N’effaçant les regrets immuables et durs.
Paupières fermées, quittant le regard des Dieux,
Ses cheveux noirs fouettent l’air et se méfient,
Mais ses yeux me lancent un regard de velours bleu,
Ses lèvres s’ouvrent doucement : elle me sourit.
Dans un coin mort,
On l’a trouvée,
Veines taillées
Et sans remords.
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Mélie says:
Poupiflo replies:
Inspiration : la mendiante rousse (Beaudelaire, les Fleurs du Mal). J'ai lu ce poème quand j'étais au lycée et il m'a beaucoup marqué. Du coup, ce truc est sorti de ma plume...