C’est la rentré scolaire, j’ai 7 ans, me voilà arrivée à l’école, de Vallée (du nom d’un général qui s’est distingué dans l’armée coloniale),à 6 Km de l’oued Goudi où nous habitons.
Papa et maman sont partis….
Suite à un longue maladie, je n’ai pas quitté la chambre durant des semaines.
Je n’ai jamais été scolarisée.
C’est pour moi une immersion dans l’inconnu. J’ai très peur
Je vais rentrer directement en primaire.
Dans une grande cour clôturée d’un vilain mur gris, des enfants bruyants s’amusent en courant dans tous les sens. Les garçons se poursuivent, poussent de grands cris, les filles font des rondes, et chantent. D’autres sautent à la corde.
Je me sens perdue, abandonnée. Assise sur un banc, sous le préau, je pleure toutes les larmes de mon corps. Cette école est laide, tout est gris, les murs, les clôtures, le sol. Les toilettes mal entretenues sentent mauvais, les portes ne ferment pas.
Où sont les grands espaces du domaine où nous résidons ? Le parfum des orangers, le bourdonnement des abeilles, le gazouillis des oiseaux, et mes petites soeurs ?
Une grande fille, puis une maitresse s’approchent et me demandent pourquoi je suis si malheureuse. « Je veux revenir dans ma maison. Ici j’ai peur de tout ce monde. ». Des enfants viennent me proposer de participer à un de leurs jeux, je ne peux pas, je suis trop effrayée. Je pleure, pleure sans pouvoir m’arrêter.
Le sifflet du directeur retentit, enfin nous rentrons en classe, une maitresse me prend la main et m’installe à un bureau, à coté, je le saurai plus tard, de Gérard.
Je vais encore beaucoup pleurer, mais Gérard m’expliquera au fur et à mesure ce qu’est la vie d’une écolière, toutes les choses intéressante qu’on peut apprendre. Par sa gentillesse, il me réconciliera avec l’école.