Frédérique, Mylène: ces deux prénoms qui m'ont été donné pour me lancer dans la vie m'ont interrogé dès mon enfance.
Le premier, dans la période scolaire du primaire, me valut les malices de certains , volontairement dubitatifs sur mon appartenance sexuelle, ou l'indélicatesse d'autres qui dans les magasins me saluaient d'un "mon garçon" ou "jeune homme! Interpellation qui me hérissait et que malheureusement ,à l'époque je n'osais démentir.
Ainsi, pour ne pas être identifiée à l'autre sexe, affichais-je très rapidement des goûts dits"féminins", me tournant , à l'inverse de ma soeur aînée, vers les poupées, la dinette ou la marchande délaissant volontairement tout ce qui aurait pû renforcer la confusion.
L'expression "garçon manqué" dont on affublait ma soeur Marianne ne me faisait pas rêver et je tournais le dos aux voitures, courses, et bagarres pour m'adonner à la corde à sauter, la balle au mur ou l'élastique.
Je revendiquais le port des jupes, des souliers vernis.Je me battais pour avoir les cheveux longs, me parais de bijoux de toutes sortes pour renforcer ma féminité.

Mylène,mon deuxième prénom ne me satisfaisait pas non plus.L'accent grave,descendait dans des abysses sonores qui ne convenait pas à mes oreilles à l'opposé des é de Frédérique montant dans les aigus.Le "lène m'évoquait laide ou laine provoquant un urticaire soudain et l'envie de me gratter.
Le mi devant n'atténuait pas la démangeaison...Je voulais être entière, ni mi-laine, ni mi-figue mi-raisin. Mitigé cochon d'inde avais-je entendu un jour! Mon cerveau cavalait...
Cochon certes non, et dinde encore moins!
Bref, décue par mes patronymes, j'empruntais secrètement les doux prénoms de mes lectures: Alice, Emma, ou Sophie et me coulais avec délices dans la peau de mes héroïnes.
Plus tard, mes découvertes historiques et l'horreur des deux guerres me firent rejeter "Frédérique" aux consonnances germaniques. Les musiciens allemands m'enchantaient,mais les camps m'avaient refroidie et je trouvais mon prénom trop "chargé".
Je me mis donc à reconsidérer avec plus de bienveillance mon deuxième prénom , Mylène.Je m'entraînai à le prononcer avec la douceur du miel pour mieux l'apprivoiser.
A l'adolescence, ayant appris que mon père en était le dépositaire, ma mère ayant elle choisi Frédérique, je décidai de l'adopter, crise oblige!...
Je les intervertis ,donc, passant Mylène en premier et reléguant Frédérique au second rôle.
A la maison du reste, j'étais rarement Frédérique, mes parents utilisant le diminutif Freddie, (avec un e bien sûr), ou y pour le côté Britisch, que je trouvais plutôt class.
Je ne me rappelle pas mon père s'adresser à moi avec mon vrai prénom. Seule ma mère l'utilisait parfois et il me semble quand elle était en "rogne "après moi. Ma grand-mère aussi s'en servait pour me désavouer et y rajoutait même "bourrique" , un comble!
Dans la région parisienne où nous vivions et où l'on peine à tout prononcer, les diminutifs étaient à l'honneur et les copines, elles aussi m'appelaient Fred, Fréddy, Frédé,ou Fredo.Ma voisine Nathalie préférait Frieda; je lui pardonnais car je l'aimais bien...
Mon prénom Frédérique trouva un nouveau souffle quand je descendis dans le sud-ouest. Personne ne me connaissant, la familiarité du diminutif laissa la place aux quatre syllabes, distinctement prononcées et qui se mirent ainsi à chanter sous le soleil du midi.
L'exil aidant, arriva le jour où je décidai de valider ces deux choix parentaux, de les faire coexister. Plus rien ne les opposait, au contraire! Leur union créative m'ouvrit de nouveaux horizons, liant la dértermination à la fragilité, l'impulsivité au doute, la fantaisie à la rigueur, le blanc au noir, le froid au chaud , le doux au rugueux...
Fremyd était née!