Ils m'ont donné les mots
à mes maîtres


Ils m'ont donné les mots comme un viatique
Sans eux qu'en aurait-il été de moi?
Ils m'ont construit, leurs mots, brique après brique
Ils ont porté mes plus tendres émois.

C'est le miroir-papier où je m'explique
A qui je confie tous mes désarrois;
Quand la cohorte des ennuis rapplique,
C'est avec eux que je gagne les bois.

Pour la plupart, ils sont restés sauvages
Mais j'ai fini par comprendre avec l'âge
Qu'à défaut de les apprivoiser,

L'important, c'était de les mettre en route...
Ils ne m'ont pas permis de pavoiser
Mais de porter allègrement mes doutes.

Louis Delorme
Au jardin des mots sans visage ed, le brontsaure