C’est ainsi que commencent toutes les histoires. Il n’est pas besoin de plus d’explications. Il suffit de savoir qu’une fois… on ne sait pas quand, on ne saura jamais où, on ne saura peut-être pas non plus comment, une fois « il était ».

Qu’il peut être doux d’avoir été un jour, une fois ! Même lorsque tout cela s’est évanoui avec un réveil un peu trop brusque et des mots qui font mal.

Il était une fois, un petit oiseau un peu trop seul, qui rêvait d’amitié.

Il avait cru trop longtemps qu’il existait quelque part, dans un ailleurs improbable, un être qui comme lui faisait ce même rêve.

Il n’était pas bien grand, il n’était pas bien fort, il n’était même pas beau. Mais dans son rêve il pouvait déplacer des montagnes, franchir des océans. Dans son rêve insensé peu importait l’apparence, la force ou la naissance, il suffisait d’être et d’avoir envie d’exister.

Être, parfois ce n’est pas suffisant, il faut être plus, il faut être mieux, il faut être autre, autrement.

Alors, il faut surmonter l’impuissance, le découragement. Se dire que demain sera un autre jour et que puisqu’il arrive avec son lot d’heures, de minutes, de secondes, il ne sera jamais identique à la veille, à cet hier qu’on aurait voulu, lui aussi, différent…

L’oiseau n’avait pas su… Ce n’est pas si facile de se prendre pour l’aigle quand on est passereau.

Un jour, il rencontra, rassurante et discrète, cette femme improbable, penchée à la fenêtre. Elle laissait pour lui sur l’appui, quelques miettes, de l’eau, et pour rêver, un éclat de miroir où l’oiseau souriait.

Il s’y mirait parfois, puis chaque jour un peu, et puis de plus en plus… Ce n’est pas si facile d’échapper au bonheur de se voir autrement, plus joli, admirable ! De se trouver, enfin, intéressant, aimable !

Il se laissa séduire, et sans plus de prudence, il installa son nid tout près de la fenêtre.

Il venait chaque jour, pour enchanter sa dame, à peine entre-aperçue mais sûrement si belle !

Tout de confiance aveugle et d’amour enfantin, il rêvait d’infini, et s’envolait à tire d’ailes vers des sommets toujours plus hauts. Il en rapportait des images que sa tendresse mettait en mots, des poèmes fleuris, des lettres insensées où il chantait la vie, le bonheur rencontré, la joie de courts instants d’émotions partagées.

Il disait tout cela parce qu’au fond de lui, il savait qu’il faudrait un jour se souvenir… et que les chants parfois au vent se dispersant ne laissent dans le cœur qu’un peu plus de silence !

Inquiétudes fugaces, d’abord insignifiantes… sournoisement ensuite frappant à l’heure fragile où le regard hésite entre la proie et l’ombre. Inquiétudes du soir un peu plus persistantes, et prenant de l’ampleur soudain envahissantes !

Il eût fallu lutter.

Mais à quoi bon lutter ?

L’aigle dans le miroir un peu voilé avait recouvré son image… il s’était éveillé moineau.