Objectivité du moment

Regard objectif porté sur soi

 

 

Ratures, barrer son écriture.

S’effacer en le faisant.

Chercher la rime qui dure.

La chercher en se mentant.

 

Ne pas vouloir y recourir, à la rime.

Dans cet immeuble on entend tout.

Les murs n’empêchent que de voir plus loin.

Les murs sont des oreilles, ici.

Ne pas oser utiliser le jeu, celui du je.

Ne pas vouloir se masquer derrière un je qui serait fiction de sa réalité.

Et qui aiderait le je véritable à être.

 

Il faut, un jour, se décider à écrire pour de vrai. Et si commencer à écrire pour de vrai, c’était commencer à vivre pour de vrai.

Cette expression : vivre pour de vrai, entendu comme une question, est le début de tout problème.

Je ne dois pas avoir décidé de me mettre à écrire pour de vrai. Est-ce que les gens ont envie de lire mettons 100 pages d’auto-flagélation, de vomissure ? Oui, si c’est bien écrit, tout est dans la forme, dans la façon de le dire. Comment est-ce possible, lorsque : d’un côté on se fout du style, et de l’autre, on est sans cesse le cherchant ?

_Arrête de te prendre la tête ! Disait l’autre, gentiment, mais l’air dégoûté.

_C’est difficile, tu comprends… Disait-il, entre ses dents.

_Non, je ne comprends rien, comment pouvais-je, tu ne sais pas t’exprimer (expression du visage vide).

_En effet. J’abdique trop facilement. Je persévère trop aussi. Je brûle mon temps, chaque seconde de ma vie est une allumette craquée. Je suis un incendiaire, un pyromane, frigorifié, terrifié, gardant son sourire niais, quoi qu’il se passe. J’utilise il au lieu de je. Il utilise je au lieu de rien, ça n’a pas de sens.

_Je ne te comprends pas. Nous pourrions parler des heures durant, je ne trouverais que ça à te répondre, je ne te comprends pas. Tu es vide de sens. Tu es déboussolé, tu as perdu le nord, et par la même, bien évidemment cela va sans dire, toute direction possible. Tu ne sais plus te repérer !

_Merci de me le dire. Je suis au courant. C’est bien utile de parler avec des gens si c’est pour les entendre dire la seule chose dont je sois sûr.

_Enfin ! C’est ta faute, c’est toi qui le veux. C’est ta façon d’être, tes propos, toute ta personne qui les entraîne à dire ce genre de choses.

C’était le genre de discussion qui pouvait se passer n’importe où, celle dont il est question en ce moment, elle se passe nulle part, elle n’a pas de réalité, elle est une fiction. Une auto-fiction bien réelle, se passant sur mon canapé. Je ris jaune en ce moment, je reflète les murs. 12H10. Une baguette chinoise à ma droite, un plafond bas, très bas, tellement bas qu’il me courbe, m’aplati. Je lis un magasine vide de sens. Des articles qui m’intéresse uniquement parce que je cherche à tuer mon temps.

Devant moi, devant moi la télé, qui crache sa dose de médiocrité. Je n’arrive même plus à les blâmer. Je me contente de regarder, et d’entendre, réfléchissant leurs sourires, mais le mieux est autre, conjuré par le sort. Il y a trois mois, j’étais ailleurs. Parti faire des courses au supermarché. Traînant les semelles, un panier rouge pour mettre dedans le plus possible de choses à acheter. Je croise des gens, je les envie un peu, ils ont l’air heureux. J’en ai l’air aussi . Je suis là, à traîner mes semelles, je suis las. C’est pourquoi j’ai mis tant de temps à rentrer. J’étais à pied et j’étais trop charger.