_Puisque vous vous octroyez le droit de me garder contre mon gré c’est qu’alors vous estimez que j’ai perdu la raison.

_C’est une mesure médicale et rationnelle que vous ne pouvez accepter pour l’instant du fait de votre état. Etat qui est la cause de votre présence chez nous.

_Vous m’ôtez alors mes droits, je ne suis plus un citoyen ordinaire, je suis quoi exactement, quel est le terme exact ?

_Enfin Monsieur Jonte, ne dites pas cela…

_Et que me reprochez-vous ? Quelle est la raison qui vous pousse à me garder ici ?

_Nous ne pouvons prétendre à un diagnostic, il est encore trop tôt.

_Comment pourriez-vous prétendre à un diagnostic, je suis arrivé hier et c’est la première fois que nous nous voyons.

_Soyez patient, coopératif et acceptez votre condition actuelle, c’est ce qu’il y a de mieux pour vous si vous voulez que la situation tourne en votre faveur.

_Facile à dire, vous êtes libre. Je vous appellerais désormais le juge et le bourreau.

_ Si vous voulez, mais je prends note.

_Faites ce que vous voulez…

Monsieur Jonte, en pyjama décoré des armes du pavillon sorti de la pièce et regagna sa chambre. Là, il se glissa comme on se réfugie dans un bunker sous sa couverture en laine et ferma les yeux.

Après six heures passé sous la réchauffante à ne pouvoir dormir, une infirmière en tenue et portant un brassard signalant son grade frappa à sa porte et lui annonça comme on annonce un train arrivant en gare que le repas du soir été servi.

Monsieur Jonte n’avait pas faim, il fit part à l’infirmière de cette information, en retour elle lui cita le règlement qui l’obligeait à se rendre au réfectoire à chaque repas, c'est-à-dire trois fois par jour. Il s’assit parmi les autres et attendit que l’on vienne le servir. Steak haché et petit pois fluorescent trônaient dans son assiette,  ce qu’il voyait interdisait ses sens de stimuler son appétit. La sourde cacophonie ambiante le plongeait dans un monde à part avec en premier plan ses pensées, la plupart des malades piaillaient à demi voix mais une minorité usait de grinçantes vocales avec force et véhémence. Lorsque survint le dessert il pu enfin donner à son corps les éléments nutritifs nécessaire à un fonctionnement primaire, il mangea son flan à la vanille ainsi qu’un autre au chocolat appartenant naguère à son voisin de droite, un être frêle et amorphe qui s’il ne lui avait ôté aurait timidement bavé dessus.

En une demi heure le repas fut plié, le prochain sera demain matin.

 

 

 

_Mais enfin Monsieur Jonte, vous n’êtes pas chez les fous, vous êtes en prison, pour meurtre. Vous ne vous souvenez de rien ? Une terrible affaire pourtant…

Et de la prison Monsieur Jonte fût transféré à l’asile où il coule des jours paisibles, bavant timidement, perdu quelque part dans un recoin de son cerveau où l’horreur de son crime atroce ne viendra pas le déranger. Il y continuera toute sa vie à se prendre pour son interlocuteur, cas extrême de schizophrénie qualifiée de nomade, le sujet changeant de personnalité à la suite de chaque rencontre avec quelqu’un.