Voici une petite pièce de théatre écrite d'un seul trait sous l'influence d'aucune substance connue.

Ce n’est pas de l’anthropomorphisme, c’est de la croix rouge.

(pièce en acte, donc en devenir)

 

 

Personnages :

 

 _ 2 clodos

_ 1 terrassier (l’homme)

_1 garçon

_ le patron du resto d’en face

_un aveugle

_des gens à la terrasse

_ une horloge qui va plus vite que la musique

_un ours

_ une accueille et son annexe

_ une maman et son bébé

 

 

Acte I

 

 

La scène, en trois plans, le premier un trottoir, le deuxième une terrasse en béton surélevée de 50 cm par rapport au trottoir et séparée à nouveau de ce dernier par une haie haute de 60 cm, percée par endroit ; le dernier, les égouts de la ville coulant en contrebas semblable à une petite rivière de pierre, où s’entassent des bouteilles cassées et d’autres choses, la verticale des égouts est une vieille et haute église gothique ou romane en pierre salie et pleine de mousse.

La terrasse appartient et à un PMU et à un resto, on y accède par 4 marches, en face d’elle et si l’on traverse la rue, le QG de l’Huma où l’on peut y acheter le dernier Pif gadget.

Dos au muret séparant le trottoir de la terrasse deux clodos dorment et digèrent et cuvent la vinasse pas encore piquée de ce matin tard dans la nuit, assis sur des journaux et des tractes, barbe fournie et odeur assurée, il n’y a pas de chien, on ne sait pas comment il s’appel entre eux ; il est encore tôt, seules âme vives dormant dans les rues, les trottoir sont désert, la lumière est encore teintée de sombre, l’église n’en est que plus belle découpée de pourpre clair.

Une étoile brille, clignote à basse fréquence, imperceptible à l’œil.

Tout d’un coup le cri d’un coq qu’il nous est impossible de situer tant il était improbable d’en entendre un se lève (chant du coq, 3 fois)

Lade, vêtu d’un T-shirt sale d’un short tombant au dessus des genoux et de baskets marche sur le trottoir, marche sur les deux clodos qui ne se réveillent pas et va s’asseoir sur les marches donnant sur la terrasse. On ne peut le sentir mais il pu le chien, véritablement, l’odeur du chien est infecte et a la particularité de créer de l’espace, de faire s’écarter la foule car le soleil la disperse loin, l’odeur du chien.

Mais le soleil n’est pas encore levé et Lade est seul. L’étoile brille encore de la même façon que précédemment sauf que le pourpre clair découpant l’église n’est que plus clair qu’auparavant.

Pendant ce temps Lade est assis et attend patiemment assis sur les marches, 10 cm multiplié par 4 il ne risque pas de tomber de trop haut.

Il attend patiemment qu’ouvre l’Huma car il vient, au comptoir devant 2 cafés grattés d’un bar plus loin d’écrire quelques textes qu’il aimerait faire publier.

Les maints jointes tombant entre ses genoux il tourne de gauche à droite selon un rythme inexistant se tête et regarde par terre puis en l’air de façon totalement aléatoire répondant à des stimulis visuels et auditifs et sensitifs dans leur ensemble. Son regard qui en grec se confond avec l’acte de saisir s’arrête sur des tractes que lui appel « bon point ». Sa main droite forcée l’œil ordonne de se saisir de l’un d’eux que celui-ci analysera par la suite et lui donnera ainsi son sens particulier, car pour l’instant ce n’est qu’un bon point de forme rectangulaire en matière papier glacé tiré quadri et massicoté afin de lui donner sa forme rectangle d’environ 70 cm2  qui se différencie d’un autre de même surface par les couleurs correspondant à des formes libres ou non se partageant entre la couleur et typographie ; chaque partie soutenant l’autre au sein de sa fonction non-particulière.

Cette étape effectuée il range le bon point maintenant celui-ci et non n’importe quel autre dans son sac bandoulière contenant l’ensemble de ses affaires. Un relevé détaillé de ces dernières sera effectué postérieurement à ce point mais  sans que je sache à ce moment après quel autre il sera. C’était le point de départ et le prochain non.

Lade attend, regarde en direction de l’Huma qui ne lui renvoie pas.

Cinq minutes assez large se sont au moins écoulées depuis que Lade a marché sur les clodos sans qu’ils ne lui répondent. Pourquoi ? La question est posée, j’attends une réponse, celle que vous voulez.

Un homme suivi d’une poubelle à roulette et d’un balai franchissent les marches et laisse seule la poubelle au milieu de la terrasse, la poubelle attend avec le balai le retour de l’homme qui ne se fait pas attendre.

La terrasse est très correctement livrée à elle même bourrées de bon points, de mégots de blondes et de deux cigares dont un cigarillo, de deux pièces (une de 0,10€, l’autre de 0,05€), la dernière quasiment inutile, si toute fois vous voulez que je poursuive il y a aussi un attache nappe à la table cassée, des feuilles et de la merde en tout genre. Les égouts roucoulent bercement, l’église se taie mais sa carrure imposante l’impose et la scène prend de l’ampleur.

L’étoile brille mais tant le ciel s’éclairci qu’il nous est impossible de la voir mais probable de deviner, avec un périmètre de vérité assez restreint.

Il nous est désormais possible ceci depuis quelques siècles mais aujourd’hui avec plus de certitude de détecter l’existence d’étoiles ne sachant briller à nos yeux ni à nos télescopent dernière criée.

Pendant ce temps, l’homme aidé de puissants coups de balai commence à montrer la peau de la terrasse, vieille car grise et sale.

Lade regarde la scène sans mots dire, sans maudire, ni les clodos ni l’homme balayant, pour quoi faire ? Il se lève, fait trois pas, s’arrête à deux de la poubelle à roulette et s’accroupi pour ramasser des bons points qu’il déposera ensuite dans la poubelle à roulette.

L’homme et Lade se tournent le dos, lui balaye, l’autre inspecte le sol, il se passe une minute avant que Lade dise : «  J’adore les bons points. Vous en avez vachement dites-moi. Vous en faites quoi après, c’est une mine un filon d’or noir votre terrasse. Dites, vous en faites quoi après ? »

L’homme ne lève pas la tête et continu de méchamment balayer la terrasse mais ne présente aucun signe d’agacement.

Lade continu, tantôt accroupi, tantôt déposant à contre cœur les bons points, tantôt s’arrêtant de bout les mains sur les hanches, tourné plus ou moins vers l’homme et dit : « Parce que vous savez,  moi je les collectionne, y’en a plein qui sont pas tous les même, et pour l’instant je suis le seul alors tant mieux, les gens ne savent pas que leur prix coûte cher. Lade s’accroupit. Celui là je l’ai pas, celui là je l’ai. Lade se relève et se tourne vers l’homme qui s’arrête de balayer et lève les yeux vers lui. Il est tôt non ? En fait si vous voulez tout savoir vous ne savez pas à quelle heure ouvre l’Huma. Parce que je voudrais bien y aller. Mais comme vous pouvez, si vous regardez dans la bonne direction, vous apercevoir que je n’y suis pas, donc c’est fermé. Non ? Ca ouvre à quelle heure ? Qu’est ce qui me prouve que vous le savez ?

_Je ne sais pas, dit l’homme. Moi je balaye la terrasse. Y’a le garçon qui le faisait qui nous a laché, alors je le fais, parce que j’ai pas le choix. Tout les matins, tout les soirs. Oh mais faut pas longtemps, ça prend quoi, une heure par journée entière. Faut juste être là le matin, et faut juste être là le soir.

Lade lui coupe la parole : « Vous savez, si ici ça pue vous me direz que c’est parce qu’il y a les égoûts qui nous bercent, mais c’est parce que je pue le chien errant. C’est payé combien vot’truc là. Moi je me lève tout les matins et me couche tout les soirs.

_15€, lui répond l’homme.

_Ouai, faut voir, dit Lade.

L’homme et Lade se tournent à nouveau le dos, chacun s’attachant à leurs tâches.

Le pourpre clair et maintenant bleu clair, l’imposante moins sombre, un clodo grogne, change de position, pose sa tête contre l’épaule de celui à droite.

_Vous savez monsieur, dit Lade, la façon dont vous vous y prenez n’est pas très correcte dans la langue du peut mieux faire. Je vais vous montrer. Regardez bien, je ne vous le montre qu’une fois mais je continuerais à le faire. En fait, il ne faut pas se servir du balai tout de suite car il n’aime pas beaucoup les bons points, son truc lui c’est plutôt les mégots, les capsules à la rigueur, pas les pièces et tout le reste de la petite merde à l’intérieur appelée poussière, donc en fait le balai n’intervient que secondairement lorsque présent tôt le matin on s’efforce de faire peau presque neuve à cette terrasse, car d’abord nous nous devons de nous rabaisser pour à la main cueillir les bons points de la veille poussés, sans en avoir l’air. Si des fois vos mains trouvent cette ingrate tâche incompatible avec ce qu’elles sont, prenez des gants, et mettez vous de suite à quatre pattes, je me mets à quatre pattes. Lade se met à quatre pattes et cueille les bons points de sa main droite, celle-ci cassant le bras et le plaçant contre la joue de son côté pour ensuite se projeter sur un bon point et mettre habilement le bon point dans la poubelle roulante.

_C’est quel style cet église ? dit Lade. Roman ou goth. Vous connaissez Goethe ? C’était un bosh, un allemand quoi. Tous des enfoirés, eux au moins ils ont eux un dictateur, et maintenant ils ont des autoroutes gratuites. Goethe c’est d’enfer, c’est dantesque sans être Maurice, mais je connais surtout Nietzsche… Parecque vous savez pour 15€ moi je veux bien remplacer vot’ gars, je me lève très tôt tout les matins et me recouche pas avant 5 ou 6 avant que je me lève, donc c’est d’accord !

_Ben moi j’sais pas trop faut voir tu sais, lui répondit l’homme.

_Et même si vous ne me payez qu’un café le matin après la terrasse et un sandwich midi et soir ? C’est tentant non ?

L’homme s’arrète de balayer prend son temps pour réfléchir puis dit : « ouai, faut voir, ça pourrait s’faire, mais d’accord pour le café et les sandwichs.

_C’est cool dit Lade, j’avais envie d’un café, pas d’argent, et j’tombe sur vous. Tout à l’heure place un peu plus loin je m’suis presque fait payer deux cafés en montant sur une table.

Lade qui parlait tout en ramassant des bons points tombe sur un cigarillo, le ramasse, l’allume et dit : « c’est cool, j’avais pas de tabac et je trouve un cigarillo. Il l’allume. Vous savez qu’il y a un gars qui a dit que Dieu ne jouait pas aux dés ou un truc dans le genre mais vous m’avez comprit. Moi j’aime bien jouer au Yathzée, je sais pas comment ça s’écrit, je sais pas écrire nonplus mais hier j’ai inventé le mot le plus long de la langue française, ppas mal hein ! »

L’homme balaye toujours, Lade fume son cigarillo en regardant l’homme, une main sur sa hanche gauche.

_Vous connaissez Nietzsche ? demanda Lade

Silence pendant un moment, Lade fume toujours de la même façon.

_En ce moment, continue Lade, je me promène, on m’a dit que c’était bien ici, alors je l’ai cru et je suis venu, et j’ai bien fait de croire à ça car c’est pas mal là, j’ai pas encore tout vu mais c’est à cause que j’pu le chien, infidèle que je suis, qui par ailleurs se contente de peu juste du café, et un peu de tabac pour en finir au plus vite.

Une petite fille, en robe d’époque, une sucette en spirale de couleur, ronde d’environ 10 cm de diamètre marche sur le trottoir et trébuche contre le premier clodo, le second se réveil et assomme la petite fille avec sa vinasse. L’homme et Lade ont plus ou moins assistés à la scène mais n’y prettent aucune attention.

Lade dit : « J’ai eu quelques problèmes ici par la plus grande des bénédictions que Dieu n’y prête pas attention ne le prenne pas pour lui car c’est pas ses oignons disont qu’il y est pour rien dans tout ça, lui il joue aux dés pendant que j’me branle sur un tapis vert émeraude. Vous croyez que l’imposante à proximité, Lade se tourne brièvement vers elle puis s’interromp pour reprendre, Dieu il nous écoute. Si tel est le cas que la foudre s’abatte sur moi ou alors je sais pas quoi penser de tout ça. »

La terrasse est maintenant balayée, l’homme à la poubelle part avec celle-ci, revient et détache de leurs chaînes les tables et les chaises, c’est bruyant. Il se hâte de placer les chaises et les tables. Lade lui fait remarquer qu’il s’y prend mal.

_Vous savez, dit Lade, vous ne devriez pas faire comme ça, vous devriez ranger les chaises à l’envers comme ça elles se déplieraient toute seule, les chaises. Si vous ramassiez comme je vous le dis et si vous rangiez en me suivant votre boulot vaudrait peut-être 15€.

L’homme continu de ranger les chaises et les tables.

_Non, c’est pas possible, dit l’homme, parce que dans l’autre sens les chaises ça rentre pas avec la chaîne.

_Si vous le dites, lui lança Lade. Vous cryez aux illusions. Je connais un gars qui s’appel Platon, c’est un pote à Socrate, ce gars là il a été jugé. Alors que Platon se fasse condamner pourquoi pas c’était un dictateur, il avait de bonnes idées mais dans l’ensemble et selon sa propre finalité il se conterdit, Socrate lui je le connaît pas trop mais je trouve ça dommage, accusé de pédophilie… les grecs anciens c’est tous des P-D.

Tout en disant ça Lade aide l’homme à mettre en place la terrasse.

_J’avais pas du bien passer le secteur au peigne fin car voilà que je me baisse et me relève avec une fin de cigare puant. Lade allume le cigare et poursuit. C’est votre bar là. Lade montre le bar du doigt. J’aimerais bien que vous accrochiez un tableau de Van Gogh, le Café le soir, une repro bien entendu, j’vous la paye si il le faut, avec vos 15€. C’est vraiment mon préféré de chez Van Gogh, vous connaissez c’est une galerie qui donne dans la peinture, c’est un peu cher mais bon ça vaut le coup d’œil.

_Ca va pas cette terrasse, dit l’homme d’un ton calme mais visiblement agacé. Les tables rentrent pas faut faire autrement.

_Il reste pourtant de la place là, dit Lade.

_Non c’est au restaurant à côté, on partage la terrasse.

_Ha bon, vous faites ça vous ! En effet dites-moi, il n’y a pas beaucoup de place entre les tables, ils font comment les gros obèses pour bouffer ici, c’est une mesure prise contre les gros. Mais c’est inadmissible ça ! Passe encore votre façon de travailler mais niet pour ce qui est de l’urbanisation de votre terrasse. Pas d’accord du tout là.

_Veuillez, dit l’homme, s’il vous plait et ce n’est pas pour moi que je le demande parler un peu moins fort car il y a non loin d’ici deux hommes et une fille un peu plus profondément qui dorment paisiblement bercés avant votre arrivé par le chant des égouts.

_Vous faites bien, dit Lade, je n’y prêtais plus attention enragé par cette stupide organisation qui m’a mit en colère. Je disais seulement que l’on pourrait s’y prendre autrement. Je l’ai dit à notre gouverneur général, il m’a coupé avant que je ne commence, prétextant que ce que j’avais à dire n’était pas inintéressant mais le contraire de digne en intérêt, il devait parler commercialement, cet homme est en crise picorant partout mais y’a rien.

Un homme entre sur la terrasse et pose des tables, rondes et non rectangulaires ou carrés, blanche en fer forgé et non en bois de teck.

_Bonjour, dit Lade. Vous aussi vous mettez en place des terrasses, moi j’ai commencé aujourd’hui, c’est cool non ! Ca paye un café deux sandwichs et 15€ mais je trouve que c’est pas assez c’est pour ça que j’arrête dès que c’est fini.

_Moi je suis le patron du resto d’à côté, dit le deuxième homme.

_Ha d’accord, répondit Lade, donc vous allez me payer un café parce que moi, ce matin, j’ai balayé gratos votre terrasse.

_D’accord, ça marche. Et le deuxième homme s’adressant au premier : Et Bataye, tu lui servira un café.

Bataye hoche la tête.

_C’est sympa, dit Lade. Disons que je ne voudrais pas m’amuser et balancer plein de bons points pour rien à la gueule baillante de la poubelle à roulette. Dites moi vous savez quand ça ouvre en face parce que j’attends qu’ils ouvrent. Ca presse là… Vous savez Young il dit qu’un homme se cache derrière quelque chose qui n’est pas lui et qu’il cherche à lui faire ressembler ce qui n’est  pas  lui c’est compliqué. Disons que l’on s’invente des choses, on met des barrières, on se protègent derrière des murs en acier blindé et on joue à être et le voisin et untel et un peu soi et le chien ou le chat et plein d’autres choses sauf ce que l’on ose pas se donner le courage ou l’intelligence ou bien seulement l’envie d’être ce que l’on rêve la nuit mais en vrai, simplement. Excisez cette envolée lyrique, vous me payer quand même le café que vous me devez ?

Un camion passe de gauche à droite et s’arrête devant le bar. Deux gonzes descendent, ouvrent la porte arrière et déchargent des caisses de cigarettes. Il fait maintenant jour. Peu de temps suffit pour que sonnent des klaxons, la rue bouchée par les fumeurs. Lade se fait servir son café, il le boit sur la terrasse en compagnie d’un aveugle muni d’ un pouet-pouet noir, lunette noire et canne, tenue descente.

_J’ai, dit Lade à l’aveugle, aidé la terrasse à faire presque peau neuve  ce matin, c’est pour ça que je bois le café que le patron du resto d’à côté m’a payé. C’est simple. Vous aussi vous êtes aveugle ! C’est dommage parce que le matin et l’église et les rues sont magnifiques. Vous ne pourriez pas plutôt être sans nez vous qui venez boire votre café dans les égouts ! Elle est pas mal celle là. Bon, je vous laisse boire votre café tranquille, à plus tard peut être.

Lade part mais revient aussitôt s’asseoir à la table de l’aveugle.

_Dites-moi l’aveugle en descente tenue, dit Lade. Vous avez regardé le discours du président général, gouverneur de notre état ?

_Non, lui répond l’aveugle.

_C’est dommage, poursuit Lade. Parce que moi ce matin, accoudé à un comptoir, j’ai ri de ne pas l’avoir vu. Aloes j’ai écris quelque chose pour me faire pardonner. C’est pour ça que j’attend là, pour le faire publier.

Lade se lève et s’en va, il disparaît. Ne reste que l’aveugle, deux trois clients, les clodos et la sucette avec la petite, des voitures qui klaxonnent et les caisses de clopes qui se déchargent.

Pendant ce temps Lade part braquer une banque place un peu plus loin. Des coups de feu partent, un nouveau né est tué. Pendant ce temps, devant le bar, deux jeunes gens s’embrassent sans se cacher. L’aveugle dit alors : « Mais c’est ça faut pas se gêner, ils  ont qu’a baiser en public, et en plus ils ont même pas douze ans au compteur. Ca veut dire quoi, faire ça devant un aveugle, et comment je fais pour voir ? »

Un peu avant que l’aveugle n’ai fini de parler un clodo se lève et dit : « Tu pourrais pas te la fermer y’en a qui dorment.

Le clodo sort un pétard et descend l’aveugle. Personne ne voit rien. Pendant ce temps l’horloge sur l’église continu à tourner trop vite.

 

 

II

 

 

Ce qui suit c’est passé avant. Avant les premiers coups de feu, avant que le nouveau né ne meure, avant que le clodo ne descende l’aveugle en tenue descente et que la gamine en sursaut se réveil.

L’imposante n’est plus, ni la terrasse ni le trottoir ni les klaxons, nous sommes maintenant place 3,14 la place un peu plus loin, et c’est à l’un de ses angles que le drame va se dérouler à la vitesse d’une bobine projetant un bon casse comme certains Quentin savent s’y prendre.

Mais vous êtes déjà au courant, vous savez que Lade, après la terrasse, est passé à la banque, comme il l’a fait chaque jours depuis le 5 sauf le 14 car fermeture nationalisée au profit de crétins acéphales marchant en cadence, démonstration en puissance de la force dont est capable notre beau royaume impuissant ne sachant pas viser ne sachant que trotter mollement derrière son maître, à la traine, sale mauvais chien qu’il est. Car il en existe de bons, sachant marcher au son de leur propre cadence, et danse, et danse.

Il n’est pas encore midi, Lade est pressé de retourner au café de la terrasse pour prendre ce qui lui appartient, un sandwich. En fait de sandwich il s’en retournera avec un œuf dur qu’il dû voler car on ne  voulait pas lui donner ce qui désormais lui appartenait, en fait d’œuf dur il s’agissait d’un œuf pourri vieux de trop de temps à ne pas avoir été mangé, qui finira jeté dans une bouche d’égout. A l’un des angles de la place 3,14 derrière les Halles se trouve une banque et son armée de kubis atomiques blindés car nécessité fait loi, la foule se ruant violemment sur eux les assénant de coups car ne répondant pas à leur attente ne les satisfaisant que partiellement.

Lade entre dans la banque et pressent qu’il va devoir patienter car deux clients postulent avant lui, Lade a déjà été  recalé à 3 reprises alors qu’il lui semblait avoir correctement révisé, l’idée lui passera par la tête de demander un entretien avec l’un des sbires du gouverneur général attaché à ce qui s’appel l’éducation mais qui n’en est rien, il y a donc tromperie, faux et usage de faux mettant en danger le royaume par incapacité d’élever la critique.

Un client passe le test avec les félicitations mais pas encore avec l’honneur de rencontrer et de serrer la main à l’illustre ; l’illustre est de part ce qu’il est une chose incroyable, croyez moi ou non je vous dit que l’illustre est le premier ours brun à occuper dans l’histoire du royaume la place de général de la banque à l’angle de la place 3,14, jamais cela ne s’était produit.

Le deuxième élève passe à l’orale, il lui est demandé de réussir un exercice faisant intervenir et la mémoire et la connaissance des nombres, l’exercice consiste à remettre de tête une clef numérique afin de pouvoir donner la réponse à la question : combien pouvez-vous nous demander sachant que vous disposez de x sous couvert d’un découvert y sachant que z est la limite à ne pas dépasser. Ce difficile exercice permet à Lade de prendre le temps de faire bifurquer son regard vers la droite et de tomber ainsi sur un nouveau né posé en équilibre sur une desserte, le nouveau né dort, fragilisé par sa position, Lade se penche vers lui, accuse un sourire en direction de sa mère et lui dit : « On dirait qu’il est mort, je vous assure, regardez, il ne respire pas. »Lade touche le front du nouveau né de la main droite, et reprend : « Il est encore chaud, ça doit être récent.

_Il a trois jours, commente sa mère.

_C’est tout petit, dit Lade. On dirait qu’il va tomber, heureusement pour lui qu’il est mort. Cela ne vous dérange  pas ?

_Non, répondit la mère. Il est encore chaud, dans une heure je lui donne le sein.

Lade se relève, puis se baisse et dépose un baiser sur le front du nouveau né, sa peau est douce, tiède, c’est un plaisir.

_Je vois que c’est à mon tour, lance Lade. Bonjour…

_Non, nous n’avons rien reçu ! dit l’accueil.

_Comment ça je suis déjà recalé ! cri Lade. J’ai encore le droit de le passer, en plus j’ai encore rien dit !

_Nous n’avons rien pour vous, continue l’accueil. Je vais vous demander de bien vouloir quitter cet établissement dans le plus grand calme, nous vous connaissons, vous empestez le chien et cela gêne notre troupeau à lait. Merci de votre visite dont tous nous nous serions passé. Allez allumer un cierge pour vous de ma part. Pour cela veuillez vous rendre aux distributeurs situés à l’extérieur de notre établissement. Merci. Dieu n’en a que faire de vous, nous si.

_Mais cela fait quatre jours que je passe le test à l’oral et vous me dites toujours que je suis recalé, j’ai essayé le test en littérature, le test en théatre, le test en arithmétique, c’est quoi le test aujourd’hui ?

Une annexe de l’accueil arrive en renfort et toute deux lui disent de prendre la porte.

Lade baisse les yeux, reste planté devant l’accueil une minute, ferme les yeux. Les réouvre et entame un quart de tour à gauche, l’accueil et son annexe se retournent pour chercher des choses inexistantes. A ce moment Lade sort de son sac une arme rouge de petite taille qu’il braque sur l’accueil de dos, il ne tarde pas à ce qu’elle se retourne et découvre dans son champ visuel à environ quinze centimètre de son nez un pistolet rouge de petite taille dont elle ignore qu’il fonctionne avec une technologie différente que celle décrite par la balistique traditionnelle, elle ne sait donc pas à qui elle a à faire. A la vue de ce rouge qui lui semble injustifié son visage se déforme, ses yeux s’ouvrent bien plus grand, ses deux mains se posent sur le comptoir.

_Ecoutez, dit Lade. Je vous ai tout dit, vous ne m’avez pas écouté, je suis donc obligé de sortir mon flingue.

_Mais je vous dit que c’est pas possible, répondit l’accueil.

_Je pue le chien donc c’est possible, savez-vous comment s’appel cette forme dont le but est d’exprimer une idée et d’en venir quelque part ?

Un ours arrive par le fond. Lade, alerté par son haleine, détourne son regard des yeux de l’accueil et les pose sur ceux de l’ours.

_Salut l’ours, dit Lade.

Lade fait alors faire à son flingue le même parcours que précédemment ses yeux ont fait et ordonne à son flingue de mettre un doigt dans chaque œil de l’ours, ce qui aura pour effet de le condamner non pas seulement à être aveugle mais de le priver de tout ses sens. L’ours, surprit, s’écroule. Lade range son pistolet et sort modestement de la banque pour retourner à la terrasse, où un sandwich qu’il ne mangera pas l’attend.

 

 

III

 

 

Lade est depuis longtemps sorti de la banque, depuis longtemps il n’a pu manger son sandwich et jeter l’œuf pourri à l’égout, égout où il s’est d’ailleurs baigné alors qu’il ne pouvait presque pas faire autrement.

Lade marche dans la rue. On voit des chiottes publics dans lesquelles il faut allonger pour pisser, c’est la fin de la journée, la lumière est belle.

Lade marche lentement, tête baissée. Il s’arrête à côté des waters, les regarde, s’agenouille et dit :  « Notre merde, toi qui m’en veux descends un peu pour voir, moi, je viens de tuer un ours, je n’hésiterais pas à tuer Dieu. Qu’as-tu fais pour cet ours, que t’avait-il fait cet ours mal léché, qu’avais-tu à lui reprocher ? Et pourtant, selon le mécanisme cartésien c’est toi qui l’a tué, cet ours, c’est pour ça que je n’éprouve aucun remord, c’est grace à toi que je n’éprouve aucun remord. Je ne l’ai pas tué, il est mort tout seul. Dieu, toi qui n’en a que faire de l’humain, toi qui à l’aube nous a méchamment foutu dehors parce que selon toi une conne ne t’a pas écoutée. Moi je dis cette conne a bien fait, le désir, la soif, la curiosité, quel pouvait être le goût des pommes de cet arbre ci. Mais toi Dieu tu n’as pas de goût, pas de palais, de simples églises fortifiées. Mon palais est mon esprit, jamais tu n’y pénétrera car des gardes aux solides consignes te barreront et t’empêcherons d’entrer, tu n’es pas le bienvenu, par ta faute, aujourd’hui, j’ai tué. Dis moi Dieu, sincèrement, connais tu Nietzsche, il m’a dit que je t’avais tué. »

Lade s’allonge alors près du temple, s’assoupie une minute, se réveil, se lève, fouille dans sa poche, en sort une pièce, la glisse dans la fente du temple, ôte son T-shirt et le place comme suit : il place son T-shirt sur sa tête en enfilant sa tête à moitié dedans par le trou prévu à cet effet et fait tomber le reste en arrière, le T-shirt est blanc, Lade pourrait ressembler à un pharaon mais ce n’est pas l’effet qu’il recherche. Lade entre dans les chiottes, la porte se referme. Trente secondes s’écoulent avant que l’on entende Lade crier.

_Je porte plainte contre la banque à l’angle de la place un peu plus loin, appelée aussi par le plus grand nombre place 3,14. J’ai été, par la faute de Dieu, obligé d’assister à un crime que j’ai moi même commis, mais ce n’est pas ce point qui nous intéressera lors de ce procès. Mon client, c’est à dire moi même, je porte plainte contre la banque pour incompétence pouvant entraîner la mort, la sentence est proche car il ne me sera pas utile de dire beaucoup, étant aussi le juge, je pourrais me passer de tout ce verbillage et prononcer tout de suite la peine mais notre royaume protège même ses voyous et leur accorde le droit d’assister avant leur condamnation à une pièce de théâtre avec des hommes qui se déguisent en femme. Deleuze m’a dit que si il n’avait pas fait de philosophie il aurait fait du droit, c’était la jurisprudence qui l’intéressait particulièrement, je crois que cet homme s’est donné la mort par l’intermédiaire d’un canon fumant, il avait les ongles longs et fumait beaucoup. Je porte plainte contre la banque pour incompétence pouvant entraîner la mort, ils ont été incapable de m’orienter protégeant leurs intérêts qui dans mon cas s’élevaient à 52€, une misère, et pour cette malheureuse somme ils m’ont privé de mes bien financiers cinq jours durant m’exposant ainsi à tout les dangers. J’ai dormi dehors, me suis privé de me laver et de manger, cinq jours durant, ne dormant plus que quatre heures par nuits, ceci, cinq jours durant. Alors que si l’accueil qui m’a confiée posséder une maîtrise de droit m’avait écoutée, l’ours ne serait pas mort. J’ai risqué et ma santé et ma dignité, je me suis fait voler tout ce que je possédais. La banque est coupable, je l’accuse d’incompétence pouvant entraîner la mort. Je demande 10 fois le montant de ma vie, moi qui ne possède plus rien.

Lade tire la chasse, sort du tribunal, grimpe dessus et s’endort.