En faisant des boîtes, je suis tombée sur un poème que j'avais recopié à 18 ans. C'est toujours d'actualité :

Qui te dira la façon juste de nommer - de Marius Grout

Qui te dira la façon juste de nommer, qui te dira le nom des choses, leur nom pour toi, la secrète correspondance entre elles et toi préétablie ?

Qui te dira le nom des vents, le nom des roses, le nom des neiges, le nom des fontaines perdues?

Qui te dira le nom elle-même inconnu, de l'aimée ? Elle dort. Penché sur son silence, en vain penché et écoutant, tu tâches de le saisir.

Qui te dira, à la plus haute cime parmi les solitudes perdu - le monde en bas dissous - qui te dira le nom de qui n'a point de nom, le nom qu'efface le plus tremblant essai ?

Qui te dira le nom du pays doux et irrêvable de la mort, de ces vergers au crépuscule penchés sur les collines, et du parfum amer et triste de leurs fruits étranges ?

Qui te dira le nom - qui ? - parmi les chaumières, de sa chaumière à elle; à quels travaux très singuliers attentive, et nouant, maille à maille, quel temps, de quels doigts fuselés. Oh! col penché - de quelle patience et de quel rythme imcomparable ? Qui te dira ? Le nom peut-être est interdit encore - qui te dira, sinon le nom, du moins les mots qu'il faut pour, pas à pas, approcher ? La manière exacte de marcher - ah! bondissants éclairs par les chemins lancés des anciens dieux ! - qui te dira l'heure du départ, et le sentier, et les précis gestes à faire, par quel chant mystérieux l'un à l'autre liés, pour, de ses mains, de ses mains seules envoûter le pur silence ?

- Marius Grout