Nous aimions aller dans les chemins creux, en bordure des fossés, souvent sur le halage de la Vilaine. Nous y cueillions des herbes, toutes sortes d'herbes. C'était à celle qui trouverait l'herbe la plus rare. Et tout cela pour un concours entre nous deux: celui du plus beau bouquet de fleurs et d'herbes champêtres. Nous revenions les bras chargés de folle avoine, d'ail sauvage, de campanules et autres 'herbes, en fleurs ou en graines. Mille odeurs subtiles nous enivraient: un mélange de miel et d'oignon, pas disharmonieux pour autant. Joies simples, mais restées gravées au plus profond de mon être. Même les piqures d'orties ne pouvaient atténuer notre enthousiasme à caresser de la paume de la main les différentes herbes! Quel émerveillement d'admirer la broderie de la ciguë: était-ce là l'oeuvre des mains habiles d'une dentelière de Quimper? Et ces petits bourgeons qui pointent leur nez! Et la naissance de ces milliers de feuilles tendres d'un vert si éclatant! Tout est si merveilleux, quand la nature se réveille après l'hiver... Nous étions comme deux gamines ivres de joie et papillonnantes... Puis, de retour à la maison, chacune sur une table, nous composions nos bouquets, tige par tige, jusqu'à l'harmonie; et cela sans compter notre temps; un vrai bonheur! A la fin, c'était souvent celui de l'autre que nous trouvions le plus beau.Mais au fait, qui était cette compagne de jeu? Cette amie n'était autre que ma maman, qui aujourd'hui n'est plus de ce monde.