106° 39’ 7’’E  10° 49’ 8’’N   

      Ho Chi Minh City Vietnam

 

 

Tout a commencé un 30 avril 1975. J’avais 9 ans et les actualités télévisées montraient la prise de Saigon par le Vietcong. La guerre du Vietnam était définitivement terminée. L’image la plus spectaculaire sur ces évènements lointains était celle de la terrasse, du toit de l’ambassade américaine où des gens affolés gravissaient à la hâte un escalier perché dans le vide d’où s’envolaient les derniers hélicoptères de l’US Navy. L’Amérique fuyait honteusement le Vietnam après quinze ans de guerre. C’était l’image forte de toute une génération bercée par les drogues plus ou moins douces et la musique des Rolling Stones. C’était la même année ou l’Amérique présentait sur les écrans Les trois jours du condor, c’était mon enfance, celle vécue à Paris en ce milieu des années 70.

Dans les années qui suivirent, on a vu apparaître partout en France et jusque dans ma classe, des petits vietnamiens, les fameux boat people qui quittaient par milliers leur pays. En tant qu’ancienne colonie, la France était le premier pays demandé dans la fuite à l’exil.

Il a fallu que j’attende presque 20 ans pour mettre les pieds sur le sol vietnamien. C’était le 6 juillet 1994. Saigon s’appelait désormais Ho Chi Minh Ville mais qu’importe. Le Vietnam à la recherche de devises étrangères et ayant perdu le soutien économique de l’URSS, ouvrait ses portes au tourisme. J’y suis resté deux mois, en me baladant partout où cela était rendu possible, de la pointe sud du delta du Mékong au nord frontalier avec le Laos, du Golfe de Siam à la Mer de Chine. Pour la première fois de ma vie, je goûtais à la chaleur humide des tropiques, aux pluies interminables et inondées de mousson, aux fièvres répétées, à la fatigue du climat, aux animaux sauvages qui vous suivent jusque dans votre chambre d’hôtel, à manger le matin en guise de petit déjeuner, du gros sel dans la paume de la main afin de continuer ma route. C’était, dans ma tète de jeune homme, un voyage dans le temps, celui de l’Indochine mystérieuse, celui de nos grands-parents venus bâtir un coin de paradis bien souvent utopique dans cette partie si éloignée du monde, celui des romans d’aventures comme ceux de Graham Greene, celui aussi de ces femmes Tonkinoises à la beauté sensuelle et aux yeux d’amandes souvent décrits par les légionnaires en permission. C’était le Vietnam de mes rêves d’enfant qui défilait devant mes yeux.

Onze ans passèrent et je reçus une lettre du Consulat Général de France m’invitant à venir à Ho Chi Minh Ville pour donner un cours de photo à l’Ecole des Beaux Arts de la ville. Me voilà passant du rôle de spectateur à celui d’acteur, celui toujours désiré et tant recherché. Aussitôt dit, aussitôt fait et me voici débarquant à nouveau dans cette ville devenue, entre temps, une métropole moderne et chaotique de 8 millions d’habitants. Sachant mon arrivée, la pluie s’est faite bien vivante, la mousson d’automne devenue depuis longtemps déjà une fidèle compagne de route m’accompagnera tout au long de mon séjour le rendant forcément plus sauvage, émouvant parfois. L’Asie se vit avec l’eau. C’était le 2 septembre 2005, j’avais 39 ans et je n’étais plus depuis longtemps un petit garçon. Le Vietnam avait mûri, tout comme moi, et ne regardait plus en arrière avec un brin de nostalgie mais vers l’avant, vers un futur de petit dragon bien mérité.

 

 

Nicolas Pascarel, Naples le 2 avril 2008.