Je suis née en décembre, à Berlin, d’un père allemand et d’une mère française. Mon enfance fut partagée entre Berlin et Paris, car mes parents se séparèrent au cours de ma première année. Je n’ai pourtant de racine dans aucune de ces deux villes. Si je devais les chercher, j’évoquerais plutôt un coin perdu du Limousin, où ma mère m’emmena en vacances tous les étés, où je n’ai pas mis les pieds depuis 15 ans, mais dont je garde une nostalgie féroce. Je pris tôt mon indépendance en allant vivre à Rennes. Mes études ne me plaisaient pas, je les bâclais, les abandonnais et partis en voyage. J’ai laissé des amants aux quatre coins de la planète. Mon premier amour s’appelait Carlos, nous vécûmes un mois de pur bonheur aux Iles Canaries. Le deuxième, Ludwig, était allemand, et je le rencontrai en Roumanie. Je l’aimais pour son côté révolutionnaire. Mais il était si exigeant ! J’étais trop rêveuse pour lui. Le troisième avait quinze ans de plus que moi, il était pianiste et je le rencontrai à Buenos Aires. Je finis pourtant par quitter cette ville où je vécus un si grand amour : je voulais un enfant, lui n’en voulait pas. Cela me rendait folle. Rentrée en France, je vécus à Paris, dans la rue, pendant deux ans. Puis une association d’insertion me donna ma chance : j’appris à cultiver la terre. Je décidai alors de reprendre mes études et obtint un diplôme agricole. Aujourd’hui, je vis retirée, à la montagne, et je fais mon jardin. Dernièrement, j’ai lu « sous le règne de Bone » de Russel Banks, qui m’a donné l’idée de planter de la ganja. Ainsi, j’explorerai sans doute de nouveaux univers sans bouger de chez moi.