Question restée sans réponse
 
Dans son éditorial du jeudi 7 février 2008, « A history of the conquest » André Pratt du journal La Presse pose une question à la fois pertinente et symptomatique du dilemme Québécois en matière linguistique et identitaire. «  Comment une langue peut-elle être à la fois décrite comme une menace permanente et un outil essentiel?  ».
 On pourrait croire que ce dilemme ne saurait être que l’apanage d’un petit peuple aux prises avec une paranoïa identitaire tel que le Québec en connaît depuis plusieurs décennies dû à son poids démographique ( 3% de francophones dans une mer de 97% d’anglophones), mais il n’en est rien. Au sud de la frontière nos amis Américains de la Californie et de quelques autres états du sud sont aux prises avec une migration légale et illégale hispanique jamais vue dans ce pays, à un point tel que la communauté hispanophone représente maintenant plus de 33% de la population Californienne. Cela engendre aussi une certaine crise identitaire et linguistique dans le sud-ouest de la plus grande puissance économique, militaire et culturelle mondiale.
 Qualifié de « Tour de Babel », l’Union Européenne se dirige tout droit dans le cul-de-sac identitaire Anglo-saxon si ses états- membres n’adoptent pas une politique linguistique rassembleuse et identitairement unificatrice tel que le serait l’adoption d’une langue internationale neutre comme L’Esperanto.
L’Esperanto , une langue-pont parlé par environ deux à cinq millions de personnes dans le monde, qui sont réparties dans la majorité des états membres de la communauté internationale Onusienne, a survécue à une myriade d’épreuves au cours de ses 120 ans d’existence et connaît aujourd’hui un regain de vie sûrement dû à l’accroissement de sa diffusion sur internet. Elle figure même au 18 ième rang mondial pour le nombre de pages écrites dans cette langue sur le site Wikipédia.org. Elle représente beaucoup plus qu’un outil de communication international dont l’efficacité (supérieure à toutes autres langues incluant l’anglais) est reconnue dans les instances de l’Unesco. Elle est aussi un outil de pacification entre les peuples et de protection de la diversité linguistique et culturelle. Ses Locuteurs y ont en général adhérée non seulement pour sa logique implacable et la rapidité de son apprentissage mais aussi et surtout à cause de la philosophie que le mouvement Espérantiste véhicule. Une philosophie qui soutient les principes d’égalité et d’entraide entre les peuples et qui en osant bâtir un pont linguistique neutre entre toutes les nations, élimine la menace permanente que constitue la domination d’une langue nationale sur les autres langues nationales et régionales. Elle est donc aussi une police d’assurance pour la diversité linguistique et culturelle planétaire. Cela, aucune langue Nationale utilisée en tant que langue internationale ne peut l’offrir, car une langue est aussi un véhicule culturel et donc, l’étouffement culturel qui résulte de sa domination ferait disparaître une richesse linguistique et culturelle qui appauvrirait l’humanité entière.
Récemment, selon la BBC, le Premier Ministre Britannique Gordon Brown annonçait un nouveau projet internet afin de propager l’enseignement de l’anglais à l’échelle mondiale. Il déclarait   « Nous allons ouvrir la porte de nouveaux pays et des nouvelles générations afin que l’anglais soit la langue internationale choisit dans le monde entier ».Cette position soutenue par les gouvernements britanniques et Américains successifs et par le British Council depuis une soixantaine d’années n’est pas nouvelles mais elle indique certainement un engagement renouvelé de la culture anglo-saxonne à dominer la planète du point-de-vue culturel et linguistique.
Selon certain sociolinguiste, Il y a toutefois des signes qui tendent à démontrer l’atteinte de l’apogée de la domination de l’anglais comme langue internationale mondiale et la diminution de son influence. L’émergence d’une superpuissance économique et militaire chinoise ainsi que des autres économies émergentes  tels celles de l’Inde et du Brésil y sont sans doute pour quelque chose. Le Mandarin et l’espagnole deviennent de plus en plus populaires et en Europe on tente d’imposer l’apprentissage de deux langues secondes.
Comme tend à le démontrer l’histoire de l’humanité, les empires naissent et meurent et avec eux les dominations culturelles et linguistiques. Alors, l’avènement de l’anglais en tant que langue internationale dominante n’est sans doute pas éternelle non plus. Force est de constater que la domination d’une culture et de sa locomotive la langue, attise les tensions et promouvoit le ressentiment entre les peuples à cause des inégalités et du rapport de force qu’elle engendre. Mais si on examine bien les relations dans la communauté espérantophone mondiale on n’y retrouve une toute autre dynamique ou la compétitivité est presque nulle et les différences culturelles et linguistiques sont perçues comme des richesses.
C’est pourquoi le Québec qui est un précurseur dans le domaine de la protection de la culture et de la langue doit démontrer son leadership face aux autres peuples et nations du monde qui sont aussi menacés de disparitions par leur position de vulnérabilité démographique et linguistique. Le Québec peut et doit démontrer qu’il est le chef de file dans ce domaine en adoptant une politique linguistique qui prévoit premièrement, la primauté du français comme langue commune, deuxièmement, l’apprentissage scolaire obligatoire de l’Espéranto comme langue internationale ainsi que la promotion de son utilisation en tant que langue internationale neutre et finalement l’apprentissage d’une troisième langue nationale au choix de l’élève.
De cette façon, l’anglais garderait tout son attrait et sa richesse mais ne serait plus perçue comme une menace permanente et l’avènement de L’Espéranto  langue commune mondiale renforcerait le sentiment d’appartenance à la communauté internationale de tous ses états-membres.