Quelque 153 ans après sa mort, celle que l'on a surnommée "la femme la plus laide du monde" a enfin droit à une sépulture décente. Julia Pastrana est née au Mexique en 1834 et les dessins de l'époque la montrent couverte de poils avec une bouche extrêmement lippue. Cette femme souffrait en fait de deux maux rarissimes : une hypertrichose, c'est-à-dire un dérèglement hormonal qui entraîne une pilosité envahissante, et une hyperplasie gingivale, qui provoque un épaississement des lèvres. Dans le New York Times, une publicité de l'époque clamait qu'elle était "le lien entre l'homme et l'orang-outan".
Vers 1850, elle est vendue à Theodore Lent, qui se met à l'exhiber dans les foires autour du monde comme la Vénus hottentote, cette Sud-Africaine qui est morte à Paris en 1816 après avoir été montrée en Europe comme une bête curieuse. En 1868, Francis Buckland, un spécialiste d'histoire naturelle britannique, écrit qu'elle avait "beaucoup de goût pour la musique et la danse" et qu'elle parlait trois langues. "Très charitable, elle donnait largement aux institutions locales." Selon les historiens, elle était amoureuse de Lent, qui l'a épousée sans doute pour garder le contrôle sur l'argent qu'elle gagnait.
En 1860, Julia donne naissance à un fils, qui a hérité de ses pathologies et meurt peu après. Elle-même ne survit pas à l'accouchement. Mais Lent n'entend pas perdre son gagne-pain. Il fait embaumer les deux corps et continue sa tournée en exhibant cette fois les momies. Il épouse ensuite en Allemagne une autre femme à barbe, qu'il présente comme la soeur de Pastrana et qui parade à côté des deux momies.
Dignité

Mais l'extraordinaire destin de Julia Pastrana ne s'arrête pas là. Après la mort de Lent, les momies ont changé de propriétaire et ont fini par atterrir, dans les années 1970, chez un opérateur de fête foraine norvégien. En 1976, des voleurs s'introduisent dans son entrepôt et dérobent les deux momies, que la police retrouve plus tard dans une poubelle. Le corps du bébé est trop abîmé, mais celui de Julia est placé à l'institut de médecine légale à Oslo.

Il y serait tou
jours sans Laura Anderson Barbata, une artiste de New York. En 2003, sa soeur monte au Texas une pièce qui raconte la vie de Julia Pastrana. Laura Barbata, qui est née dans la même région du Mexique, est touchée par cette histoire et décide de lui offrir un enterrement décent. "En terminant dans un sous-sol comme objet de collection, elle avait perdu toute trace de dignité. Mon rêve ultime était qu'elle rentre au Mexique pour être enterrée", confie-t-elle au New York Times.

Le retour de Julia prendra dix ans. Laura Barbata fait plusieurs demandes pour le rapatriement du corps. Avec l'appui du gouverneur de la province de Sinaloa au Mexique, elle finit par obtenir gain de cause. Avant l'expédition du corps, elle vérifie qu'il s'agit bien de Julia. Y sont toujours fichées les vis et les tiges de fer qui servaient à exhiber la momie.

Le 12 février 2013, une messe d'enterrement a eu lieu dans la petite ville de Sinaloa de Leyva. "L
a messe était magnifique. J'étais très émue", a expliqué Laura Barbata. Julia Pastrana a été enterrée dans un cercueil blanc recouvert de roses. Pour Jonathan Fielding, producteur d'une pièce sur la triste vie de "la femme-singe", son histoire reste tragi
que, mais au moins a-t-elle désormais une fin convenable".