Jamais auparavant, une relation aussi forte entre une oeuvre poétique et un continent tout entier n’avait été établie, jamais un auteur n’avait exprimé aussi intensément et aussi radicalement son refus de la peur en face de l’oppression: «Mes vers ne veulent pas se soumettre à la vision déçue d’un monde en décrépitude, mais ils ne se soumettent pas non plus à une vague et douloureuse adoration de quelque chose qui n’a plus de signification vivante», a dit Neruda.

Rien d’étonnant que le «Canto General», cette oeuvre singulière, unique dans la littérature contemporaine, ait fasciné Mikis Theodorakis, car Theodorakis a toujours été animé des mêmes idéaux que Neruda, idéaux pour lesquels il a été emprisonné, déporté, torturé, exilé. Rien d’étonnant non plus que sa mise en musique de poèmes du «Canto General» reflète le même élan vital, la même intensité expressive, la même vérité que la poésie. Le choix des poèmes fait sur le conseil d’Allende et de Neruda, est tel qu’ils constituent en fait la synthèse du «Canto General», dans laquelle s’alternent les élans épiques et les chants intimes.
Pour ce qui est du choix des poèmes en détail, il y a, en premier lieu, les vers merveilleux qui évoquent la genèse du continent, la naissance de la végétation, des oiseaux et de certaines bêtes: Vegetaciones, Vienen los pajaros, Algunas bestias. Il y a ensuite les poèmes qui témoignent de l’oppression et de l’exploitation du continent sud-américain: La United Fruit Co, et de l’amour de Neruda pour sa terre opprimée: Amor America...

Il y a ceux qui prennent le contrepied et qui chantent les luttes héroïques et folles pour la libération de cette terre meurtrie: Los Libertadores, America Insurrecta, et ceux qui évoquent les grandes figures de ces combats généreux: Lautaro, Sandino, Emiliano Zapata. Il y a les mots tout simples et intimes par lesquels Neruda se découvre et s’implique lui-même dans ce monde en gestation et en évolution et par lesquels il exprime ses convictions politiques: Voy a vivir, A mi partido, et, enfin, il y a, au coeur même de la partition, le Requiem que Theodorakis a écrit pour Neruda, ce compagnon de lutte qui était devenu son ami.

[Refrain]
El árbol del pueblo
el árbol de la tormenta
el árbol de la tormenta
el árbol del pueblo

Aquí viene el árbol, el árbol
de la tormenta, el árbol del pueblo.
[Refrain]

De la tierra suben sus héroes
como las hojas por la savia,
y el viento estrella los follajes
de muchedumbre rumorosa,
hasta que cae la semilla
del pan otra vez a la tierra.
[Refrain]

Aquí viene el árbol, el árbol
nutrido por muertos desnudos,
muertos azotados y heridos,
muertos de rostros imposibles,
empalados sobre una lanza,
desmenuzados en la hoguera,
decapitados por el hacha,
descuartizados a caballo,
crucificados en la iglesia.

Decapitados por el hacha,
descuartizados a caballo,
crucificados en la iglesia

Aquí viene el árbol, el árbol
cuyas raíces están vivas,
sacó salitre del martirio,
sus raíces comieron sangre
y extrajo lágrimas del suelo:
las elevó por sus ramajes
las repartió en su arquitectura.

Fueron flores invisibles
a veces, flores enterradas,
otras veces iluminaron
sus pétalos, como planetas.
[Refrain] bis
De la tierra suben sus héroes
como las hojas por la savia,
y el viento estrella los follajes
de muchedumbre rumorosa,
hasta que cae la semilla
del pan otra vez a la tierra.
[Refrain]
Aquí viene el árbol, el árbol
nutrido por muertos desnudos,
muertos azotados y heridos,
muertos de rostros imposibles,
empalados sobre una lanza,
desmenuzados en la hoguera,
decapitados por el hacha,
descuartizados a caballo,
crucificados en la iglesia.

Decapitados por el hacha,
descuartizados a caballo,
crucificados en la iglesia

Aquí viene el árbol, el árbol
cuyas raíces están vivas,
sacó salitre del martirio,
sus raíces comieron sangre
y extrajo lágrimas del suelo:
las elevó por sus ramajes
las repartió en su arquitectura.

Fueron flores invisibles
a veces, flores enterradas,
otras veces iluminaron
sus pétalos, como planetas.
[Refrain]
L’arbre du peuple
l’arbre de l’orage
l’arbre de l’orage
l’arbre du peuple
Voici vient l'arbre, c'est l'arbre
de l'orage, l'arbre du peuple.
[Refrain]
Ses héros montent de la terre
comme les feuilles par la sève,
et le vent casse les feuillages
de la multitude grondante,
alors la semence du pain
retombe enfin dans le sillon.

[Refrain]
Voici vient l'arbre, c'est l'arbre
nourri par des cadavres nus,
des morts fouettés et estropiés,
des morts aux visages troublants
empalés au bout d'une lance,
recroquevillés dans les flammes,
décapités à coups de hache,
écartelés par les chevaux
ou crucifiés dans les églises.

Décapités à coups de hache,
écartelés par les chevaux
ou crucifiés dans les églises

Voici vient l'arbre, c'est l'arbre
dont les racines sont vivantes,
il a pris l'engrais du martyre,
ses racines ont bu du sang,
au sol il a puisé des larmes
qui par ses branches sont montées
parsemant son architecture.

Elles furent fleurs, quelquefois
invisibles, fleurs enterrées,
d'autres fois elles allumèrent
leurs pétales, comme des planètes.

[Refrain]
Ses héros montent de la terre
comme les feuilles par la sève,
et le vent casse les feuillages
de la multitude grondante,
alors la semence du pain
retombe enfin dans le sillon
[Refrain]
Voici vient l'arbre, c'est l'arbre
nourri par des cadavres nus,
des morts fouettés et estropiés,
des morts aux visages troublants
empalés au bout d'une lance,
recroquevillés dans les flammes,
décapités à coups de hache,
écartelés par les chevaux
ou crucifiés dans les églises.

Décapités à coups de hache,
écartelés par les chevaux
ou crucifiés dans les églises

Voici vient l'arbre, c'est l'arbre
dont les racines sont vivantes,
il a pris l'engrais du martyre,
ses racines ont bu du sang,
au sol il a puisé des larmes
qui par ses branches sont montées
parsemant son architecture.

Elles furent fleurs, quelquefois
invisibles, fleurs enterrées,
d'autres fois elles allumèrent
leurs pétales, comme des planètes