Dix-septième poème
Fragments

Je me retiens pour ne pas fuir, ne pas crier à pleine gorge !
Ne pas crier quand je demeure à l'abri de ce chêne fourchu !
Ne pas pleurer le beau pouvoir dont pour toujours je suis déchu !
L'automne reviendra...Des épis noirciront dans les branches
Des pommiers ! Les feuilles pourriront le long des routes blanches.
La plénitude du silence indique au promeneur l'approche de midi.
Le bruit régulier de mes pas ne me parvient qu'assourdi.
Ah ! c'est en vain que je préfère à mon âme qu'un arbre a troublée
Tout ce qui peut fleurir ! C'est en vain que d'abord et d'emblée
Je soumets ma parole incertaine à la houle du jour,
Que je la tourne vers la mort avant de mourir à mon tour !
Les roseaux se sont endormis. A leur image je m'apaise.
Je modèle un visage nouveau dans un morceau de glaise.


Pierre OSTER