IN TENEBRIS I


L'hiver est proche
Mais incapable
De raviver mon deuil :
On ne meurt qu'une fois.

C'est l'envol des pétales ;
Mais j'ai déjà vu
Cette rupture qui jamais plus
Ne pourra me bouleverser ;

Les oiseaux défaillent d'épouvante ;
Je n'userai pas de mes forces d'antan
Dans les solitudes noires du gel :
Depuis longtemps je n'ai plus d'énergie.

Le givre noircit les feuilles ;
Mais l'amitié ne peut se refroidir
Maintenant, comme autrefois,
Pour celui qui n'en a plus.

La tempête peut tout saccager ;
Mais l'amour ne blessera plus,
Cette année, le coeur de celui
Qui n'a plus de coeur.

Noir est le manteau de la nuit ;
Mais la mort ne peut effrayer
Celui qui, hors des doutes,
Attend sans espoir.

Thomas HARDY