RIEN N'EST JAMAIS FINI

La mer n'a pas fini de discourir
à coups de vagues
à coups d'écume qui fait de grands effets de robe
et la nature s'étend toujours
fatras de cailloux et de feuilles

Des décombres de journées pourries
hissés sur les armoires à glace
empuantissent les chambres que traverse la foudre
l'éclair bâtard et titubant du tout-à-l'égout

Mais
ô ma foudre
ô mon éclair réel
quand tu t'abats sur les montagnes et
les touches aux naseaux
taureaux obscurs dont les flancs grondent
comme les futailles qu'on roule au fond des caves
parodies de cercueils et simulacres de tombeaux
viendras-tu tuer ce vieux bétail humain
toi qui sais jouer franc comme l'or
de ta lame scintillante
de ta cape de nuages
de tes jarrets brisés
comme un beau matador ?


Michel LEIRIS