VOYAGEURS


Un homme une femme sont passés.
Il est des villes un torrent les mine, le ciel sur elles est une lave,
Leurs faubourgs ne s'ouvrent pas sur l'herbe mais sur une poussière
Toujours soulevée par le vent.
Un secret et un secret sont passés.
Il est des villes blondes et toutes tendres d'une jeune respiration
Avec un rempart de forêts, avec des créneaux d'écume et d'eau verte.
Les rêves y ont saveur de fruits, et les fruits la sève des songes.
Une ombre et une ombre sont passées.
Il est des hommes,
Ils apparaissent sur le ciel tout en haut des rues ruisselantes,
Et l'on croit vivre à les voir le chant du premier matin.
Une ombre et sa proie sont passées.
Il est des fleuves que l'on descend sur des radeaux à la dérive.
Un souffle un signe sont passés.
Il est des avalanches de pays étendus sous l'espoir,
Et sous la frayeur, et sous la soif de la soif.
Mais la vie est ronde, mais la terre est ronde, mais la peine est ronde.
Un homme une femme sont passés.


Georges-Emmanuel CLANCIER