Le jury composé de 400 adhérents et de 300 libraires de la Fnac a sélectionné au total 31 romans sur 300 ouvrages lus sur épreuves.
"Cette sélection jouit d’une indépendance totale ; aucun éditeur ne participe au processus de sélection et comme elle se fait sur épreuve, elle est sans influence d’articles de presse, de commentaires, etc.
La caractéristique de cette sélection versus septembre 2008, est certainement l’ouverture, la diversité dans les sujets abordés et le traitement : il y est question de quête d’identité, d’exil, de drames familiaux ou personnels.
Cette sélection est aussi résolument placée sous le signe de la découverte d’auteurs peu connus", indique, dans le communiqué, Bertrand Picard, directeur du Livre à la Fnac.
Les 31 romans sélectionnés
Le jury a choisi notamment les nouveaux opus de Ian Mc Ewan, Laurent Gaudé, Jean-Paul Dubois, Régis Jauffret, Sylvie Germain, Evelio Rosero et Mathias Enard dans leur sélection. Créé en 2002, le Prix du Roman Fnac est décerné par les libraires et les lecteurs.
La sélection commune
(titres retenus à la fois par les adhérents et les libraires de la Fnac) :
Catherine Cusset, Un brillant avenir (Gallimard)
Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse.
Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu.
Émigrer aux États-Unis. Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents.
Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose – leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme –, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.
Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers.
Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle.
Tout au long du roman, leurs voix s’interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu’elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent.
Le passé, c’est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu’il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ».
Le présent de ces voix, c’est la difficulté et l’amertume de l’exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras. Et c’est aussi la souffrance d’un déracinement insurmontable.
Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l’indépendance de l’Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite. Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l’œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps.
« Ils étaient jeunes, instruits, tous deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n’est jamais facile.
Ils venaient de s’installer pour dîner dans un minuscule salon au premier étage d’une auberge de style géorgien.
Dans la pièce voisine, visible par la porte ouverte, se trouvait un lit à baldaquin assez étroit, dont la courtepointe d’un blanc pur s’étendait, incroyablement lisse, comme si aucune main humaine ne l’avait touchée.
Edward n’avoua pas qu’il n’était encore jamais allé à l’hôtel, alors que Florence, après ses nombreux voyages avec son père dans son enfance, était une habituée.
En apparence, tout leur souriait. » Il est historien, elle est violoniste. Leur mariage s’est bien passé, la cérémonie religieuse s’est déroulée sans fausse note, la réception a été festive et les adieux de leurs amis bruyants et chaleureux. Les mariés ont pris la route dans une petite voiture et sont arrivés en début de soirée à leur hôtel sur la côte du Dorset. Ils ont des projets grisants mais s’inquiètent du moment où leur maturité toute neuve va être mise à l’épreuve : après le dîner.
Dans l’Angleterre de 1962, la révolution sexuelle n’a pas encore éclaté : nul ne se débarrasse si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les voilà donc seuls et libres, du moins en théorie, de faire ce qu’ils veulent.
Mais la nuit de noces ne se déroule pas du tout comme prévu. Porté par une écriture d’une puissance et d’une simplicité déconcertantes, acide et dérangeant, Sur la plage de Chesil interroge avec brio ces moments très particuliers où bifurque le cours d’une vie.
En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle.
Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer.
Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend.
Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan.
À la fin du livre cette Syngué sabour explosera... Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée.
Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.
« – L’homme à la bite en pointe ! Haarrk ! L’homme à la bite en pointe ! fit la voix aiguë, nasillarde et comme avinée de Heidegger.
Brusquement excédé, Eléazard von Wogau leva les yeux de sa lecture ; pivotant à demi sur sa chaise, il se saisit du premier livre qui lui tomba sous la main et le lança de toutes ses forces vers l’animal.
À l’autre bout de la pièce, dans un puissant et multicolore ébouriffement, le perroquet se souleva au-dessus de son perchoir, juste assez pour éviter le projectile.
Les Studia Kircheriana du père Reilly allèrent s’écraser un peu plus loin sur une table, renversant la bouteille de cachaça à demi pleine qui s’y trouvait. Elle se brisa sur place, inondant aussitôt le livre démantelé. – Et merde !… grogna Eléazard.
Il hésita un court instant à se lever pour tenter de sauver son livre du désastre, croisa le regard sartrien du grand ara qui feignait de chercher quelque chose dans son plumage, la tête absurdement renversée, l’œil fou, puis choisit de revenir au texte de Caspar Schott. »
La sélection des libraires :
1968. Zoltán Soloviev, écrivain new-yorkais, assiste, à Nice, à l’enterrement de sa première maîtresse, Jiska, de vingt ans son aînée.
La petite-fille de celle-ci l’approche et l’interroge sur cette grand-mère loin de laquelle elle a été élevée… Cette demande le pousse à écrire ses mémoires en parallèle à la chronique de sa rencontre avec la jeune femme.
Son récit commence à Yalta en 1919, l’année de ses dix ans. C’est Noël et sa famille de riches propriétaires terriens s’apprête à fuir la révolution et la guerre civile.
Leur exil passera par Constantinople, Nice et enfin New York. C’est là que Zoltán s’est installé à l’âge de vingt ans avec Jiska, qu’il a découvert le monde débridé des années folles et multiplié les aventures.
Mais, en 1968, il est loin de considérer sa vie amoureuse comme terminée, et cette toute jeune fille qui le questionne sur sa grand-mère va occuper une place inattendue dans sa vie…A travers cette traversée de l’histoire d’un siècle et d’un destin singulier, Virginie Ollagnier nous donne une nouvelle démonstration de son talent.
Naples, 1980. « C’est là, au coin du vicolo della Pace et de la via Forcella, que tout bascula. D’abord il ne remarqua rien. Il continua à tirer l’enfant par le bras avec la même insistance. Lorsque les passants se mirent à crier, il s’arrêta. Il n’avait pas peur. Il ne comprenait pas.
Il contempla autour de lui. Tout était devenu étrange. Il voyait, partout, les bouches des visages grandes ouvertes. Il entendait des cris, une femme avec un sac en osier était à quelques mètres devant lui, à quatre pattes contre une voiture, agitant les pieds comme si une araignée lui montait le long des jambes.
Il resta immobile un temps qui lui parut une éternité, puis son corps sembla comprendre et il se jeta au sol. La peur venait de s’emparer de ses muscles, de son esprit, de son souffle. Il entendit des coups de feu. Plusieurs, qui se répondaient. Il avait plaqué son fils au sol, serré contre lui. ».
Lorsque la fusillade s’arrête, Matteo découvre que l’enfant est mort. Ce qui se passe ensuite, Matteo et Giuliana, son épouse, ne s’en souviennent pas. Ils ont le sentiment d’être hors de la vie, leur douleur ne connaît pas de repos. Chauffeur de taxi, Matteo erre sans but d’un point à l’autre de la ville, travaillant désormais de nuit pour ne pas voir le monde.
Un jour, Giuliana lui demande de retrouver et de supprimer le meurtrier de leur fils. Parce qu’il échoue, elle disparaît. Matteo, de son côté, apprend dans un café où se croisent d’étranges consommateurs qu’il est possible de descendre aux Enfers. Laurent Gaudé signe ici son meilleur roman depuis La Mort du roi Tsongor.
Delphine Bertholon, Twist (JC Lattès)
Maman me l’avait assez répété, de ne pas parler aux inconnus, de faire attention avec tous ces « détraqués » qui courent dans la nature mais là, pas une seconde ça ne m’avait traversé l’esprit.
A cause de la bonne tête de R. avec sa chevelure d’éponge, sa voiture brillante, la jolie chatte à trois couleurs dans la petite caisse, l’orage dément qui me coulait dessus et surtout – surtout – à cause de Stanislas.
Guéthary, au mois de juin. Madison, 11 ans, est enlevée au retour de l’école. Au fond de la cave qui lui sert désormais de chambre, elle essaie de comprendre le pourquoi du comment.
Avec cette foi des enfants qui ne renoncent jamais, elle réinvente un monde plus vaste, à la mesure de ses grands projets.
Delphine Bertholon signe un roman fascinant sur l’enfance et ses élans, sur l’attente, mais aussi sur toutes les stratégies que nous déployons pour être libre, chacun à notre façon.
« – Le tapis roulant qui achemine le cercueil au cœur du four rencontre une anomalie. Le système d’allumage des rampes de gaz est également affecté par la panne. J’espère que nous allons solutionner ces problèmes très rapidement.
Sa voix flûtée, haut perchée, tranchait avec la gravité de son allure, comme s’il était doublé par un ridicule personnage de dessin animé.
Mon père hocha la tête avec un léger sourire qui pouvait laisser croire à une certaine bienveillance. En réalité, je savais qu’il pestait intérieurement contre cet accroc mécanique qui retardait le moment tant attendu où le sauteur partirait en fumée.
– Décidément, ton oncle nous aura fait chier jusqu’au bout. »
Entre son épouse en pleine dépression et un père qui lui a menti toute sa vie, Paul Stern a envie de tout laisser en plan. Pour sa part, il est aux prises avec le diable de la tentation.
Une singulière proposition de travail, à un bien curieux moment de sa vie : un producteur lui propose de s’atteler à une nouvelle histoire. Le seul problème éventuel est que le lieu de travail se situe à Hollywood, dans les studios de la Paramount. Il part.
Sa rencontre avec Selma Chantz fait alors basculer sa vie : Selma est le sosie de son épouse. La copie est aussi troublante, aussi parfaite et désirable que l’original avait pu l’être en son temps.
En d’autres termes, la jeune femme a l’âge de ses enfants et le visage de leur mère. Drôle, cinglant et désespéré, Les accommodements raisonnables est probablement le roman le plus incisif de Jean-Paul Dubois, qui conserve toute la fraîcheur de son écriture.
Qui est William Gasper, cet homme qui depuis cinq ans arpente inlassablement la Lune, une "montagne de nulle part" en plein coeur du Nevada ?
De ce marcheur solitaire, personne ne sait rien. Est-il un ascète, un promeneur mystique, un fugitif ?
Tandis qu'il poursuit son ascension, ponctuée de souvenirs réels ou imaginaires, son passé s'éclaire peu à peu : ancien tueur professionnel pour le compte de l'armée américaine, il s'est fait de nombreux ennemis.
Parmi lesquels, peut-être, cet homme qui le suit sur la Lune ? Entre Gasper et son poursuivant s'engage alors un jeu du chat et de la souris.
D'une tension narrative extrême jusqu'à sa fin inattendue, L'homme qui marchait sur la Lune est un roman étonnant et inclassable qui, depuis sa parution aux États-Unis, est devenu un authentique livre culte.
« Les enfants courent, en bas, dans la rue, ils sortent de l’école avec des bruits d’oiseaux, de billes sous les fenêtres de Lucie L. endormie.
Ils traversent le sommeil, léger à cette heure, de Marie G. couchée sur sa paillasse, émoussés par la distance, font éclater à l’intérieur comme des bulles d’or, couler des perles de verre, goutter l’eau d’un ruisseau.
Les voix des femmes s’y mêlent, uniquement des femmes.
Henri D. a laissé son journal sur la table du séjour, et regarde, debout contre la vitre, les enfants s’éparpiller sur le trottoir. »
Henri est exécuteur. Sa terreur, c’est de ne rien voir au fond des yeux d’un condamné, ni la victime, ni le crime. À la prison de la Petite-Roquette, Marie, faiseuse d’anges, a été condamnée à mort et attend son sort, entravée, dans sa cellule. Elle sera l’une des dernières femmes guillotinées.
Dans son appartement du quinzième arrondissement de Paris, Lucie, une jeune femme avortée, attend une sonde plantée dans l’utérus que son fœtus glisse hors d’elle.
De l’aube du 29 juillet 1943 à l’aube du 30 juillet 1943, dans la touffeur de l’été, ces trois personnages affrontent leurs destins. Roman de violence et de retenue, Qui touche à mon corps je le tue fait allègrement table rase des modes littéraires et interroge l’Histoire.
Invitant à méditer sur le fragile équilibre de forces qui régit un être vivant, Valentine Goby a su tirer parti, comme jamais, de cet art subtil qui impose en douceur la sobriété du dit.
« Vous étiez dans les bras de votre mère. Vierge à l'Enfant, Pietà, mais en guise de crucifié c'était seulement une jeune femme qui s'était pendue. Quand leurs filles meurent, les femmes en redeviennent grosses jusqu'à la fin de leur vie. Leur ventre est beaucoup plus lourd que la première fois. »
« Lacrimosa » signifie autant « celle qui pleure » que « celle qui fait pleurer », tout en évoquant la désolation du cantique Stabat Mater.
Entre récit et roman, ce texte à deux voix se déroule sous la forme d'un échange épistolaire entre un narrateur et une jeune femme, Charlotte, qui vient de se suicider. Un étrange et poignant dialogue avec l'au-delà, qui parvient à faire renaître ces moments de vraie vie si rares dans une existence.
Mathias Enard, Zone (Actes Sud)
Trajet, réminiscences, aiguillages, allers-retours dans les arcanes de la colère des Dieux. Zeus, Athéna aux yeux pers et Arès le furieux guident la mémoire du passager de la nuit, fils d’un Français qui a fait la guerre d’Algérie et d’une pianiste d’origine croate.
Adolescent doublement imprégné de patriotisme, puis d’extrême-droitisme, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, puis s’est fiancé avec la très blanche Marianne.
Mais la guerre d’indépendance de Croatie, puis la Bosnie ont fait bouillir le sang qui coulait dans ses veines. Comme d’autres volontaires – Andrija surtout, dont il porte encore le deuil, et Vlaho le débonnaire qui finira mutilé – il est allé accomplir sa part de carnage, de viols, de cruautés (certaines scènes hantent encore ses insomnies).
Saturé de violence, il s’est fait oublier quelque temps dans la mortifère Venise (où Marianne l’a rejoint et bientôt largué d’un féroce coup de pied dans les génitoires).
Puis il est rentré en France où il s’est montré peu bavard – avec son père, pourtant, il aurait pu confronter quelques souvenirs d’interrogatoires particuliers – s’est présenté et a échoué aux concours du Quai d’Orsay, est entré dans un Service du Renseignement où il a connu Stéphanie (deuxième amour, deuxième échec), puis s’est vu attribuer une “ Zone”…
Mais ce soir (quinze ans après ses premiers faits d’armes) c’est sous une identité d’emprunt que Francis Servain Mirkovic s’installe dans le train Milan-Rome pour ce qui devrait être le dernier voyage de sa carrière professionnelle.
Au-dessus de lui, une mallette que par précaution il a menottée à une des barres du filet à bagages. Demain à Rome (où Carol Vojtila n’en finit plus de gésir sur son lit d’agonie) un représentant du Vatican lui donnera trois cents mille euros – l’allusion aux trente deniers de Judas le fait sourire – en échange du trésor patiemment rassemblé dans les marges de son activité d’agent du Renseignement français dans sa Zone (d’abord l’Algérie puis, progressivement, l’ensemble du Proche-Orient).
Le contenu de la mallette : des années de missions et d’investigations. Un compendium d’archives, de fiches, de disques informatiques, d’images et de documents concernant des centaines d’individus – commanditaires ou intermédiaires, cerveaux ou exécutants, agitateurs et terroristes de toutes obédiences, marchands d’armes et trafiquants, criminels de guerre en fuite. Les hommes de l’ombre et de l’action – sans guerres, l’Histoire serait pétrifiée, le monde serait mort d’ennui ! — qu’il a côtoyés, d’Alexandrie à Tel Aviv, du Caire à Jérusalem, d’Alger à Gaza ou Beyrouth.
Une dernière transaction et il pourra changer de vie, peut-être emménager avec Sashka, une jeune Russe, peintre d’icônes… Mais la nuit risque d’être longue. Le train démarre, Francis Servain Mirkovic allias Yvan Deroy est assis dans le sens contraire de la marche, adossé à son avenir – enfin ! – et les yeux tournés vers le passé qui défile…
Qui sont vraiment les maîtres du manoir de Glenmarkie, cette bâtisse écossaise menaçant ruine, tout droit échappée d'un roman de Stevenson?
Et où est donc passé le trésor de leur ancêtre Thomas Lockhart, un écrivain extravagant mort de rire en 1660?
Fascinée par le génie de Lockhart, intriguée par l'obscur manège de ses descendants, la jeune Mary Guthrie explore les entrailles du manoir et tâche d'ouvrir les trente-deux tiroirs d'un prodigieux meuble à secrets.
Ebenezer Krook est lui aussi lié aux Lockhart. À Édimbourg, dans la librairie d'un vieil excentrique, il poursuit à l'intérieur de chaque livre l'image de son père disparu. Les tiroirs cèdent un à un sous les doigts de Mary. Les pages tournent inlassablement entre ceux d'Ebenezer. Mais où est la vérité? Dans la crypte des Lockhart? Au fond de Corryvreckan, ce tourbillon gigantesque où Krook faillit périr un jour? Ou bien dans les livres?
Peuplé de silhouettes fantasques, de personnages assoiffés de littérature qui rôdent au bord de la folie, Les maîtres de Glenmarkie brasse les époques, les lieux, et s'enroule autour du lecteur comme un tourbillon de papier. Hommage facétieux aux grands romans d'aventures, il pose et résout une singulière équation : un livre + un livre = un homme.
On l’appelait le tigre d’Ogliastra : Samuele Stocchino fut le plus redoutable bandit sarde du siècle dernier.
Marcello Fois bâtit autour du destin de ce personnage à la fois historique et légendaire un récit ample et limpide, époustouflant de beauté.Libéré de toutes les contraintes de genre qui pouvaient desservir ses qualités littéraires, Fois s’affirme maintenant comme le très grand écrivain que l’on attendait
L’impact extraordinaire du récit s’explique par la force du personnage et son incroyable destin, la poésie de la langue, mais aussi le sens de la mémoire historique qui anime l’auteur quand il nous parle des guerres ou du terrible problème du banditisme en Sardaigne.
Mémoire du vide est un roman historique, le récit de la vie d’un redoutable bandit sarde ayant réellement existé, Samuele Stocchino, marqué dès son enfance par un terrible destin de vengeance pour un verre d’eau refusé.
Fils d’une famille de bergers, il s’engage à l’âge de seize ans et part lutter contre les Turcs en Libye, puis contre les Autrichiens pendant la Grande Guerre, et rentre à chaque fois en héros dans son village sarde. Mais rien n’y fait, le voilà définitivement rattrapé par son destin : pour venger la mort de son frère et sa famille humiliée, il devient le bandit sur la tête duquel pèse la rançon la plus élevée jamais promise, sur l’ordre du Duce en personne.
Seul l’immense amour que lui porte depuis toujours Mariangela le soulage parfois, adoucissant un peu la violence qui domine toute sa vie.Dans ce roman d’une très grande puissance, Fois manie à la perfection les différents points de vue, celui de Samuele, celui des habitants du village, sorte de voix populaire, et celui d’une instance narrative supérieure, voix d’une sagesse ancestrale.
Une façon bien particulière donc de dire le passé à travers la reconstruction inquiète et fragmentée d’expériences partielles. On est fasciné par la vie de ce personnage à la fois historique et légendaire, mais aussi conquis par la force de la langue, la puissance poétique qui se dégage aussi bien des descriptions que des dialogues.
Oranges sanguines est le récit des mémoires douces amères d’un jeune sud-africain librement inspiré de la vie de l’auteur.
Des souvenirs d’enfance dans une ferme du Natal, entre Beauty la nounou zouloue et Lucky Strike le cuisinier, un père héroïsé qui chasse le springbok et une mère artiste.
Puis l’école anglaise en uniforme, jusqu’à son éveil sexuel et politique tragi-comique au lycée du Cap, alors que pointe un inquiétant nuage à l’horizon : la conscription pour l’armée sud-africaine.
Prolongement autofictionnel de Karoo Boy, Oranges sanguines évoque dans une prose fluide, sensuelle, le bonheur et l’absurdité, le désir et la peur de grandir d’un adolescent blanc en Afrique du Sud dans les dernières années de l’apartheid.
Dans un futur proche, l’État français ayant autorisé la réouverture des maisons closes, un jeune homme, en quête d’une vie nouvelle et d’un CDD, s’enrôle dans un ancien bâtiment de la Marine nationale transformé en bordel sur le littoral breton. Il y tient le vestiaire avec beaucoup de rigueur, en même temps qu’un singulier carnet de bord…
"Des néons sous la mer" nous immerge dans l’univers kitsch d’un sous-marin placé sous pavillon rose et accosté en baie de Paimpol.
Sur presque trois cents pages, le roman se construit comme une visite guidée de cet hôtel de passe aquatique.
Beau Vestiaire, c’est son nom, jeune employé dévoué, tente de saisir l’esprit du lieu avec une approche qu’il voudrait la plus scientifique possible. Les angles d’attaque de cet établissement insolite, haut lieu de l’érotisme marchand, sont multiples. Elles permettent au narrateur (témoin privilégié et acteur dudit bathyscaphe) de dresser un tour d’horizon de ces vies sous-marines. Une description qui forcément prend des allures surprenantes.
On croisera ainsi l’histoire édifiante de ce vaisseau maudit (l’ex Fascinant devenu Olaimp), des retranscriptions d’entretiens avec les douze prostituées embarquées (filles de l’eau arrivées à bon port), un audit marketing sur la clientèle (avec portraits et doléances des habitués), un florilège de contes et légendes celtiques (et assurément érotiques), une description méticuleuse des pièces du bâtiment (chambre de passes, bar, luminaires, périscope, vestiaire…), un aperçu gastronomique du restaurant local, un nuancier chromatique et une carte des plaisirs offerts (contre argent comptant).
Chacun des personnages transfigurés par Beau Vestiaire s’incarne dans cet espace nocturne réel ou fantasmé : coulisses mythiques d’une débauche jamais obscène et quotidien parfois rose parfois morose d’un lieu en marge.
Dans ce carnet de bord aussi rigoureux que fantasque, le narrateur autodidacte s’efface souvent derrière un vocabulaire informatif, factuel, sans s’interdire des ruptures de registres et des digressions qu’il rature aussitôt (jouant à la fois sur la transgression et l’autocensure). Mêlant l’anticipation sociopolitique, l’érudition parodique, la satire de moeurs et le mélodrame portuaire, Des néons sous la mer se présente d’emblée comme une fiction inclassable. Elle multiplie les voies d’eau pour approcher la question complexe et décomplexée de la prostitution.
En contrepoint à ces approches documentaires s’insèrent quatre chapitres intitulés Fugues, épisodes ordinaires qui dévoilent l’autre facette de Beau Vestiaire, hors-cadre. Virées en moto sur le front de mer, championnat de baby-foot amateur, hommage touchant à l’écorché Patrick Dewaere (natif de la région), ces échappées belles, écrites dans une prose plus narrative, sondent avec justesse la mélancolie buissonnière du héros. Les fragments de vie (contemplative, éthylique et amoureuse) entremêlés au pseudo rapport d’enquête, brossent le portrait en creux d’un anti-héros, iconoclaste au naturel désarmant, qui finira par quitter ce paradis artificiel si cet adieu est encore possible.
Le jour de sa mort, Julio Carrión, prestigieux homme d’affaires qui a acquis son pouvoir durant la dictature de Franco, lègue une fortune considérable à ses enfants.
Il leur laisse également un passé incertain, caché, chargé de culpabilité, qui remonte à ses années dans la division azul, durant la guerre civile espagnole.
À son enterrement, en mars 2005, son fils Álvaro, le seul à ne pas avoir voulu travailler dans les affaires familiales, est étonné par la présence d’une belle jeune femme que personne ne reconnaît et qui fut peut-être la dernière maîtresse de son père.
En revanche, Raquel Fernandez Perea, fille et petite-fille de républicains exilés en France, n’a jamais oublié le mystérieux épisode de son enfance, quand, après la mort de Franco, elle avait accompagné son grand-père chez des inconnus qui lui semblaient étrangement liés à l’histoire de sa famille.
Aujourd’hui, le hasard réunit Álvaro Carrión et Raquel Fernández, irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Dans une quête passionnante et douloureuse, ils vont découvrir l’influence dramatique d’anciennes histoires familiales sur leurs propres vies.Le Cœur glacé est un roman magistral qui entraîne le lecteur dans son histoire comme un fleuve déchaîné.
La sélection des adhérents :
« Moi, c’est de voir ma grand-mère cuisiner qui me donne le frisson. Elle allume le gaz du four et au lieu de lancer directement l’allumette, elle prend son temps. C’est un suspense terrible.
Je me sens responsable de tout l’immeuble, parfois même je me demande si je ne suis pas complice de cette explosion qui arrivera tôt ou tard, en plein cœur de Nice. <