SYDNEY CORRESPONDANCE
Le tribunal d'instance de Perth vient d'autoriser l'extradition d'un homme accusé d'avoir commis un crime nazi.
Mercredi 20 août, la cour a jugé que Charles Zentai, 86 ans, un infirmier à la retraite arrivé en Australie en 1950, remplissait les conditions pour être extradé vers la Hongrie. Il a été placé en détention puis libéré sous caution.

Karoly Charles Zentai était classé parmi les dix criminels de guerre les plus recherchés par le Centre Simon-Wiesenthal, qui a retrouvé sa trace en 2004. Un an plus tard, la Hongrie avait lancé un mandat d'arrêt international et demandé son extradition à l'Australie.
L'homme est accusé d'avoir tué un jeune juif, à Budapest, le 8 novembre 1944.
Agé de 23 ans, M. Zentai était alors membre d'une unité militaire hongroise sous contrôle nazi. Ayant identifié Peter Balazs, un jeune homme âgé de 18 ans qui ne portait pas l'étoile jaune, il l'aurait, avec deux autres soldats, frappé à mort avant de jeter son cadavre dans le Danube.
En 1947, les deux coaccusés de Charles Zentai avaient été condamnés pour le meurtre, sur la base de témoignages présentés à la Cour du peuple de Budapest.
La famille de M. Zentai affirme que ces témoignages avaient été obtenus sous la contrainte.
L'homme s'est toujours dit innocent, soutenant qu'il avait quitté Budapest la veille du crime. "En tant que soldat, je devais exécuter les ordres, mais aucun de ces ordres n'a jamais eu à voir avec le rassemblement de juifs ou la torture", s'est-il défendu il y a quelques mois, sur la chaîne australienne ABC.
Depuis 2005, Charles Zentai combat sa demande d'extradition devant les tribunaux australiens. Il peut encore faire appel auprès de la Cour fédérale de justice. En dernière instance, ce sera au gouvernement australien de décider ou non de son extradition.
L'homme souffre de problèmes cardiaques et sa famille affirme qu'un procès en Hongrie lui serait fatal. "Avec toutes les procédures légales, cela pourrait de toute façon prendre des années avant qu'un procès puisse avoir lieu à Budapest", selon Konrad Kwiet, professeur à l'université de Sydney et membre de la commission d'enquête sur les criminels nazis en Australie.
Si elle se produit, cette extradition sera une première. L'Australie, qui avait accueilli des dizaines de milliers d'Européens déplacés après la seconde guerre mondiale, a longtemps été critiquée pour sa réticence à aider à démasquer des nazis.
"Il a fallu attendre 1986, trente ans après, pour qu'un gouvernement reconnaisse que l'Australie avait hébergé des criminels de guerre", explique Suzanne Rutland, spécialiste de l'histoire juive à l'université de Sydney. Des historiens estiment que des centaines de nazis auraient trouvé refuge en Australie, aucun n'ayant jamais été condamné.
Marie-Morgane Le Moël
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