Cette critique prenant plutôt le chemin d’une analyse détaillée, j’ai choisi de classer mes remarques en quatre grands thèmes.

Les Bons Points


L’emprisonnement de 14 mois, le traitement accordé à Bond, son échange, son retour, son exclusion, sa réintégration au sein du MI6, sont beaucoup plus « réaliste agent secret » que le « costume-champagne-caviar » auquel on est habitué. Ceci dit, je ne dis pas que ce soit forcément mieux pour le film. C’est plus réaliste donc plus noir, c’est tout.


Un très bon point par contre pour la musique de David Arnold , qui n’en est pas à son coup d’essai et qui démontre une fois de plus sa maîtrise bondienne. Puisque la production a décidé de se passer de John Barry (doit-on leur signaler qu’il est encore en vie ? ), qu’elle fasse au moins que David Arnold devienne le compositeur attitré des Bond, plutôt que de faire appel à de nouvelles têtes pour chaque nouvel opus. Ceci étant dit, puisque la chanson titre du générique est toujours un cas à part, Madonna nous donne un titre surprenant à la première écoute mais qui s’intègre parfaitement dans la mode actuelle, avec une voix passée au vocodeur puis des mots « hachés », samplés, mixés, tout électronique et plus vraiment de naturel. (remarque que l’on pourrait d’ailleurs faire pour les images) Madonna est par ailleurs parfaite dans son rôle de Vérity qui lui convient bien (ah le corset en cuir !) Mais quel dommage que sa prestation soit si courte.


Relevons l’humour dans les dialogues, un des meilleurs atouts de ce cru, qui ajoute enfin un peu de piquant et relèvent la sauce des Bond Brosnan : Bond s’accroche à un énorme gong à la fin de la séquence pré gén. Et dit « sauvé par le gong .Ou lorsque le Colonel, père de « Moon » entre dans la cellule de Bond et lui dit qu’il n’approuve pas ce qui se fait ici, Bond lui répond « Dites le à la concierge » Ou encore , plus tard dans le palais des glaces, alors qu’ils ont scié la main de « Kill », afin d’utiliser son empreinte digitale : « Il faut que Kill nous donne un coup de main ! »


Le générique est superbe et n’a rien à envier à Maurice Binder. On sent qu’il a été travaillé. Il est un des aspect du film qui est digne de la série. On est droit dans sa lignée, avec par exemple les corps qui sont teintés d’or coulant un instant et redeviennent humains…

Brosnan prend de l’assurance dans le rôle , avec des airs de Moore…

On joue sur la surprise du spectateur : Miranda Frost, se révèle finalement être du mauvais côté ; le simulateur de R nous permet de croire à une fausse tuerie avec M en point de pire au MI6, ainsi qu’aux amours furtifs de Bond et Moneypenny… Chose fortement improbable pour les initiés…
« R » est un digne successeur de Q. John Cleese est excellent. Le film comporte également pour notre plus grand plaisir des hommages aussi au département Q/R justement.

La section gadget est d’ailleurs excellente : la voiture transparente (…) ( trop improbable mais ça nous fait rêver !)! ou encore le simulateur !!

On est une fois de plus à la pointe de la nouvelle technologie ( Sinon ce ne serait plus James Bond rayon gadgets) : un téléphone portable avec transfert de données, fax modem, un palm pilot agenda électronique. , et même en avance ! : lorsque Bond est affaibli et scanné biologiquement des pieds à la tête, intérieur comme extérieur non pas par un homme mais par un robot médecin.

L’Originalité

Les scénaristes (et même Pierce Brosnan en premier lieu, qui était demandeur) ont voulu ici frapper fort dans l’originalité et le mythe est désormais « cassé » : lorsque Bond saigne il saigne vraiment, il ne sort plus des combats et des cascades indemne mais bel et bien avec des égratignures et lorsqu’on le met en prison , on ne le ménage pas : il est emprisonné 14 mois, ( une première dans la série !) il a le visage sale, les cheveux longs, ébouriffés, la barbe, et il est même destitué (Ooh blasphème ! M doute de lui !), Il va même être échangé contre un grand terroriste et faillit bel et bien mourir. Cette série de remarques pourrait se résumer par cette petite phrase : « On ne rigole plus ! » On est très loin du simple coup de pistolet qui atteint sa cible du premier coup, sans aucune égratignure, entre deux plaisanteries et trois échanges fair play teintés de politesse et de flegme british (type chapeau melon) entre Bond et ses adversaires…

Une autre originalité nouveauté de ce 20e cru : du jamais vu : l’action se poursuit PENDANT le générique ! ( Bond est torturé en prison)

Quelques point originaux :

Le surf dans la séquence pré-générique
La séquence de poursuite avec des Hovercrafts, (Hydroglisseurs pour parler français) (même si on en trouve un dans Les diamants sont éternels, ce n’est pas comparable)
L’échange de bond : une rareté
Le combat d’escrime
La clinique de l’île de Los Organos qui fait de la thérapie génique

Le choix de nommer Icare un satellite hyper puissant qui défie le soleil, un autre soleil qui brillerait comme un diamant dans le ciel. Un satellite moderne qui se nourrit de la lumière du soleil pour la répartir où on en a besoin. Cf. la légende d’Icare

L’agilité de Jinx, qui fait penser à celle de Michelle Yeoh dans Demain ne meurt jamais.
En effet, elles appartiennent toutes les deux à la deuxième générations de bond girl, non plus des potiches qui n’étaient là que pour leurs charmes physiques mais de vraies héroïnes qui se mêlent au combat jusqu'à devenir des espionnes à l’égal de Bond ! Signe des temps, on passe du machisme à l’égalité des sexes ! Ce qui nous conduit d’ailleurs à la fin du film dans l’avion à un montage alterné entre le combat des hommes ( Mon et Bond ) et celui des femmes ( Frost et Jinx) qui confirme bien l’égalité des sexes.
Les incohérences

Meurs un autre jour est un amas de séquences parfois sans lien direct, mais en moins pire que ne l’était Le monde ne suffit pas, lui aussi bourré d’incohérences de narration. Quelle facilité dans les ellipses au profit de l’action ! Le film est un concentré d’action, au détriment du scénario c'est à dire d’une certaine cohésion de l’intrigue… il nous manque une vraie enquête, une suite logique d’évènements. En effet, le schéma qui ne devrait pas bouger d’un James Bond reste tout de même pour nous le suivant :

Un événement grave se produit ( exemple : un sous-marin disparaît en mer, un système de guidage est volé, , un homme important est tué froidement, une navette spatiale disparaît dans le ciel …) Ensuite, nous voyons M dans son Bureau qui convoque et envoie en mission son meilleur agent c'est à dire Double zéro Sept. Bond passe ensuite à la section Q afin de s’équiper de son armement, de sa nouvelle voiture et des dernières technologies en vue de partir en mission. Laquelle mission est menée comme une enquête où dans chaque lieu visité Bond trouve un indice où un contact qui l’enverra dans un autre lieu et ainsi de suite jusqu’au dernier lieu qu’on est sensé découvrir seulement dans la dernière partie du film et qui se trouve être le repère du méchant, sa base secrète gigantesque et camouflée du monde, d’où en général il termine la mise au point d’un projet démoniaque et mégalomane. Enfin, même si on a entendu parler tout le long du film du « bad guy » , on ne découvre son vrai visage qu’à la fin.

Or ce schéma n’est plus du tout respecté dans « Meurs un autre jour » cela décevra les uns et en ravira d’autres, qui n’auront pas d’éléments de comparaison. Une des jubilations des films de James Bond est aussi la progression et les découvertes d’une enquête d’espionnage, et les rebondissements sont sensés faire avancer cette dernière, et non pas être plaqués comme tels, parfois sans prendre de véritable sens dans la narration du film.

C’est quelque peu décevant vis à vis du respect d’un certain rituel des scénarios bondiens. Je dis bien scénario car les « codes » bondiens, eux, sont néanmoins respectés (présence de M, de Q, ou plutôt de R désormais, séquence pré-générique, thème musical, gadgets…)

Un certain nombre de choses restent inexpliquées : pourquoi Jinx tue le professeur qui a fait les changements de visages, aussi froidement et sans interrogatoire préalable ? ( à quoi sert la rencontre avec ce personnage si elle n’apporte rien à l’intrigue ? )

Le QG de M et de R est dans le métro londonien… (phrase incompréhensible pour les non-initiés ! ) Trêve de plaisanterie, que doit on y voir ? Pourquoi ce choix ? M se cache-t-elle sous terre comme les rats ? D’accord, j’aurais pu mettre cette remarque dans « originalité » mais est-ce vraiment original ? D’autre part les relations entre M et son employé sont très tendues. La encore, on ne nous avait pas habitué à ça avec Bernard Lee ou Robert Brown…

D’autre part, on aimerait voir plus longtemps R. car comme d’habitude, on passe très vite sur les « caractères récurrents » : M est cantonnée à une scène ou deux, totalement dérisoires. Fini le temps où Q et même M déplaçaient leurs bureaux sur les lieux mêmes des actions de 007…et côtoyaient donc leur agent à plusieurs reprises tout au long de son aventure…


Monsieur Chang, agent chinois directeur d’hôtel à Hong Kong apparaît comme par enchantement dans le film (deus ex machina) (comme par hasard, bond connaît un hôtel à Hong Kong, et malgré sa tenue digne du clochard du coin, il est reçu comme un VIP) et ce chinois disparaît aussitôt de l’histoire. Il est juste opposé aux coréens du sud.

Les Bond girls sont bien mais Halle Berry sort de nulle part et sa complicité soudaine avec Bond n’est pas expliquée. D’ailleurs ce que l’on pourrait dire de l’ensemble de ce bond, c’est que rien n’est assez expliqué, il y a beaucoup de choses qui restent incompréhensibles, tout du moins si l’on considère qu’un scénario doit respecter un minimum le spectateur.

La séquence pré générique n’a pas ici sa fonction habituelle (Bond termine une ancienne mission avant de passer dans le bureau de M une fois le générique terminé) car elle est véritablement le début du scénario.

Lorsque Jinx sort de l’île de Los Organos, elle se jette dans l’eau. Les gardes la braquent mais pourquoi ne tirent-ils pas ? Et d’autre part pourquoi ne braquent-ils pas bond ?

Au bout d’une heure, on arrive au palais des glaces.
Dans la poursuite sur la glace, il y a trop d’accélérés, inutiles et lourds.

Enfin, pourquoi Jinx ne s’enferme-t-elle pas à clé dans la cabine de pilotage de l’avion, elle y aurait été plus tranquille…


Vous trouverez sans doute mes remarques un peu arbitraires, comme si je voulais imposer une « convention » de ce que devrait être un film de Bond, il n’en est rien. Par ailleurs, elles sont évidemment dictées par mon regard technique sur le cinéma.

C’est probablement un soupçon d’idéalisme et de perfectionnisme, qui, je vous l’accorde, me gâche peut-être un peu le plaisir.

Les hommages

On se prend au jeu de trouver les hommages aux 19 précédents films de James Bond, sans savoir s’il y en a exactement 19 et si chaque Bond film précédent est évoqué. On peut les trouver en sorte de jeu, il y en a des avoués et des non avoués, il y a peut être aussi des choses que nous prenons pour des hommages et qui n’en sont pas (tout simplement des manques d’originalité) du scénario qui pousse les auteurs à reprendre des situations, contextes, décors ou même objets bondiens bien connus…


Il y en a beaucoup, citons en quelques-uns :

Une valise de diamants qui cache autre chose (Les diamants sont éternels, Tuer n’est pas jouer )

la caméra / analyseur de visage de Mon, reliée à une base de données, qui identifie Bond en quelques secondes qui rappelle celle qu’utilise Max Zorin dans son bureau dans Dangereusement Votre ,

Bond est destitué, il perd son matricule 00 au début du film ( cf. Permis de tuer)

L’avion carlingue ( final de Tuer n’est n’est pas jouer)

Le plus célèbre et avoué par la production : Jinx sort de l’eau à la manière d’Ursulla Andress dans James bond 007 contre docteur No

le cigarre respiratoire ( Opération Tonnerre. )

Dans les quartiers de R, lorsqu’il expose les gadgets : on voit le crocodile utilisé dans Octopussy et également la chaussure avec une pointe enduite de poison, que l’on voit dans Bon Baisers de Russie. L’hélicoptère hélice humaine monoplace y fait également bonne place et fait référence à Opération Tonnerre. On distingue aussi en arrière plan la célèbre petite Nellie de On ne vit que 2 fois.

- Lorsqu’il est avec son informateur a la Havane, Bond lit un bouquin sur les oiseaux et l’ornithologie (or le vrai James Bond était ornithologue)

- Universal export est cité


- M coopère avec un agent américain de la NSA, Falco. Il est le chef de JINX comme M est le chef de BOND. Or ces deux espions, apres avoir fait bande à part, vont travailler ensemble. Cela rappelle les relations de Anya Amassova, agent russe, avec Bond dans l’Espion qui m’aimait, où Anya rendait des compte au général Gogol, qui lui même rencontrait M.

Rosamund pike / Miranda Frost , une agent du MI6 qui devient une traître, rappelle Sean Bean / Alec Trevleyan dans le rôle de 006, qui trahit Bond lui aussi dans Goldeneye.

Le parachute-drapeau de l’Angleterre dont est muni Graves dans sa spectaculaire descente vers les médias à Londres est une référence à celui que porte Bond dans la seq pré gen de l’espion qui m’aimait.

A Londres, lorsque Bond montre avant son combat d’escrime le diamant de conflit provenant de la mine de Graves en Islande, pour le provoquer, on peut y voir une allusion à la scène d’Octopussy ou Bond lors de la partie de baggammon en Inde montre l’œuf de Fabergé à kamal kahn en guise de preuve de répondant et de mise pour le jeu.
Dans les deux cas quelque chose ayant appartenu au bad guy est mis en jeu par Bond alors que le bad guy ne sait comment l’objet est arrivé en sa possession. De même que l’œuf de fabergé, les diamants de conflits peuvent être considérés comme le mac guffin du film. (terme d’Alfred Hitchcock)

Une espionne américaine que Bond rencontre, abandonne, puis retrouve pour collaborer finalement avec elle ( Holly Goodhead dans Moonraker) .

Le laser qui va scier en deux un corps attaché sur un table d’opération rappelle celui utilisé par Auric Goldfinger dans Goldfinger lorsqu’il place sa célèbre réplique : « Non, Mr bond, j’espère que vous mourrez !! »

La moto scooter peut éventuellement faire penser à celle que l’on voit dans Dangereusement vôtre
Lorsque Jinx évoque avec bond son combat avec Miranda Frost, la réplique « je lui ai brisé le cœur » fait écho à « j’en ai le cœur brisé, Monsieur Drax » que Bond lance à Hugo Drax en le tuant et en le projetant dans l’espace à la fin de Moonraker.

Enfin, le producteur Michael G. Wilson apparaît dans le film dans le rôle du général Chandler, l’avez vous repéré ?
Conclusion


Si l’on part du principe que les Bond films à la manière de Cubby Brocolli avec des scénarios intelligents, avec suspens, envoi en mission et VRAIE ENQUETE avec indices et rebondissements tout au cours film se sont arrêtés en 1989 avec le deuxième et dernier film de Dalton, Permis de Tuer, ( encore que…) et que depuis 1995 on a affaire à des grosses machineries américaines qui reprennent le nom et le logo de James bond uniquement dans un but commercial, avec comme héros Pierce Brosnan, des scénarios décousus où ne prime que action, action et encore action, alors oui celui là sort du lot, et renouvelle le genre, et est le meilleur des bonds de Pierce Brosnan. Mais il ne faudra pas le comparer au passé.



Précisons que l’association US/ Angleterre va bien au delà du scénario du film : c’est carrément l’esprit anglais des Bonds (qu’ont insufflé Ian Fleming et Terence Young) qui se fait désormais bouffer par un gigantesque conformisme américain. Cela se ressent en particulier dans la manière de produire les films. La nouvelle tendance est d’américaniser James Bond, qui est en train de perdre de sa personnalité. On n’a plus beaucoup de références à l’espion de Sa Majesté, on fait des James Bond des films d’action standardisés, c’est un des problèmes des Bond films des années 90 / 2000.



Bond certes finira par gagner cette aventure mais le moins qu’on puisse dire c’est que sa tâche n’aura pas été simple ou factice comme dans d’autres bond films un peu faciles et non réalistes. Avec ce film, on change vraiment la façon d’écrire des Bonds. l’époque est elle au plus grand réalisme dans les films ou bien est-ce juste un simple renouvellement face au conformisme gnangnan des films passés ?





Résistant Culturel