Mais sont-ce nos moeurs qui changent ou bien sontce
les médias publicitaires, une fois de plus, en
voulant nous faire acheter toujours plus et toujours
de nouveaux produits, qui nous forcent à changer
nos modes de consommation ?
Je penche pour la seconde proposition.
Je réagis à un texte de présentation publicitaire
d'une grande enseigne de vente multimédia.
Je suis fan de technologie, même un peu geek sur
les bords, c'est dire si je suis pour l'évolution et
l'usage des nouvelles technologies.
En tant que consommateur, je suis par exemple
« pour » le téléphone portable, (je me suis même
récemment mis au webphone que je trouve plutôt
pratique), je suis « pour » la Haute Définition, en
matière de télévision et caméscopes, je suis
« pour » le Blu Ray et même pour les graveurs de
Blu Ray, en terme de support multimédia (par
contre,je suis contre la dématérialisation des
supports d'enregistrement, apportée par le pay per
view) Mais en lisant certaines phrases de cet
article, je dis non, je dis stop !
Professionnel de l'audiovisuel, je réalise des films.
Avec une démarche professionnelle, une écriture,
un savoir faire.
Quand je lis dans l'article " pour ceux qui auraient
des envies de scénario, il est maintenant possible
de tourner ses propres films en 3 dimensions, avec
les nouveaux camescopes 3D" je bondis, car je me
dis : que va t il rester de l'émerveillement des films
3D dans les salles de cinéma si tout un chacun peut
lui même faire ses films en 3D ? Jusqu'où cela va t il
aller ? Jusqu'où où le commerce de l'audiovisuel à
destination du grand public va t- il complètement
tuer la spécificité de nos métiers, de nos savoirs
faire ?
D'une part cela contribue grandement à faire perdre
la démarche de faire appel à un professionnel de la
caméra lorsque l'on a besoin d'un film privé, mais
d''autre part et surtout, cela décrédibilise le savoir
faire propre à nos métiers, puisque la haute
définition et la 3D n'est plus l'exclusivité des
professionnels, mais arrive dans les foyers !
Bien sûr, je vous entends déjà me le rétorquer, bien
sûr la phrase est à prendre au second degré, bien
sur qu'on flatte l'égo du consommateur en lui faisant
croire que papa est un petit Spielberg en herbe avec
son caméscope, même s'il n'en est rien, bien sûr
que papa ne saura jamais faire des images comme
un professionnel, ça s'appelle du marketing
commercial ! .... mais TOUT DE MEME, cette
course au " toujours plus" même si ça ne sert à rien
est écoeurante.
Alors, effectivement Sony et JVC commercialisent
aujourd'hui pour un peu plus de 1500 € des
caméscopes qui font des images en 3D. (!) J'ai eu la
possibilité de faire un essai de film avec l'un de ces
caméscopes, il ya quelques mois, puis un
visionnage sur téléviseur 3D, le résultat est
effectivement assez convaincant. Mais à quoi cela
sert donc de faire de la 3D pour la visionner dans
son salon ? ? ?
Faire mumuse ? Frimer devant ses potes ?,
pourquoi pas, si cela les amuse. Mais ce qui risque
d'arriver et qui est, à mon sens, plus gênant, c'est le
changement d'attitude du consommateur qui, à la
longue va se dire " à quoi bon aller voir un film en
3D en salles, je peux le voir chez moi avec un blu
ray 3D et mon écran de télé 3 D, et je peux même
filmer ma famille en 3D...."
Cela risque de tuer la magie de la 3D en salles et
l'envie d'aller voir un film en 3D au cinéma. Même si
la qualité de la 3D à la télé est très loin d'être celle
de la 3D en salles ! (demandez à James Cameron
lorsqu'il a fait Avatar... : pionnier de la nouveauté
technologique, il a utilisé un procédé 3D qui a fait la
différence). Mais ça, le grand public n'y prête
malheureusement pas attention. Pour le
consommateur, il n'existe qu'un seul type de 3D. De
la 3D, c'est de la 3D. Et les vendeurs jouent sur ça.
De plus, les enseignes commerciales n'ont que faire
que vous sachiez ou non vous servir du matériel,
pourvu que vous achetiez la nouvelle technologie
(laquelle ne servira qu'une fois ou deux pour le côté
nouveau de la chose, et sera ,comme le reste, vite
reléguée dans sa boite dans un coin de la maison)
2
De surcroit, les gens ne lisent jamais les modes
d'emploi et viennent constamment se plaindre chez
les vendeurs en disant : ça ne marche pas !
Réponse : avez-vous mis la batterie dans l'appareil
? Avez-vous enlevé le cache sur l'objectif ? …
On devrait plutôt proposer des services de cours de
vidéo ou de photo pour les très très nombreux
consommateurs non futés. (pour rester poli) Mais
c'est un autre débat.
En évoquant la "mauvaise généralisation et
utilisation de la technologie 3D à la portée de tous" ,
je ne fais que reprendre mon combat lancé déjà
depuis l'aube des années 2000 : Ras le bol que les
frontières deviennent de plus en plus floues. Cela
dévalorise nos métiers, j'en ai des exemples
concrets. Lorsque j'étais gérant d'une entreprise de
réalisation de films il y a quelques années, nombre
de clients m'ont refusé des devis pour des films de
mariage en prétextant qu'ils pouvaient le faire eux
même. Forcément, avec la technologie à la portée
de tous, on le leur fait croire. C'est d'ailleurs une des
raisons qui m’a fait arrêter cette entreprise.
Attention, je ne suis pas contre le fait de rendre la
technologie accessible à tous, c'est un bien. Au
contraire, je suis pour la diffusion de la culture.
Encore faut il que le public le veuille, c'est-à-dire soit
prêt à écouter et à « prendre des cours » pour
s'éduquer à utiliser correctement ces technologies.
Or on en est très loin. La plupart des
consommateurs sont complètement « largués » visà-
vis des supports d’enregistrement et de l’utilisation
du matériel audiovisuel et ne font pas l’effort de
comprendre, quant bien même on le leur explique !
Ils n’ont jamais su programmer leur magnétoscope
(dont la commercialisation est vieille de plus de 30
ans et est désormais arrêtée) et on les travaille au
corps aujourd’hui avec de la 3D !!!
Je ne suis pas contre la technologie accessible à
tous, disais-je. En revanche, je suis contre le fait de
"faire croire" aux gens que tout est facile, qu'il suffit
d'acheter et que ca fonctionnera tout seul, et contre
le fait de leur faire croire qu'ils peuvent réaliser eux
mêmes sans formation et sans lire de modes
d'emploi, des films de qualité. (a fortiori en 3 D !)
Même les petits commerces qui avaient auparavant
l'habitude de faire appel à un prestataire pour faire
leur film de présentation qui tourne en boucle dans
leur devanture, ont désormais l'impression qu'en
achetant un petit caméscope de la taille d'un
téléphone, sous prétexte qu'il est estampillé « Full
HD », qu'ils peuvent faire le boulot eux-mêmes.
Quelle dévalorisation de nos métiers !
D’autant que maintenant, chacun peut « bidouiller »
plus ou moins efficacement, ses photos et ses
vidéos sur son ordinateur, depuis la généralisation
des logiciels simples de traitement d’image pour le
grand public…
Les boulangers, eux, ont de la chance, si on peut
dire, : bien que les machines à faire son pain chez
soi existent, ils ont encore un bel avenir devant eux !
Car les pubs des machines à pain individuelles ne
vous font pas croire que vous pouvez faire aussi
bien que le boulanger ! (Encore que…)
Mais passons encore sur la clientèle à perdre, ce qui
m'agace le plus c'est leur façon de formater les
méninges des consommateurs, et la
démocratisation des caméscopes Full HD pour des
consommateurs qui ne savent même pas ce que
c'est, n'en voient même pas les avantages et ne
chercherons même pas à comprendre comment ils
fonctionnent. Je réagis peut-être trop en «chasse
gardée », en défenseur de la noblesse de mon
corps de métier, c'est mon droit, j’assume. Car je
constate tous les jours que c'est donner de la
« confiture aux cochons », passez moi l’expression.
Je pense sincèrement que l'usage de caméscopes
HD devrait être réservée aux amateurs éclairés et
aux professionnels qui savent réellement s'en servir,
et qu'on devrait encore vendre des caméscopes
définition standard, bien suffisants pour le grand
public, et de surcroit moins chers à construire !
Quant à la 3D, c'est un procédé encore plus
complexe, donc c'est encore pire !
Ma réaction est basée sur le fait que mettre tout à la
portée du grand public dévalorise complètement,
casse le mythe, la magie, le rêve du cinéma en
salles.
Aujourd'hui les adolescents et les jeunes adultes
disons jusque quadras (à savoir les catégories
d'âges qui fréquentent statistiquement le plus les
salles de cinéma) sont blasés. Ils ont accès à tout
et à toutes les technologies tout de suite. Ils ne sont
plus émerveillés par quoi que ce soit. Tout leur
parait normal.
La 3D doit rester du grand spectacle. Qui dit 3D dit
3D en salles. Et doit rester la particularité du
cinéma, le petit plus qui fait la différence et fait venir
les gens en salles, comme ce fut le cas pour le
passage du muet au sonore (années 1930) du noir
et blanc à la couleur (années 1940-50) ou encore
l'arrivée du format cinémascope (1953) chaque
évolution technologique a ré-attiré le public dans les
3
salles de cinéma.
A chaque fois, les exploitants ont tenté d'apporter
de nouvelles technologies pour attirer le public.
L'idée des Majors (les grandes compagnies de
cinéma) , ces dernières années, était de dire :
"puisque la fréquentation des salles baisse, alors,
grâce à la 3D, on va faire revenir le public en salles1,
en relançant le procédé, ce qui va permettre au
cinéma en salles de se distinguer de la télévision…
Mais quid alors de la fréquentation des salles, si
c’est justement l’inverse qui se produit à savoir la 3D
qui arrive à la télévision ! ?
Sans compter que la 3D chez soi dans son salon ne
sert strictement à rien d'utile et fait très rapidement
mal aux yeux ! A mon sens, démocratiser dans tous
les foyers des téléviseurs 3D est une ineptie.
C'est pourtant ce qui arrive, nouveauté oblige. Qu'on
nous laisse au moins le choix ! Ce qui m'agace le
plus c'est la façon "marketing tapageur" dont est
rédigé l'article, en nous imposant une fausse réalité :
genre « vous n'avez plus le choix; vous ne pouvez
pas passer à coté ! » « Quoi ? Vous n'avez pas
encore votre téléviseur 3D et vos lunettes à 80 € la
paire ? Mais vous habitez sur quelle planète ? »
C'est ce discours qui m'écoeure. Sachant que, dans
la réalité, les consommateurs ont encore bien du
mal à comprendre le fonctionnement de la TNT, la
plupart ne font aucune différence et ne savent
même pas qu'il existe d'une part la TNT et d’autre
part la TNT HD. Beaucoup regardent encore la TNT
et des films en HD sur un poste 4/3 analogique, (ce
qui est,sur un plan technique complètement aberrant
et pas du tout conçu pour !) Donc la plupart des
consommateurs ont déjà une, que dis je une ! , au
moins trois guerres de retard sur la télévision
numérique terrestre ! Malgré tout, on les abreuve
déjà de la 3D. C'est à rendre fou. Les arguments
commerciaux actuels sont à mon sens abjects,
ridicules et écoeurants.
On vend n'importe quoi à des gens qui ne savent
pas s'en servir. (Geeks, technophiles et amateurs
éclairés mis à part, bien entendu) (D’ailleurs, si vous
avez pris le temps de lire cet article, vous ne devriez
pas vous sentir concernés…)
Pour revenir et terminer sur la publicité qui m’a
interpellé, le document parle de "contenus 3D ready"
la encore une dernière fois, je dis non, je dis stop.
Quel intérêt de tout " upscaler2 " en 3D ? Le journal
télévisé de TF1 ou France 2, les émissions de
reportage ou encore les jeux télévisés n'ont AUCUN
INTERET a être visionnés en 3D !
Quelle ineptie ! Sans compter que regarder
constamment des images en 3 dimensions
constamment abime et use nos yeux !! Qui ne sont
pas faits pour cela !
On sait que la moyenne de visionnage de la
télévision pour les français est de 3 heures par jour..
3 heures de 3D par jour ? C’est bien simple, si la
télévision 3D se généralise, la société de 2030 sera
composée d'une grande majorité de gens aveugles
ou avec des problèmes oculaires ! Beau progrès !
La 3D est une haute technologie, qui doit rester un
spectacle rare, qui se visionne en salles. D’ailleurs
les procédés 3 D sont multiples et la technologie
très différente entre un film 3D en salles et un
téléviseur 3D. Les écrans, les procédés de diffusion
et les supports ne sont pas les mêmes…
Mais allons-y ! On s’en moque ! Pour le
consommateur, le terme " 3D " est lancé, il est utilisé
comme les mots " nouveau" ou "soldes" par les
entreprises commerciales dont le seul but est
d'attirer le client et de vendre avec de la soi-disant
nouveauté, de flatter les bas instincts, et
d'augmenter leur chiffre d'affaire. Peu importe si on
rend les gens bêtes et aveugles…
Résistant Culturel
Décembre 2011

1
Le cinéma en relief n'est pas vraiment une nouveauté, mais il
n'a jamais été généralisé. Dès 1953, (année de lancement du
Cinémascope d'ailleurs), L'Homme au masque de cire réalisé
par André De Toth avait déjà été tourné en relief stéréoscopique.
Citons également le célèbre film d’Alfred Hitchcock, Le Crime
était presque parfait (Dial M for Murder) tourné en 1954 : le film
a été originellement filmé en « 3D », c'est-à-dire en relief
stéréoscopique et projection en lumière polarisée, avec lunettes
polarisantes, un procédé très en vogue à l'époque. L'effet a été
parfaitement utilisé et maîtrisé pour ce film, De nos jours, le film
est régulièrement projeté en relief lors de festivals ou
manifestations spécialisées, et par certaines salles de cinéma
équipées pour cette technique : cela nécessite une double
projection et un écran métallisé spécial. Les spectateurs sont
munis de lunettes stéréoscopiques polarisantes.
Ou encore Les Dents de la mer 3 (Jaws 3-D) réalisé par Joe
Alves en 1983, soit 30 ans après les débuts des films en relief.


2
Upscaler : rendre , par un artifice technologique, 3D ( ou HD)
un contenu qui ne l'est pas et qui n'a pas été conçu au départ
pour être diffusé en 3D