Le Jeudi 11 Avril, à 20 h 15, nous étions fidèles au Rendez-vous donné par Michel HUMBERT afin de dire tous ensemble un « MEGA NON ! » au projet de MULTIPLEXE qui devrait s’implanter sur le domaine du Zénith. Pour les derniers retardataires qui ne seraient pas au courant de l’histoire, un multiplexe est un concept de cinéma gigantesque comme il en existe aux Etats-Unis. (Ah!, cette envahissante culture Américaine !!! Vous connaissez ?) qui consiste à implanter en un seul endroit 24 salles de cinéma environ, dans un lieu très convivial, avec de très beaux fauteuils, certes, mais où l’on ne se rend pas vraiment dans le but premier de « voir un film » mais plutôt se goinfrer de pop-corn ou autres et accessoirement de jeter un coup d’oeil à la dernière superproduction américaine qui se déroule sur l’écran. En d’autres termes ces projets ne sont que de vastes supermarchés où seul le profit commercial compte. Un certain nombre sont déjà implantés en France et il existe, tenez vous bien, quatre-vingts projets d’implantation en attente. De véritables envahisseurs. L’exemple le plus proche dans notre région est le fameux KINEPOLIS de Metz, et comme leur nom l’indique, ce sont de véritables cités, des empires qui ne vont qu’écraser les cinémas des villes et en particulier bien sûr, ceux qui ont le plus de mal à survivre c’est à dire les indépendants. Le Cinéma , Un Art ? mais mon ami(e) : dépassé tout ça ! ... Triste époque...

Après ces quelques préliminaires, venons en au fait qui nous intéresse, pourquoi être contre ces cinémas géants? , après tout c’est très bien, il y aura plus de place, plus de choix de films... ATTENTION ! Ne vous y trompez pas, et si vous ne voyez pas encore tous les enjeux économiques que mettent en cause les mégacomplexes, reportez-vous vite à l’excellent plaidoyer explicatif de Michel HUMBERT au dos du programme du CAMEO d’ Avril.
Alors, bien sûr, les technologies modernes c’est génial, l’arrivée du multimédia, du virtuel, des images de synthèse, du numérique, tout cela présente certes des avantages, mais il ne faut pas que ce soit au détriment du reste. A chacun sa place, il ne faut surtout pas que la vidéo tue le cinéma, ou pire que le nouveau cinéma commercial tue le cinéma art, pellicule, bobine, rushes, vrai 35 mm, avec acteurs, clap, assistants et vrai perchman au lieu de la post-synchro!. Nous aussi à CREA’ZINE on a été impressionné par les images de synthèse de Jurassic Park ou de Jumanji mais on aime tout autant Cédric KLAPISCH, Christine CARRIERE Mathieu KASSOVITZ ou Laetitia MASSON qui sont de jeunes auteurs/réalisateurs qui n’ont pas les mêmes moyens qu’HOLLYWOOD pour faire leur premier film. Il faut savoir que les films français en général (à part une ou deux exceptions comme les grosses machines de Claude BERRI producteur et réalisateur) et les films d’auteurs en particulier n’auront plus du tout leur place dans ce genre de mégacomplexes , pire que cela, en fait ils ne seront plus tournés, car je ne vous apprend rien , pour faire un film il faut de l’argent , donc un producteur, et un producteur ne vous donnera son accord que s’il est sûr de son affaire c’est à dire s’il est sûr des retombées commerciales de son film. Votre producteur éventuel sera en droit de vous dire : « je ne veux pas financer votre projet, il me rapporte 1000 fois moins que si je m’engage dans la coproduction franco-américaine sur INDIANA JONES 12, que SPIELBERG m’a proposé !!! » Quand on voit déjà dans les cinémas des villes les si maigres entrées des derniers films de grands réalisateurs français comme Patrice LECONTE ( Tango, Les Grands Ducs),Claude MILLER (L’Accompagnatrice, Le Sourire) des films qui en province, sont évincés de l’affiche après deux pauvres petites semaines, comment voulez-
vous qu’il trouvent leur public ? Quelle honte ! et je ne vous parle pas des cas de Jacques DOILLON ou Eric ROHMER... Gérard OURY, ancien roi incontestable du box-office français ne reste lui même que quelques semaines à l’affiche et fait un bide, même lorsqu’il s ’adapte au goûts de l’époque et utilise effets spéciaux et images de synthèses (Fantômes avec chauffeur)

L’affaire du G.A.T.T. n’aura pas suffit, les français n’ont pas pris conscience qu’il faut défendre leur cinéma, point stratégique de leur culture.
Mais, pour parler en tant que futurs professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, et au nom des dizaines de jeunes talentueux qui sortent chaque année de la FEMIS, de Louis LUMIERE, de l’ INSAS, ou d’autres écoles de Cinéma nous nous sentons d’autant plus concernés par l’invasion des multiplexes pour une raison évidente : Pardonnez nous cette prétention, si pour vous c’en est une : Nous désirons FAIRE DES FILMS, et jusqu’à preuve du contraire ce seront des films français. De plus, je vais encore enfoncer une porte ouverte, mais quand il débute, un jeune réalisateur commence rarement par une superproduction, mais plutôt par un film au budget modeste, la plupart du temps accueilli dans des salles dites « d’Art et Essai » comme en fait preuve le Caméo à NANCY.
Tous les maillons de la « chaîne » cinéma sont complètement liés : production, réalisation, distribution, exploitation. De nos jours, avant de commencer un film, la première question à se poser est :« trouvera-t-il son public ? » Comment voulez-vous trouver un financement s’il n’existe plus que des multiplexes qui ne diffusent que de grosses machineries de films d’action ?

ALERTE!!!! Où va-t-on ?? L’arrivée des multiplexes n’est autre que le signe de la mort du cinéma Français de demain !!!!

Résistant Culturel . Article rédigé en 1995