REPORTAGE



Journal de la Galaxie - Salle de réunion n° 7 - 18h30

La conférence des rédacteurs venait juste de commencer. L'ordre du jour était chargé et le spécialiste des planètes intérieures n'était toujours pas arrivé.
SAROS n'aimait pas les retards quelle qu' en soit la cause. Un rédacteur du journal de la Galaxie se devait d'être à l'heure. La conférence des rédacteurs était l'étape déterminante pour la réussite de la prochaine édition.
La moindre défaillance pouvait remettre en cause le fragile équilibre qu'il avait patiemment réussi à créer, conciliant les intérêts divergents des plus gros actionnaires et préservant surtout une relative indépendance rédactionnelle. Tant que les bénéfices se maintenaient au niveau souhaité...

SAROS faisait tourner son crayon entre ses doigts.
A l'heure ou le clavier avait disparu au profit des logiciels de dictée vocale, il tenait plus que jamais à son crayon et à son petit carnet vert.
Il considérait que ce signe distinctif loin d'être un anachronisme du passé, perpétuait la tradition de la longue lignée des rédacteurs en chef du journal.

La pendule indiquait 18 h34 ( heure galactique ).
Contenant son impatience, il décida de commencer la conférence sans plus attendre.

- Bonjour, nous commençons sans attendre les retardataires.
Mesdames, Messieurs, je vous soumets les dossiers concernant la prochaine édition. J' attends de votre part une nette amélioration de la qualité des reportages.
Les chiffres des ventes du mois précédant étaient bon, mais lors de la dernière réunion du conseil, certains actionnaires ont émis quelques réserves sur le contenu et la forme de vos interventions.
Je ne ferais pas plus de commentaires.

Dossier n°1 : La chute de l' astéroïde sur VEGA II. Je propose de coter ce reportage à LANDO. Il a une équipe solide et il ne devrait pas avoir beaucoup de difficulté pour en tirer quelque chose d'exploitable.
Des observations ou des avis? .......

Dossier n°2 : L'éruption du volcan ERAKIS sur ATRIA IV.
J'attends vos propositions.....!
MARIC, sans discussion, il sera à la hauteur de sa réputation.
SAROS faisait comme à son habitude, les questions et les réponses au grand soulagement des rédacteurs présents trop heureux de ne pas avoir à s'engager. En privé, certains avouaient que pour vivre heureux dans ce journal il fallait vivre caché ... entre deux pages de préférence.
La conférence roulait, mécanique bien huilée.
Les cotations se faisaient à l'unanimité... du seul rédacteur en chef.

Enfin pour terminer : LA TERRE. A l'annonce de ce nom, toutes les conversations cessèrent brusquement et les têtes se tournèrent vers SAROS.
La TERRE. Le nom conservait en dépit des progrès de la colonisation de la galaxie depuis maintenant un millénaire toute sa magie.
Les regards se faisaient interrogatifs, aucun rédacteur n'osait poser la question qui brûlait sur toutes les lèvres.
SAROS était ravi des effets produits par son annonce. Mais il était conscient d'avoir fait durer le suspense au delà des limites de la bienséance habituelle de la conférence et du respect qu'il devait à ses collaborateurs.
Mesdames et Messieurs, vous êtes bien placés pour connaître les crises qui secouent certaines parties de la galaxie. Cela a été une grande surprise pour moi d'apprendre que la Terre ait été à son tour balayée par la vague. La Terre notre planète mère....
SAROS n'acheva pas sa phrase. Son auditoire était silencieux comme assommé par la nouvelle; la Terre sinistrée, la Terre en danger.
SAROS réagit le premier. En tant que rédacteur en chef, il ne devait pas se laisser gagner par l' émotion. L'expérience accumulée pendant sa longue carrière constituait un bouclier très utile à cet instant.
- J'ai reçu deux informations concernant la Terre. Elles sont très vagues, imprécises, mais même en l'absence de recoupements, toutes les nouvelles en provenance de la Terre ne peuvent être négligées.
Vous connaissez comme moi, l'attachement du public pour tout ce qui touche cette planète.
La première information fait état de catastrophes naturelles.
Rassurez vous, la Terre n'est pas en péril même si son climat a été durablement déstabilisé par l'activité humaine au cours des siècles précédents.
Il semblerait qu'un des continents ait été frappé par un violent tremblement de terre suivi par un raz de marée destructeur.
Les éléments d' informations qui nous sont parvenus font état de nombreuses victimes et un grand nombre de sinistrés.
Il y a donc urgence à couvrir l'évènement compte tenu des délais pour arriver sur place, je propose le départ d'une équipe dès demain matin.
Pour couvrir les frais, je propose que cette équipe prenne aussi en charge la seconde enquête : La montée inquiétante de la pauvreté.
C'est un sujet de fond. Le social à toujours été porteur. Si le sujet est bien traité, il sera possible de l'intégrer dans le le cahier spécial « économie et société » du mois prochain.
- LEONIS qui avez vous de disponible prêt à partir?
La question surpris l'assemblé. LEONIS émergea de sa torpeur et bafouilla une série de noms à peine compréhensibles.
SAROS, sans élever la voix, lui demanda sans ménagement :
- Des noms, des noms, pas les paroles d'une chanson.
LEONIS pleinement réveillé assura sa voix.
- KEID pour les images, c'est le meilleur cadreur dont je dispose et WEINS pour le son.
Ils ont pas mal bourlingué dans la galaxie. Je sais que je peux compter sur eux, ils feront un travail de pros.
Pour le reporter, je suis plus ennuyé. Je n'ai pas de nom de reporter aguerri à vous proposer.
SCUTI est sur ABSALON III, TURCIS notre maître es scoop se remets de son accident sur DURH.
- Alors qui? Demanda SAROS d'une voix glaciale. Quelques secondes d'un lourd silence s'écoulèrent puis il se repris et dit:
- Vous transmettrez à TURCIS mes meilleurs voeux de prompt rétablissement.
Il alternait le chaud et le froid, mais il savait au moment le plus opportun, montrer son côté humain. En vieux renard des médias, il savait comment construire à peu de frais une réputation et une image de chef.
LEONIS repris:
- J'ai un stagiaire très prometteur, major de sa promotion. Il a déjà couvert des évènements mineurs, mais il a déjà accompagné TURCIS comme assistant sur KERB lors des dernières émeutes.
Je suis conscients que pour un évènement touchant la terre il nous faudrait notre meilleur reporter, mais de disponible sous 24 heures, je n'ai que lui.
SAROS faisait mine de peser le pour et le contre, mais au fond de lui même il s' avait qu' il était coincé et qu' il devrait s'incliner. Il n'aimait pas être tenu par des impératifs logistiques.
Il ne pouvait pas laisser une telle information sans traitement au risque de se voir reprocher une faute professionnelle par sa direction.
Un débutant ou rien. Ce sera donc un débutant. Le challenge méritait d'être relevé. Il fallait savoir prendre des risques de temps en temps, un peu de piment dans cette routine sans saveur serait le bienvenu.
- Relevons le pari dit il au grand soulagement de l'auditoire.
LEONIS, vous vous chargerez de contacter votre poulain et vous réglerez les aspects matériels liés à cette mission.
La séance est levée.



Hôtel RANA - CHAMBRE 219 - 6 h 30

Comme à son habitude NASH s'était réveillé tôt. Il avait pris sa douche et s'apprêtait à se raser.
Par la porte de la salle de bain entre-baillée, il pouvait apercevoir étendu sur le lit à peine recouverte par le drap, la récompense de ses efforts depuis le retour de KERB : ARAE, long cheveux blonds, un corps de rêve à la peau dorée. Le paradis après l'enfer.
TURCIS lui avait conseillé pour oublier les images d' horreur de la planète révoltée dès son retour de se prendre une bonne cuite. Sans aller jusque là, NASH avait fait la fête une bonne partie de la soirée, passant d'un bar à l'autre, puis de discothèques en discothèques à la chasse à l' âme soeur pour finir la nuit. C'est ainsi qu'il avait rencontré ARAE.
En se regardant dans la glace il essayait désespérément de se remémorer les évènements de la nuit.
Quelques bribes de musiques assourdissantes, des images de piste de danse bondée, l' air bleuit par la fumée de sargas, la dernière herbe à la mode,un bruit de drap froissé, le contact d'une peau ferme et chaude, la fatigue et les effets de quelques verre de G3X de trop avaient eu raison de sa mémoire.
ARAE qui es tu? Le saurai je jamais.
NASH n'était pas homme à avoir des regrets. Il se disait qu'il avait tout le temps pour se passer une corde autour du coup. Il nourrissait d'autres ambitions.
NASH était resté au stade ou la quantité primait sur la qualité même si parfois une perle se glissait dans le lot commun.
Il n'avait pas beaucoup d'efforts à faire. Un physique avantageux allié à un charme dévastateur faisaient naître à chacun de ses passages un élan de curiosité non désintéressée parmi la gente féminine présente.
Malheureusement pour ses victimes, NASH le savait et en abusait pour son plus grand plaisir.
Des trois années passées à l'école de journalisme de CORONA AUSTRALIS, il en avait ramené outre le titre de major, le surnom non équivoque du Tombeur.
Ces bonnes dispositions lui permettait sur le plan professionnel de briller là ou ses collègues trouvaient porte close. Rien ne pouvait résister à son charme. Les jeunes demoiselles comme les vieilles dames accordaient bien trop rapidement leur confiance à celui qui aurait pu être leur petit amis ou leur fils. Nash en profitait pour obtenir l'information qui lui permettait d'avoir une longueur d'avance sur les autres stagiaires.
NASH avait étalé avec volupté la mousse à raser quand il entendit le bruit caractéristique du vibreur de son téléphone portable.
NASH sentit monter en lui un vague sentiment de pessimisme. A cette heure là et vu le numéro qui s'affichait sur l'écran, ce ne pouvait être une bonne nouvelle.

La fête était finie.
Sans se soucier de la mousse à raser, il cola l'appareil à son oreille. IL aurait pu laisser sonner, que son interlocuteur se débrouille avec sa messagerie. Mais le reflex du futur grand reporter comme il aimait bien s'imaginer, fut le plus fort.
- NASH, que puis pour vous?
- Bonjour NASH, LEONIS rédacteur adjoint à la Tribune de la Galaxie.
NASH, eut l'impression d'avoir reçu un coup de massue sur la tête; LEONIS l'adjoint de SAROS le célèbre Rédacteur en Chef à la fois vénéré et redouté de tous les journalistes.
- Bonjour Monsieur LEONIS, qu'est ce que...? réussit il à articuler sans pouvoir finir sa phrase.
- J' ai une proposition à vous faire concernant un reportage. Mais avant de vous en dévoiler le sujet je veux un engagement de discrétion absolue et votre réponse.
NASH avait du mal à réaliser. On lui demandait de signer un chèque en blanc. Pense à ton avenir lui soufflait une petite voix au creux de son oreille. Un grand reporter est toujours disponible quel qu'en soit le sujet. NASH était déboussolé. Les vapeurs de la fête à peine dissipées, les perspectives offertes par cette proposition, un voyage dans l'inconnu, la possibilité de travailler avec SAROS, tout
s' emmêlait dans sa tête.
- NASH? Une voix ou perçait une pointe d'impatience résonnait dans l'écouteur.
- Vous avez mon accord Monsieur LEONIS.
- Bien, vous partez pour la terre dans quatre heures, votre équipe de tournage sera composée de KEID le cadreur et WEIN le preneur de son. Tous les détails sur les thèmes des reportages et les aspects matériels qui y sont liés sont contenus dans un dossier qui vous sera remis personnellement lors de votre passage à la rédaction. Vous en prendrez connaissance et les étudierez avec la plus grande attention pendant votre voyage.
Je ne vous cache pas qu'il s'agit d'une opportunité exceptionnelle pour un stagiaire comme vous d'intégrer au plus vite le cercle des rédacteurs de ce journal.
Je puis compter sur votre présence toute affaire cessante.
- Oui Monsieur LEONIS, vous pouvez avoir confiance.... NASH ne pu terminer sa phrase, son interlocuteur avait déjà raccroché.
Il resta un moment interloqué. Son correspondant lui avait raccroché au nez.
Cette façon de faire, quand bien même venait elle de la part de l'adjoint du rédacteur en chef, le choquait. Etre traité comme le dernier des pigistes d'un canard de banlieue, il ne pouvait l' admettre.
Il maîtrisa sa respiration pour refouler sa colère
Je vais vous montrer ce que c'est, un journaliste qui a de la classe, même débutant. Après tout, c'est bien Moi qui a été choisi pour réaliser ce reportage sur la Terre.
Il fit tourner cette pensée en boucle dans sa tête, ce qui eu un effet apaisant. Nash pu ainsi, terminer son rasage sans se couper.
Ayant enfilé sa tenue de voyage, il sorti deux sacs fourre-tout et s' attela à les remplir avec méthode.

La Terre - 30 juin - 5 h 25

La nuit s'achevait, l' équipe pouvait déjà distingué sur l'horizon les premières lueurs du jour. Les étoiles palissaient, dans une heure le soleil reprendrait sa place dans le spectacle de l'alternance, renvoyant les nocturnes en coulisse.
NASH avait communiqué au capitaine de la navette les coordonnées du site sélectionné.
Le pilote les avait entré dans le calculateur de trajectoires.
NASH et son équipe avaient été déposés à proximité d' un petit village du sud est de la France.
Le sentiment d' excitation qui précédait le moment de l'action faisait oublié à NASH les déboires qu' il avait connu lors de son passage à la rédaction du journal. Le documentaliste lui avait fourni peu d'éléments utiles. Le peu de temps que lui avait accordé LEONIS ne lui avait pas permis de faire des recherches approfondies.
Il s'était donc contenté des informations contenues dans le premier cube proposé sur la palette, un reportage sur le littoral de la méditerranée. Les côtes rocheuses du Var n'avaient pas retenues son attention, mais les plages aux couleurs dorées du Languedoc avaient fait ressurgir dans sa mémoire quelques images de son enfance lorsqu' il passait ses vacances sur DESIRAE.
La décision fut rapidement prise, il commencerait son reportage par le Languedoc.

Par soucis de discrétion ils avaient débarqué dans l' arrière pays près du village médiéval de Sauve, dissimulant la petite navette sur les hauteurs.
En cette dernière semaine du mois de juin, les estivants
n' étaient pas encore arrivés. Le village émergeait à peine de sa longue léthargie hivernale.
En ce dimanche matin, les galeries, les boutiques étaient encore fermées. Seuls la boulangerie et le bar de la place connaissaient un semblant d' animation.
Ainsi , à huit heures du matin, NASH et ses compagnons arpentaient les ruelles désertes.
Le village s' éveillait lentement, pas une âme dans les rues mais on entendait les voix des habitants, les bruits de vaisselles du petit déjeuner.
NASH avait l' impression d' un village fantôme, il marchait lentement en regardant le haut des maisons comme s' il craignait de recevoir sur la tête le contenu d' un vase de nuit.
Il y avait de quoi après tout, ces ruelles étroites, ces maisons construites il y a plusieurs siècles et restaurées dans le style, l' odeur particulière des vieilles pierres, tout se conjuguait pour gommer le décalage temporel.
Ils firent le tour du village poursuivis par quelques aboiements sans rencontrer âme qui vive.
Nash pris de longues minutes pour regarder attentivement les maisons.
De gros moellons pour les murs d' angle, les encadrements de portes et de fenêtres en pierres de taille, les portes en bois massif recouvertes de barres métalliques et de gros clous carrés. Il constata la présence de quelques lanternes en fer forgé, mais il ne vis aucun fils électriques en travers des rues comme il en avait vu dans le reportage.
Cela l' intriguait, le reportage était récent pas plus d' une décennie. Ce pourrait il que les habitant de ce village n' est plus l' électricité?
Sa sensation de malaise était renforcé par le fait qu' au cours de sa courte visite il n' avait pas vu de maisons récentes.
Personne ne construisait, ce village vivait replié sur l' existant.
NASH tenait la première séquence de son reportage.
Il demanda à KEID et WEINS de préparer les instruments pour la première prise.
3 2 1..... Comme vous pouvez le constater sur ces images les Terriens vivent reclus dans des habitats très anciens mais bien entretenus. Ils ont pour la plus part perdu l' usage de l' électricité. Les rues sont désertées comme si les habitants de ce village se protégeaient d' un danger ou d' une menace inconnue. Je peux vous dire que notre équipe n' est pas insensible à la lourdeur du climat.......

La matinée avançait, NASH de peur d' être découvert donna le signal du repli. L' équipe ne tarda pas pour rejoindre la navette dissimulée dans la garrigue.


NASH et son équipe approchaient de la mer. La navette avait été bien préparée et pouvait passer pour une voiture de sport hors normes ou un gros monospace.
En ce premier jour de juillet les routes étaient saturées de vacanciers stressés et épuisés.
Le rond point étai bloqué, les voitures étaient condamnées à l' immobilité. L' air était surchauffé par le soleil et l' exaspération des automobilistes atteignait les limites du supportable et les altercations se faisaient de plus en plus vives.
- ou comptes tu aller, en voulant doubler par la bande d' arrêt d' urgence?
- Avances donc t' as un espace devant toi.
- Achète un âne tu iras plus vite.
NASH avait saisi quelques bribes de cet échange. Sa prodigieuse capacité d' analyse lui montra sans tarder le parti qu' il pourrait en tirer.
Il demanda à son équipe de se préparer pour une seconde prise.
3,2,1 NASH envoyer spécial du Journal de la Galaxie qui vous parle de la Terre.
- Je viens d' observer les moyens de transports terrestres. Il s' agit de petites bulles montées sur quatre roues. Les coloris sont variés et l' ensemble est assez réussi du point de vue de l' esthétisme. Si le confort semble satisfaisant, on ne peut en dire autant des performances. Elles avancent à une très faible vitesse et selon les informations qui j' ai personnellement recueilli, elles seraient moins rapides que les antiques véhicules tractés par des animaux.

Satisfait de sa prestation, NASH suivi avec flegme le flot et pénétra dans la citée balnéaire.

En ce début d' été, le sud de la France devait faire face à une vague de chaleur exceptionnelle. La température dépassait les 40° à l' ombre et l' estivant harassé se réfugiait à l' ombre des palmiers pour une sieste réparatrice sur les pelouses encore vertes.
Le sens de l' observation et l' imagination débordante de NASH ne tardèrent pas à produire leur effet.
NASH enregistra donc sa troisième séquence.
Avisant une dame un peu forte couchée sur une serviette de bain, son sac de plage à ses côtés, il déclara :
- Comme vous pouvez le constater sur ces images, les habitants de cette planète sont réduits à un état de pauvreté alarmant. Certain d' entre eux n'ont d' autres ressources pour se loger que de séjourner sur les pelouses publiques avec leurs maigres bagages. Cependant, en dépit de leurs conditions de vie difficiles, ils gardent leur dignité et s' abstiennent de quémander une aumône auprès des passants.
Se sentant en veine d' inspiration, il se tourna vers la plage pour ce qui devait être la clé de voûte de son reportage, le ticket pour le scoop d' or.
- Enfin vous avez tous entendu parlé de cette catastrophe naturelle qui a ravagé une partie de la Terre. Je veux parler de cette vague géante qui a submergé les plages et fait de très nombreuses victimes. Aujourd' hui je peux vous confirmer qu' il ne s' agit pas d' une vague rumeur mais d' une certitude. Vous pouvez voir devant moi les survivants de cet holocauste, toujours réfugiés sur les plages. Vous pouvez voir leur état de dénuement, ils ont réellement tout perdu. Certains n' ont pour tout vêtements que leur slip de bain et n'ont que des parasols pour abri. La solidarité collective ne peut compenser le manque cruel de moyens. En conclusion de ce reportage sur les malheurs qui frappent cruellement la Terre, je lance un appel à la solidarité de tous les peuples de la Galaxie pour apporter une aide technique matérielle et morale à la population terrienne. Il faut d 'urgence améliorer l' habitat, reloger les réfugiés, développer les transports.Il faut aider la Terre afin qu' elle retrouve le niveau technologique qui nous a permis de devenir les conquérants de la galaxie. C' était NASH envoyer spécial du Journal de la Galaxie qui vous parlait de la Terre.

SAROS venait de visionner le cube monté par la régie contenant le reportage de NASH.
Il n' en croyait pas ses yeux et ses oreilles. En trente ans de métier, il n' avait jamais vu un tel sens de l' observation, un tel esprit de synthèse, un tel sens de l' opportunité dans la perception du vécu. Il était soufflé, bleuffé et....... effondré.
L' oscar du navet, voilà ce que cela méritait.
Et dire que lui, SAROS, avait cautionné un tel ratage.
Sa plus grande inquiétude était que l' on puisse associer son nom à ce ........ les mots lui manquaient.
Il décrocha son téléphone et ordonna à la régie de détruire tous les rush sans exceptions.
Il raccrocha, fit tourner le cube dans la paume de sa main et sans regret le jeta dans le broyeur.
Il trouverai bien un moyen de faire passer la note sur les frais généraux.
Soulagé et rassuré, il ouvrit la chemise bleu afin de préparer la prochaine conférence des rédacteurs.


27/02/2006 – 27/05/2008