Le manifeste des mots


Il est là, posé sur la page
une tache noire sur cette page blanche.
Hésitante, presque négligente, la main a tracé les courbes.
Il est là, nu comme l'enfant qui vient de naître.
L' encre vient tout juste de sécher.
Cinq lettres attachées comme pour ne pas se perdre
ou être dispersées au fil des idées,
réduites au silence avant même d' exister.

Le mot attend.
Il attend que l'idée fasse son chemin,
Il attend les autres.
Cinq lettres pour le moment.
Cinq lettres pour cet instant.
Peut être en gagnera t' il une ou deux de plus,
suivant que l'auteur en fera un genre masculin ou féminin
ou un mode pluriel ou singulier.
Cinq petites lettres.

Le mot attend ses frères et ses soeurs,
mouton noir sur la banquise
oasis dans le désert
une respiration dans l'inspiration.
Personne ne l' entend, mais il s' exprime,
il revendique : la suite.

Venez, camarades, formons une phrase,
réunissons nous pour écrire, décrire, rédiger.
Regroupons nous pour servir une pensée,
manifestons notre droit d' exister,
de nommer, d'interpeller, d'être publié, édité.
N' ayons pas peur de la rature.
N' ayons pas peur de la censure.
Osons, faisons le poids, sans crainte de la surcharge.

Nous qui sommes au service de la main de l' écrivain,
libérons nous des contraintes de la grammaire et de l' orthographe,
revendiquons notre droit de nous fondre, de nous mélanger,
pour enfin, pouvoir parler à l' Etranger.