JODD



JODD se réveilla avec une sensation étrange. Il ne sentait plus son corps. Il avait l'impression de nager dans du coton, comme libéré de l'apesanteur.
Le silence était total, une lumière blanche omniprésente l'empêchait de voir l'endroit ou il était.
Il planait dans un rêve éveillé, nullement pressé que cette douce euphorie ne s'estompe.
Lentement il repris le contrôle de son corps.
Il cligna des paupières sans pouvoir diminuer l'intensité de la lumière.
Il tourna lentement la tête vers la gauche, le blanc s'atténua enfin et vira au vert.
Un léger bourdonnement envahit ses oreilles ponctué de coups sourds et réguliers.
Très rapidement, sans changer de rythme, les coups devinrent plus lourd, plus présents.
Les murs de son petit paradis se lézardaient. Progressivement et inexorablement la sérénité des lieux s'effilochait et les lambeaux furent emportés par une vague de sons emmelés, une bronca d' ou émergeaient des sifflés et des plaintes de corne de brume.
Le bruit était insupportable, et JODD cru un moment que sa tête allait éclater.
Soudain, une voix puissante ou perçait une pointe d' inquiétude émergea
de ce maelström de décibels:

– JODD,JODD, .... ça va ?, JODD, ça va?, réponds moi JODD.

JODD laissa s'égrainer la litanie. S'il avait pu répondre c'est que tout allait bien. Or en ce moment ce n'était pas le cas. L'éclatement de sa bulle protectrice le laissait un peu déçu et surtout désemparé.
Le temps qu'il y avait passé avait été trop bref pour en concevoir un début d'amertume. Ses préoccupations du moment ne lui laissaient guerre de répit pour avoir des regrets.
Après l'audition, ce fut au tour de la vision de se rétablir.
JODD se sentait comme un vieux téléviseur en cour de réparation: d'abord le son puis l'image et tout cela pour quel programme? Il était bien incapable de le dire.
Le blanc avait cédé la place au vert. Il avait suffisamment récupéré pour
s' apercevoir que la lumière blanche qui l'éblouissait provenait d'un mur
de projecteurs ultra-puissants accroché dans le ciel.
Pour le vert, il n'y avait aucun doute, c'était de l'herbe. Plus exactement du gazon fraîchement tondu et roulé comme celui que l'on trouvait sur les stades à la fin du printemps. Une moquette végétale ou l'on prenait plaisir
à se laisser tomber lorsqu'on était légèrement bousculé par l'adversaire.
Cependant il lui manquait l' odeur, la vraie, pas cet ersatz qu'il avait en mémoire. Pour l'odorat, on verra plus tard se dit il.

JODD releva la tête. L'image qui s'affichait sur la lucarne qui lui tenait lieu de vision dans l'état qui était le sien, oscillait de gauche à droite comme sur un bateau dans la tempête.
Il se remémora sa dernière cuite, ou incapable de mettre un pied devant l'autre, il demandait à ses compagnons de beuverie de ne pas bouger les meubles quand il passait.
Il lui fallu quelque temps pour que la houle se calme.
En équilibre sur ses deux yeux, JODD vit qu'il était cerné par une forêt de visages ceints de casques dorés et bleus, agglutinés en une mêlée confuse
d' ou émergeait du flot de cris et de voix incompréhensibles cette litanie :

– JODD, JODD, ça va?, JODD réponds moi?

Reprenant lentement ses esprits, il essaya de mobiliser le peut de conscience disponible pour essayer de faire le point sur sa situation.
En vain. Il avait beau faire tous les efforts dont il était capable, ces visages restaient totalement anonymes.
Le seul résultat positif fut qu'il pu mettre un visage sur la voix inconnue.
L'homme ne portait pas de casque, des cheveux qui autrefois devaient être blonds, coupés en brosse, un visage buriné et creusé de sillons, un nez de boxeur, une mâchoire carrée, l'archétype même du baroudeur ou du sergent recruteur. Mais ce qui prédominait , c'était son regard. Des yeux bleu acier ou on pouvait sentir toute la détermination d'un homme qui ne lâchait jamais rien, surtout dans les situations les plus désespérées: les yeux d'un prédateur.
Et toujours cette voix :

– JODD, réponds, ça va?
JODD s' extirpa du vacarme. Sa tête résonnait et vibrait au rythme des vagues de bruits. Pour sûr, la mer doit être mauvaise aujourd'hui ce dit il.
Comme un puzzle, les bouts de sa conscience un moment éparpillée se recollaient peu à peu. Il était de nouveau capable d'affronter l'extérieur.
Son regard se porta au delà du cercle des anonymes. Il eu la confirmation de ses premières impressions. Il était bien sur un stade, plus précisément sur sur la pelouse même du stade, dans l'aire de jeu et il était entouré des joueurs des deux équipes.
Un mélange de maillots rouge et blanc avec sur le côté gauche un aigle vert, ailles et serres déployées prêtes à déchirer la proie qui croiserait son chemin,
et de maillots bleu et jaune avec au centre un requin mâchoires grandes ouvertes exhibant trois rangées de dents qui ne laisseraient aucune issue à celui qui passerait à sa porté.
Au milieu de cette mêlée trois hommes en noir un sifflet autour du cou, calmes, indifférent au tumulte qui les entourait.
La situation est grave si les croque morts sont déjà là se dit JODD.
Un autre homme apparut dans son champ de vision. Il portait une blouse blanche avec marqué sur la pochette le mot MEDICAL sur un fond de croix rouge.
Un soigneur ou un médecin, les secours sont là, tout va mieux, le spectre funèbre s'éloignait. Même dans les moments les plus difficiles JODD ne pouvait se retenir de se moquer de tout. Après tout c'était son caractère et il ne tenait pas en changer dans l'immédiat. Avec une telle arme anti- déprime, il pouvait traverser toute les mauvaises passes sans risque de XXXXXX;
La voix et le visage étaient toujours présents.

– JODD tient bon ça va aller.

JODD se mit assis, la terre avait cessé de tourner.
L'homme en blanc lui avait passé une éponge ruisselante sur le visage et la nuque.
L'eau dégoulinait dans son dos formant une coulée glacée qui s'infiltrait sous son maillot, provoquant alternativement des sensations qui allaient de l'agréable au franchement insupportable.

Deux mains puissantes le soulevèrent pour le mettre sur ses pieds.
C'est à cet instant qu'il pris conscience de l'immensité du stade, de la puissance des projecteurs qui l'aveuglaient il y a peu. Une arène bruyante, couverte de drapeaux et de banderoles.
Il eu l'impression de survoler le stade lorsque son regard accrocha l'écran géant. Il eu bien du mal à se reconnaître parmi les joueurs agglutinés au milieu de terrain. Il su alors qu'il appartenait à l'équipe des aigles.
Il ne s'imaginait pas être aussi grand, avoir des épaules aussi larges. Même s' il n'atteignait pas le volume de certains de ses coéquipiers, il était loin d'être une demie-portion.
Il fuyait les miroirs depuis que adolescent avec son mètre quatre vingt cinq et ses soixante kilos, il y avait aperçu une asperge croisée avec un haricot vert.

– JODD, tu vas sortir cinq minutes, le temps de te remettre complètement. T'as pas l'air d'avoir tout récupéré. On a un peu d'avance au score, STAN va te remplacer. Aller mon grand, viens avec nous.

Le rideau de joueurs s'écarta et JODD suivi son coach d'un pas mécanique jusqu'au banc de touche. Une fois assis, il se pris la tête à deux mains. « Galère, quelle galère, qu'est ce que fait là ; d' ailleurs c'est ou là? Tu parles d'un stade, un cirque oui » JODD laissa ses pensées errer comme pour soulager la pression, diminuer les tensions qui le prenaient en tenaille et menaçaient son équilibre interne.
« Cinq minutes, le coach avait dit cinq minutes avant de reprendre. »
Ce qui voulait dire qu'il fallait y retourner.
Cette pensée eu pour effet de finir de le réveiller complètement.
JODD se redressa, il était urgent d'en savoir un peu plus sur la situation.
L'urgent pour lui était de comprendre les règles du jeu, car plus il regardait ses partenaires évoluer sur l'aire de jeu, moins il comprenait.
Son moral en pris un coup lorsqu'il compris qu'il n'avait aucun souvenir se rapportant à ce sport. Le vide.
Le coach semblait lui accorder une importance certaine. Il pouvait mesurer sans peine le niveau de sa cote d'amour par rapport à celle de son remplaçant au volume sonore des commentaires de l'entraîneur. Pauvre STAN, tout ne semblait pas allez pour le mieux pour lui.

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- Ouahhh...! z' avez vu le caramel !
- A force de jouer avec le feu, le Stan, il a fini par se brûler.
Pourquoi il a pas passé sa balle plus tôt? Il avait le temps.
C'est pas parce qu'ils ont de l'avance qu'il faut faire n'importe quoi.
Il pourrait penser aux autres, il est pas tout seul sur le terrain. Et s'il a des balles c'est parce que les autres sont là pour les lui ramasser.
- Qu'est ce que tu veux, le Stan c'est pas une vedette.
- Ouais, y veut faire la vedette, mais la vraie vedette c'est Jodd.
– Les stars ça ne joue pas comme les amateurs du dimanche; En plus de faire le spectacle, ils leur faut en plus des émotions. S'ils ne prennent pas de risques, il n'y a plus d'enjeux, alors ils attendent le dernier moment pour passer. En plus ça énerve les défenseurs.
– Sur, si y avait pas Jodd , tu viendrais voir jouer ces deux équipes de nazes?
– Ben non.

ROB, GUS et LURY, étaient trois des plus beaux spécimens originaires de la banlieue sud.
Manquer un match des Aigles aurait été ressenti comme un jour de fin du monde.
Des trois, seul LURY avait été poursuivi par ses études, il avait fini à bout de souffle sa troisième année. Ce qui était suffisant pour le faire passer aux yeux des deux autres pour un intellectuel.
La fine fleur de la banlieue sud.
Bières, filles et grosses plaisanteries.
GUS disait à leur propos « une fille c'est comme la moutarde, plus elle est forte, plus je l'aime » En fait les seules vraies filles qu'il avait réussi à se lever, c'étaient celles qui étaient en photo sur la page du calendrier qu'il tournait à la fin du mois.

– Eh, y sort le Stan.
– Ouais il a l'air plus plus touché qu'il en a l'air.
– C'est plutôt de l'air qu'il lui faudrait, sûr...
– Z'etes dur avec lui les mecs, c'est peut être pas le meilleur de l'équipe, mais c'est pas facile de remplacer JODD au pied levé.
– En tout cas, si JODD y revient pas très vite, j'donnes pas cher de la peaux des aigles.
– T'as raison, sans JODD, y vont prendre la plumée de leur vie.

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JODD était assis sur le ban de touche et regardait la partie se dérouler devant lui. Il avait du mal à saisir les règles de base, tout allait trop vite. Les phases de jeu ne comportait que quelques passes et étaient très vite interrompue par des coups de sifflets stridents des arbitres. La fin du match approchait et la tension montait inexorablement entres les joueurs. Les aigles étaient malmenés mais ils s'accrochaient bec et ongles pour ne pas sombrer.
Heureusement, entre deux interventions verbales plutôt musclées à l'encontre de ses joueurs, le coach commentait les actions et discutait tactique de jeu avec son adjoint.
JODD à défaut de tout comprendre enregistrait en se disant que cela pourrait lui servir plus tard.
Son corps avait retrouvé toutes ses sensations, courbatures comprises.
L'esprit de nouveau en alerte, il cherchait à résoudre le problème de son devenir.
Le Boss avait dit cinq minutes, mais après qu'est ce que je vais pouvoir faire?
Le match est presque fini, en jouant la montre je vais pouvoir tenir les cinq dernières minutes de la partie.
Il savait qu'il lui restait peu de temps avant de faire son retour sur le terrain.
Depuis sa sortie, son équipe était copieusement dominée. Les lignes de défense n'étaient plus coordonnées, quand aux lignes d'attaque, elles faisaient de la figuration.
Les Aigles avaient encaissé plusieurs points de pénalité. La confortable avance du troisième tiers temps avait fondue et comble de malchance les requins venaient de nouveau de marquer.
A ce rythme, la partie se terminerait par un naufrage.
Le public ne s'y trompait pas et manifestait bruyamment son mécontentement.
Au milieu de ce vacarme, il entendait la foule scander son nom. Il réalisa alors l'ampleur de la tache qui l'attendait. Il compris que tout le stade comptait sur lui pour renverser le cours des évènements. En cas d'échec, le contrôle de cette foule en colère pourrait être délicat pour les forces de l'ordre.
L'appréhension qui lentement montait en lui au fur et à mesure qu'il s'apercevait qu'il n'avait pas saisi grand chose de la manière dont se déroulait la partie fit place à la peur. La vraie peur, celle qui vous cloue sur place.
Mais il n'eut pas le temps de la laisser s'installer.
Il croisa le regard de son coach et il compris.
– JODD, tu rentres, désolé j'ai pas le choix, STAN vient de se faire sécher. Tu te sens à la hauteur? Eh JODD, tu joues ma tête.
En fait de tête c'est plutôt à la sienne qu'il pensait quand il rentra sur le terrain.
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- Aie aie aie!
Ca va mal pour les Aigles, de plus en plus mal. Depuis la sortie de JODD, l'équipe des Aigles n'est plus que l'ombre d'elle même.
En vingt ans de télévision, je n'ai jamais assisté à un tel renversement de situation en si peu de temps au cours d'une finale.
Cette soirée, croyez moi, restera longtemps dans les mémoires des spectateurs et de nos chers téléspectateurs.
Quand pense notre consultant?
– Ce soir les Aigles étaient archifavoris. Ils devaient gagner sans problèmes, surtout face aux requins qui n'ont rien prouvé dans les matchs de qualification. Ils maîtrisaient la situation et à quinze minutes du coup de sifflet final ils avaient quinze marques d'avance au score. La fin de la partie devait être une simple formalité jusqu'à......
– Jusqu'à ce coup du sort ou JODD s'est fait sécher par l'attaque des requins et ou il a du quitter le terrain.
– JODD c'est la pièce maîtresse de l'équipe des Aigles, la tour de contrôle de toutes les actions de jeu. Dix ans qu'il est au plus haut niveau. Il a tout gagné, JODD c'est le roi du terrain, le dieu de la passe;
On a utilisé tous les superlatifs à son sujet, formidable, phénoménal, étourdissant, exceptionnel, faramineux, incroyable et j'en passe, le plus extraordinaire, c'est qu'il se bonifie avec l'age et qu'il est suffisamment jeune pour nous faire rêver encore dix ans. Depuis qu'il a gagné sa première des sept finales consécutives avec les Aigles, tout le monde l'appelle MAGIC JODD.

JODD, JODD, JODD, JODD....

– je vous laisse écouter la foule qui réclame son héros.
Je vois JODD qui vient de se lever de son banc et qui s 'apprête à reprendre sa place sur le terrain.
– Un nouveau rebondissement dans cette soirée ou rien ne nous aura été épargné. Les Aigles vont ils pouvoir résister aux requins? Qui sans jeu de mots, ce soir sont comme des poissons dans l'eau.

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JODD vérifia une dernière fois ses chaussures.
Pour réussir une bonne passe, la puissance physique ne servait pas à grand chose si l'assise n'était pas bonne.
Il couru prendre la place de STAN dans la ligne du centre. Grisé par la clameur qui lui parvenait des tribunes, il avançait euphorique vers le centre du terrain. Pour un peu, il se serait envolé comme l'aigle qu'il portait sur son maillot. Mais très rapidement, JODD redescendit de son petit nuage.
Le jeu avait repris,et il avait du mal à se situer. Ses partenaires l'avait sollicité à plusieurs reprises, mais ne sachant que faire de la balle, il s'en était vite débarrassé, à la grande surprise de toute l'équipe, par de grand dégagements au pieds.

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- Un nouveau rebondissement dans ce match fou fou fou.
JODD est revenu sur le terrain. Un JODD surprenant, mais depuis qu'il est rentré, le jeu s'est de nouveau rééquilibré. Les aigles n'ont plus encaissé de point depuis cinq minutes et ils ont refait une petite partie de leur retard.
Il semble qu'ils aient changé de tactique, qu'en pense notre spécialiste?...
– Tout à fait, j'avoue que j'ai du mal à comprendre le nouveau système de jeu.
Les Aigles ne nous avaient pas habitué à ce jeu au pieds, eux qui maîtrisaient à la perfection les lancés et les passes à la main.
Ca a pour conséquence de rendre le jeu plus mobile, et au bout du compte ce sont les Requins qui finissent le match sur les genoux.
– Sur les nageoires, les flots de la réussite se sont taris.
– C'est une façon de voir les choses.
A deux minutes de la fin du temps réglementaire, les Aigles n'ont plus q' un point de retard. Je me pose la question de savoir s'ils vont pouvoir tenir jusqu'au bout ou s'ils se feront harponner à la dernière seconde du match.

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JODD était dépassé, il ne savait plus quoi faire pour gagner du temps. Tout allait trop vite. Il ne pouvait se concentrer, réfléchir et prendre une décision rationnelle. Il jouait à l'instinct. En fait il se débarrassait de la balle le plus vite possible pour éviter de se faire charger par les mastodontes d'en face. Un e fois avait suffit.
Il alternait les coups de pieds à droite puis à gauche sans tenir compte des conseils de ses partenaires décontenancés par son attitude.
Il avait choisi d'ignorer les vociférations de son entraîneur, le visage rougi par la colère.
JODD ne saisissait que quelques mots au milieu de cette déferlante de cris : tactique, stratégie, attaque...
Il se raccrochait au peu qu'il avait enregistré sur le banc de touche comme un naufragé à sa bouée de sauvetage. Il survivait et c'était tout ce qu'il demandait à cet instant.

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– Comment qui joue le JODD? Sur , l'a pris un sacré coup sur la cafetière t' à l' heure. L'est devenu barge ou quoi?
– N'empêche, c'est pt' être n'importe quoi mais c'est efficace y prennent plus d' pions et y marquent en plus. Deux minutes qu'il reste et y z' ont plus qu'un point de retard.

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La pendule du stade égrainait les secondes, les dernières du match.
Une dernière fois JODD reçu la balle. Il était à vingt mètres de la ligne d' embut adverse.
Ses partenaires n'avaient pu le suivre. Il se retrouvait seul face à la dernière ligne de défense des Requins.
Le temps était comme suspendu. JODD avait tout le temps d'apprécier les qualités athlétiques des cinq beaux bébés de cent vingt kilos lancés dans sa direction. JODD évalua le délai de la rencontre à quatre ou cinq secondes.
Il se surpris à penser que son existence serait bien courte s'il ne faisait rien pour la prolonger.
Sans se précipiter pour autant, JODD pris ses appuis pour shooter avec toute l'énergie que peut donner la peur de mourir.
Il n' eut pas le temps de voir le résultat de son tir. Les cinq requins ne purent stopper ni dévier leur course, à peine un léger ralentissement.
JODD entendit une immense clameur puis la nuit s' abattit de nouveau.

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JODD !
Une lumière crue inonda la chambre.
– Tu as encore dormi avec ton maillot de sport?
Tu ne peux pas mettre ton pyjama comme tout le monde?
Tu n'a donc aucune pitié pour ta pauvre Mère.

La journée venait de commencer, et plus tôt mal se dit JODD.

Sept 2004, fev 2005, 29 août 2005