Cela fait trois jours que la lettre est arrivée et repose sur le bureau... Lorsque Germaine l'a reçu elle était dans une enveloppe marron, dessus une jolie écriture faite de pleins et de déliers . Sur le bord droit un timbre et un cachet inconnu venant d'étranger. Qui pouvait bien lui écrire ? Elle ne connaissait personne au Brésil. Elle a décacheté très vite cette enveloppe pour en trouver une autre toute blanche avec juste écrit dessus pour ma soeur ...

 

De surprise, Germaine l'a laissé tombée, l'a relevée et l'a placé sur le bureau , elle ne pouvait pas l'ouvrir mais depuis, pas un jour cette missive ne la laisse tranquille alors, elle la prend, la tourne et retourne, va pour l'ouvrir, hésite et la repose bien en évidence, elle ne veut pas, elle ne peux pas, trop tard ou trop tôt, il faut qu'elle remette ses idées en place...


 


 

Il y a de cela vingt ans, disparraissait son frère comme ça sans un mot sans explications. Il a fermé la porte de son appartement, a descendu l'escalier de son immeuble et s'est dirigé dehors vers la rue Ste Trinité, depuis personne ne l'a revu. Pourquoi ? Que lui est-il arrivé ? Vingt ans après elle ne sait toujours pas pourtant, elle a téléphonné aux hopitaux, été voir la police mais comme il n'était pas marié et n'avait pas d'enfants, il n'y a pas eu de suite. Elle aurait pu tout laisser de coté mais, étant seule elle aussi , elle a pris ses quelques économies et embauché un privé mais là non plus rien, son frère s'est volatilisé... évaporé...


 


 

Vingt ans après, une lettre de son frère, Germaine tremble de tous ses membres, prend le coupe papier et l'ouvre enfin...


 


 

Ma chère soeur


 


 

Lorsque tu recevras cette lettre, je serai décédé car je suis malade , bien malade , je n'en ai plus pour longtemps. Certes, j'aurai pu te laisser sans explications mais voilà, le remord me ronge comme la maladie, hélas ! Je dois te dire que j'ai tué notre mère « chérie » doucement, insidieusement, implaquablement sans que tu t'aperçoives de rien, d'ailleurs tu n'y as vu que du feu... Notre mère qui m'empêchait d'être heureux moi son petit dernier, son chouchou, son trésor, l'épaule de ses vieux jours. Elle a viré toutes mes amies de passages ou de quelques jours, cela aurait pu être pardonnable mais là où ma colère a pris le dessus c'est lorsque j'ai rencontré l'amour avec Isabella et que notre marâtre a tout saboté,sali, avili, Isabella est partie me laissant tout petit devant la gloire de ma mère. Un jour, la vengeance est venue, je lui mettais tous les soirs avec ses médicaments, une ou deux goûtes de digitaline pour fatiguer son coeur . Cela a mis du temps mais la voir s'affaiblir petit à petit me mettait en joie, une jouissance à l'état pure, j'étais le patron , enfin ! A sa mort, j'ai joué le fils épleuré et personne ne s'est douté de quoi ce soit. Tu vois tout allait bien malheureusement je n'ai jamais retrouvé Isabella , la belle brésilienne et mes excés en tout genre m'ont rendu malade. Allongé sur mon lit, je pense encore et encore à ce que j'ai fait et pour rien en plus puisque je pars vers un autre monde.


 


 

Je t'en prie ma chère soeur, pardonne moi de tout ceci mais je te décharge d'un poids, celui de me pleurer car je n'en vaux pas la peine.


 


 

Charles


 


 

Refusant la vérité, Germaine referme la lettre, la range précautieusement dans l'enveloppe et la dépose dans le tiroir , près de son lit et vaque comme si rien n'était à ses occupatons, la lettre est arrivée trop tard pour pleurer.