Coucou à tous !!! Je le mets ici aussi, pour ceux qui ne vont plus sur 360... Vous voyez que je pense encore à vous....lol

;-)))) Passez encore nous faire coucou là-bas, de temps à autre !!!!

Le Vril !!! Prologue du deuxième bouquin....
 

 

 

 

 

Prologue

 

 

 

 

 

Haut-Plateau du Tibet, 1938.

 

 

Un horizon laiteux. Partout du blanc, à perte de vue. La neige, omniprésente, leur donnait le vertige depuis plusieurs jours. Cette blancheur immaculée avait brulé leurs rétines, malgré les protections solaires. Leur progression a été difficile, entre les bourrasques de vent, les tempêtes de neige, le manque d’oxygène. Trois semaines qu’ils avaient quitté le havre de paix de Lhassa. Ils avaient été les premiers allemands à séjourner au cœur de la « Cité Interdite ». Les démarches du chef d’expédition, Franz Schuffler, avaient pris des semaines. Diplomate habile, il avait obtenu les laissez-passer nécessaires auprès des autorités britanniques. Plusieurs semaines furent encore engagées avant d’arriver au Palais du Potala. L’accueil des moines et du Dalaï lama fut extraordinaire. Peu habitués à voir des Européens de près, ils furent accueillis comme des héros. Leur séjour, prévu initialement pour quinze jours, a duré deux mois. Le départ fut triste, mais indispensable à la poursuite de leur expédition. Ils avaient chargé leur matériel sur des lamas, vérifié les réserves de nourriture, le bon état des armes, et avaient quitté la ville sous le regard ému des moines. Officiellement, leur but était scientifique. Franz Schuffler était anthropologue à Berlin. Il était accompagné de Karl Krausen, le géologue, Ernst Berger, l’historien, et Elmut Kaufman, chargé de la logistique. Tous les quatre passaient pour être des sommités dans leur domaine. Un soin tout particulier avait été apporté à leur sélection, commanditée par Schuffler, à l’origine de l’expédition.

Schuffler repensa avec ironie à leur couverture. Leur attirail scientifique était destiné à un tout autre usage que celui raconté aux autorités tibétaines. Ce qu’ils cherchaient n’étaient ni de la roche, ni des échantillons de neige, et avait une toute autre valeur. Leur découverte permettrait à leur chef spirituel de devenir tout puissant. Ils étaient tous membres de l’Ahnenerbe, la communauté scientifique fondée par les SS. Le Reichsfürher-SS, Heinrich Himmler, les avait personnellement remerciés avant leur départ pour leur implication dans la lutte pour la suprématie de la race Aryenne. Il avait lui-même contribué au financement de l’expédition, et avait sollicité tous les dirigeants du Parti. C’est le cœur gonflé d’orgueil et de fierté nationale qu’ils prirent l’avion en partance pour l’Inde. Plusieurs semaines plus tard, perdus dans le froid et la neige, tout ceci leur paraissait si loin. Les vivres commençaient à manquer, et le moral s’émoussait rapidement. Leur vitesse de croisière avait chuté considérablement, et les visages accusaient les stigmates de la fatigue. Leur dernière nuit de sommeil remontait à trois jours déjà, quand ils avaient pu établir le bivouac sur un petit espace à l’abri des vents violents de la région. Ils avaient perdu du temps à rechercher l’emplacement supposé du berceau de la race Aryenne, l’Hyperborée. Le lieu mythique où vécut le Peuple au-delà des neiges. A l’intérieur de ce sanctuaire reposait un secret, découvert par hasard plusieurs mois plus tôt. Schuffler faisait des recherches sur la civilisation Européenne à la bibliothèque de Berlin quand il tomba sur plusieurs feuillets poussiéreux au cœur des archives oubliées des sous-sols. Sa curiosité piquée au vif, il tenta d’en déchiffrer le contenu. Le texte calligraphié racontait en vieil allemand l’histoire des Hyperboréens. Ses yeux s’agrandirent au fil de sa lecture. Il n’en croyait pas ses yeux. Ce qu’il tenait dans ses mains était la biographie d’une sorte de sage qui racontait par le détail la création qu’il venait de livrer à son peuple. Si cette pièce était retrouvée, le monde serait aux mains de son détenteur. Il remonta quatre à quatre les marches qui le menèrent au bureau du Conservateur en Chef. Celui-ci fut incapable de lui expliquer ni la provenance de ces documents, ni quand la Bibliothèque fut entrée en sa possession. Excités tous les deux, ils avertirent le bureau local de la SS, qui avertirent Himmler en personne. Celui-ci convoqua le lendemain Schuffler à son bureau, et lui demanda de lui expliquer en quoi sa découverte était fondamentale pour le Parti. Lorsque sa démonstration fut terminée, les yeux du Reischsführer-SS brillèrent de convoitise. Il lui donna l’ordre de monter une expédition en urgence pour se rendre à l’endroit supposé de l’atelier de ce sage, quelque part au Tibet d’après les descriptions des parchemins.

Les quatre hommes avaient exploré la majeure partie des montagnes de la région. Rien ne laissait penser à l’existence d’une civilisation sous cette masse de neige. A vrai dire, ils ne croyaient plus trouver quoi que ce soit ici. Schuffler lui-même commençait à douter de son interprétation des antiques textes. Ses motivations étaient pourtant intactes. Il fallait qu’il trouve cet endroit s’il existait. Les documents, aujourd’hui enfermés dans un coffre-fort du Reichstag ne pouvaient pas mentir. Ses compagnons l’avaient poussé à prendre une décision à contrecœur. La nuit précédente, ils décidèrent de chercher encore quelques heures le lendemain, et de rebrousser chemin vers Lhassa. Tant pis s’ils revenaient bredouilles à Berlin, ce n’était pas la peine de s’acharner à courir après des chimères. Il avait ravalé sa déception, mais ne pouvait pas se permettre de risquer une mutinerie. A cette altitude, le mal des montagnes ne pardonnait pas, et l’ivresse était capable de leur faire commettre les pires folies. C’est donc la mort dans l’âme qu’il parcourait les derniers kilomètres, comptant sur un miracle. Du coin de l’œil, il remarqua que les autres attendaient son signal pour le retour. Ce message subliminal était de plus en plus appuyé, de plus en plus visible dans leurs expressions. La tension qui régnait sur ces montagnes prenait des teintes de mort. La sienne ou celle de l’équipe entière.

Dans l’après-midi, les réserves de vivres touchaient presque à leur fin. Les hommes tenaient des conciliabules lorsqu’il s’éloignait, pour les interrompre à son retour. Il sut que le périple était fini. Il profita d’une pause pour entériner sa décision. Il les réunit rapidement pour leur annoncer qu’il était temps de faire demi-tour, que continuer plus avant était suicidaire. Il prit comme une bénédiction le soulagement dans leurs regards. Berger se permit même une tape amicale sur son épaule, assortie d’une phrase réconfortante. Il les vit prendre leurs sacs, deviser joyeusement, et nettoyer rapidement les alentours. Alors qu’ils commençaient à marcher, il se détourna et scruta longuement l’horizon. Un rideau de neige porté par le vent s’élevait comme une barrière infranchissable un peu plus loin. Il se demanda avec amertume ce qu’il se cachait derrière. Il attendait un signe qui ne vint pas. Les bourrasques de vent redoublèrent d’intensité, et il finit par attraper son sac et partir à vive allure pour revenir au niveau de ses compagnons. Il restait silencieux, perdu dans son sentiment d’échec. Ses associés avaient un tout autre état d’esprit. L’idée de retourner au chaud au Palais leur donnait des ailes. Dans l’euphorie, aucun ne remarqua les nuages qui commencèrent à s’amonceler au-dessus de leurs têtes.

Ils savaient qu’il leur restait juste de quoi tenir jusqu’au retour à Lhassa. La joie au moment de prendre le départ avait été vite estompée à la pensée des jours de marche qui les attendait encore. Silencieusement, ils évoluaient à travers les montagnes, guidés par leur boussole. Schuffler leva machinalement la tête vers le ciel, et fronça les sourcils. Il avait senti depuis une heure ou deux que la température extérieure chutait régulièrement. Obnubilés par l’éclat aveuglant du soleil sur les milliards de cristaux de neige, ils ne prenaient pas garde à l’évolution du temps. Il jura si fort que ses compagnons sursautèrent, et le regardèrent comme s’il avait perdu la raison.

- Was ?

- Regardez le ciel ! Il s’est couvert de nuages ! Une tempête de neige se prépare !

Ils prirent conscience du danger. Elle semblait bien plus menaçante que celles qu’ils avaient connues jusque là. Le vent soufflait de plus en plus fort, et ils surent qu’ils seraient coincés s’ils ne trouvaient pas très rapidement un abri. Avec la fatigue qu’ils avaient accumulée ces derniers jours, ce serait courir au suicide que de vouloir l’affronter. Tous se regardèrent sans savoir que faire. Schuffler examina les alentours, à la recherche d’une paroi, d’une cavité, où ils pourraient se protéger. Sa tête finit par effectuer une rotation complète sans apercevoir ce qu’il escomptait. Il leur ordonna de se mettre en route sans attendre, dans l’espoir d’en trouver une plus loin. D’abord virevoltants autour de leurs bonnets de laine, les flocons se firent rapidement plus gros, et plus fournis. Schuffler tentait de ne pas céder à la panique. Il guidait les autres, en luttant contre la fatigue. Des flocons vinrent se loger dans les poils drus de sa barbe. Très vite, la visibilité se réduisait à vue d’œil. L’horizon n’était plus qu’un vaste brouillard. La neige exécutait un ballet, dans une chorégraphie dessinée par le vent. Leurs pas s’alourdissaient, et bientôt ils durent se débarrasser de leur matériel superflu pour continuer la progression. Le couteux matériel scientifique, inutilisé, jonchait le sentier dessiné par leurs chaussures de montagne. Lorsque Schuffler se retourna quelques minutes plus tard, il ne vit plus qu’une masse informe d’objets, déjà recouverts d’un monticule immaculé. Il lui était impossible de faire le point sur leur progression, la boussole étant illisible. S’il l’avait sortie, la carte se serait immédiatement envolée dans les bourrasques.

En tête de la colonne, il vit Berger s’écrouler de fatigue sur le manteau. Il dépassa ses compagnons en les écartant d’une bourrade et attrapa l’homme à terre par le col.

- Debout, ordonna-t-il sèchement. Continue à marcher !

- Je suis si fatigué. J’en ai marre.

- Dormir ici te vaudra la mort ! Allez, en avant !

Berger repartit en titubant. Schuffler le considéra en laisser passer devant lui les autres. Il comprit qu’il ne leur restait pas énormément de temps, avant de sombrer définitivement. Il leur emboita le pas, quand Berger disparut à l’intérieur de la couche de neige, dans un craquement sinistre, qui se fit entendre par delà le vacarme de la tempête. Un temps incrédules, les hommes s’approchèrent de la gueule de la crevasse qui venait d’avaler l’historien.

Peu profonde, ils aperçurent le corps de leur collègue qui se tordait de douleur, un peu plus bas. Ses gémissements résonnaient sur les parois glacées de la crevasse. D’un commun accord, ils installèrent leurs crampons acérés sur les semelles de leurs chaussures et entreprirent de descendre dans le boyau. A l’aide d’une corde fixée solidement dans la neige, ils se laissèrent glisser jusqu’en bas. Schuffler observait avec émerveillement la couleur bleue d’une pureté incroyable qui tapissait les parois. Il se rendit compte en touchant le sol qu’ils ne se trouvaient pas dans une crevasse comme ils le pensaient, mais dans une sorte de caverne, obstruée par une épaisse couche de neige. Kaufman examinait déjà le corps endolori de Berger, le palpant sous toutes les coutures. Krausen examinait lui aussi l’intérieur de la cavité.

- Au moins nous serons à l’abri ici, en attendant une accalmie, dit-il avec un soulagement non feint.

- Oui, acquiesça mollement Schuffler.

Il semblait perdu dans ses pensées. Krausen fronça les sourcils, et s’approcha de lui. La main qu’il posa sur son épaule fit sursauter l’anthropologue. Lorsqu’il se retourna, ses yeux brillaient d’excitation. Il se dégagea d’une secousse, et fit le tour de la salle. Il inspectait intensément chaque centimètre carré de glace. Au-dessus d’eux, la tempête qui faisait toujours rage ne s’entendait plus que dans un murmure. Kaufman se releva dans un soupir.

- C’est bon, plus de peur que de mal. Une ecchymose sur la hanche, mais tu devrais pouvoir marcher jusqu’à…

Il s’interrompit lorsqu’il prit conscience de ce qu’il se passait. Krausen lui fit un signe de tête pour l’inviter à observer Schuffler. Berger se joignit au mouvement. Schuffler semblait presque en transe. Chacun devinait le volcan qui dévorait ses entrailles. Il parcourait la pièce en grattant la couche de glace de son piolet, avec à chaque fois des grognements de satisfaction. Il se redressa enfin, et plaqua un sourire sur ses lèvres. Sans même s’enquérir de son état, il s’adressa à Berger, l’historien de l’expédition.

- Peux-tu nous rappeler ce que dit le texte qui parle de l’entrée du sanctuaire ?

- Facile ! Je ne cesse de me le répéter depuis qu’on a commencé cette maudite expédition : « Lorsque nous voulions retrouver le berceau de notre pouvoir, nous nous réunissions sous un ciel étoilé de milliers de constellations, sous la voute percée d’un puits vers les cieux, seul accès au Saint des Saints. L’hyperborée nous attend alors sous les flammes ardentes de l’astre divin qui entame le début de son règne. ». Que cela nous apporte-t-il de nouveau dans ce cul-de-basse-fosse ?

- Attends, tu vas comprendre. Krausen, quelle sont les minéraux que l’on peut rencontrer dans la région ?

- Tu as vraiment besoin que je le répète ? Tout le monde le savait avant de partir. Nous avons suffisamment informé les uns et les autres de ce que l’on peut savoir sur la région.

- Je t’en prie, redis-le-nous.

- Du charbon, du fer, du borax, de la chromite en grande quantité, mais aussi un peu de granite, de bauxite, dans des proportions moindres, répond-il dans un soupir.

- Si je me souviens bien, le granite est composé, entre autres, de quartz, de feldspath, mais aussi de mica, c’est ça ?

La géologue approuva d’un grognement. Les autres se demandaient si Schuffler n’avait pas perdu la raison, et s’il n’oubliait pas le côté désespéré de leur situation. Il évoluait désormais en faisant de grands gestes, les yeux toujours empreints de cette illumination. Kaufman pensait avec gêne que le chef d’expédition n’avait pas résisté lui-même au mal des montagnes. Il poursuivait son exposé avec excitation.

- Quelles sont les propriétés du mica ?

- Il a une structure feuilletée, se compose de silicate d’aluminium et de potassium, a une résistance incroyable à la chaleur, a un aspect métallique…

- Stop ! Voilà, il a un aspect brillant et métallique, c’est ça qui m’intéresse.

Le silence, troublé uniquement par les sons déformés de la tempête, se fit dans la caverne. La clarté bleutée dessinait sur leurs visages des arabesques, faisant ressortir l’incrédulité face à l’exaltation de Schuffler. Sans un mot, il fourragea nerveusement dans son sac, cherchant un objet dont ils ignoraient tout. Les gobelets, les couverts, et le matériel de montagne s’éparpillait autour de son paquetage, quand il extrayait enfin un flacon avec un cri de triomphe. Il s’empara de l’épaisse écharpe de laine lovée autour du cou de Kaufman et versa le contenu du flacon sur les fibres. Berger s’était relevé péniblement et se tenait avec ses compagnons face à leur chef d’expédition. Il se massait la hanche pour tenter de chasser la douleur. Schuffler sortit de sa poche une allumette qu’il craqua pour enflammer l’écharpe, imbibée d’alcool à bruler. Il posait avec application son brûlot sur le sol, et se releva pour admirer le spectacle. Ses compagnons restèrent bouchée bée de saisissement. La lumière apportée par les flammes était renvoyée par milliers de point lumineux sur toutes les parois de la caverne. Schuffler partit d’un rire gras, et les interpela.

- J’étais en train de remarquer la présence de mica derrière la couche de glace, quand je me suis souvenu des vers du parchemin. Messieurs, comment trouvez-vous mon ciel étoilé ?

- Incroyable, souffla Berger. Et le puits vers les cieux, c’est…

- Oui, le passage que tu as découvert et emprunté pour arriver ici, le coupa Kaufman.

Ce dernier s’avança au rythme d’un automate vers Schuffler. Comprenant soudain le sens de tout ce qui l’entoure, il bredouilla.

- Mais… Alors, ça signifie que…

- Oui mon ami ! Après l’avoir cherché pendant des jours entiers, avoir fouillé tout les plateaux, les montagnes aux alentours, et avoir renoncé, notre ami Berger a mis les fesses dessus, si j’ose dire.

Théâtral, il leva les mains vers les cieux, et tournant lentement sur lui-même. Sa voix forte résonna à en faire trembler les hommes de l’Ahnenerbe.

- Messieurs, nous voici au point que nous cherchions, l’instant est historique ! De ces montagnes naquit la race aryenne. Plusieurs millénaires après l’avoir perdue, nous venons d’en retrouver la trace. Sous nos pas se cachent les secrets de nos ancêtres.

- Et va-t-on attendre le lever du jour, comme semble l’indiquer le texte ? Après tout, après avoir dormi si longtemps, ces mystères peuvent bien attendre encore quelques heures, souffla avec ironie Krausen.

Schuffler jeta sur lui une moue dédaigneuse. Ses yeux devinrent deux billes noires qui transperçaient virtuellement son cœur. Il baissait les mains lentement, comme à regret.

- Non, ce n’est pas utile, et je m’étonne qu’un érudit comme toi ne soit pas capable de calculer où se lèvera le soleil.

Joignant le geste à la parole, il sortit de sa poche sa boussole, à la recherche de l’est. Il se mit en face de l’aiguille et apprécia l’angle de pénétration des rayons solaires sur le puits d’accès. Il tendit la main selon cet axe, jusqu’au bout de la caverne. Soudain silencieux, les autres le regardaient faire avec appréhension. Il alluma une lampe-tempête sortie du sac de Kaufman et marchait avec application dans la direction qu’il avait repérée. Un instant hésitant, Berger finit par se mettre à la suite du chef d’expédition. Il fut très vite imité par Krausen et Kaufman. Aucun d’entre eux ne voulait perdre une miette de la suite. Les quatre hommes débouchèrent dans une petite niche, creusée à même la roche. Schuffler leur indiqua du doigt une plaque rectangulaire en pierre scellée dans la paroi, sur laquelle un symbole ressemblant à un svastika était gravé.

- Nous y sommes, souffla Kaufman. C’est l’emblème du parti.

- Non, corrigea Berger, heureux de pouvoir mettre à profit ses connaissances d’historien. C’est le parti qui a réutilisé ce symbole. Il a été utilisé depuis l’ère préhistorique, avant d’être mis en valeur par le Führer.

Agacé, Schuffler les écoutait à peine. Il se demandait comment diantre entrait-on dans le sanctuaire. Il chercha à tâtons une trappe, une cavité avec un système de manœuvre, n’importe quoi. Ses doigts finirent par effleurer la plaque, qui s’enfonça dans la paroi, suivie d’un bruit qui lui parut métallique. Un grondement s’éleva des entrailles de la montagne, et de l’autre côté de la caverne, un mur de glace se brisait dans une explosion d’argent. Ils se retournèrent en sursautant, comme un seul homme. Sous leurs yeux ébahis, une ouverture qui aurait permis de faire passer trois hommes en même temps dessinait une fenêtre sur le bleuté de la glace. Ils se relevaient et avançaient lentement vers celle-ci. Dieu sait quelles découvertes ils étaient sur le point de faire. Chacun d’entre eux était conscient que leur vie serait différente à compter de cet instant. Chacune des secondes qu’ils vivaient resterait gravée dans leur mémoire, source de récits sans fin pour les générations futures. Krausen pensa à ce qu’avait du ressentir Howard Carter lorsqu’il découvrit le tombeau de Toutankhamon. Depuis qu’il l’avait mis au jour il y a seize ans, il était la coqueluche des milieux archéologiques de la planète. Le géologue souriait à l’idée que leur trouvaille ferait d’eux les héros du Reich.

Ils entrèrent dans la pièce, guidés par l’halo de la lampe-tempête de Schufller. Leurs yeux s’écarquillèrent devant la majesté des lieux. De hautes statues représentant des divinités s’étalaient sur tout le périmètre de la vaste salle. Elles étaient sculptées si finement qu’ils auraient jurés que leurs regards de pierre se dirigeaient sur eux, et qu’ils s’offusquaient de leur profanation. Leurs pas résonnaient sur le dallage de roche qui recouvrait le sol. Au fond, un trône sculpté dans la masse reposait depuis des temps séculaires. Ils imaginaient l’impression que devait produire l’environnement sur les invités de celui qui y siégeait. Schufller admira le système de poulies et de contrepoids qui avait permis l’ouverture du panneau qui obstruait l’accès. Il imagina mélancoliquement l’avance technologique dont disposait ce peuple. Le sentiment d’en être l’un des héritiers le conforta dans le bien-fondé de sa mission.

- Regardez, il y a un passage sur la droite, remarqua Berger.

Ils s’en approchèrent à pas de loup. Lorsqu’ils furent tous de l’autre côté, Schuffler éleva sa lampe à hauteur des yeux. Les murs comportaient toutes sortes de gravures. A plusieurs reprises, le symbole gravé sur la plaque d’ouverture dans la caverne était représenté. Des tentures de soie étaient accrochées en longs rubans colorés sur les murs. Malgré les années, ils étaient dans un état de conservation impeccable. Au centre, sur un autel de marbre, une boite en bois verni reposait sur un tapis de tissu. Schuffler s’en empara pour l’examiner. Ciselé avec précision, le couvercle exposait à sa vue des symboles mystiques, dont le sens lui échappait.

- Et si c’était vraiment…, se dit-il.

Les mots calligraphiés sur les parchemins lui revinrent en mémoire. Il ouvrit doucement la boite, comme si un explosif ou une machinerie infernale en piégeait l’accès. Son souffle s’arrêta lorsqu’il vit ce qu’elle contenait. Il n’osait en croire ses yeux, une pure merveille !

- Alors, Schuffler ! Est-ce bien ce que nous cherchions, tonna Krausen dans son dos.

Il referma la boite, avant de la glisser sous le bras. Il se retourna vers ses compagnons. Il prit une profonde inspiration, et les toisa du regard.

- Mes amis, vous aviez douté de moi, vous me preniez pour un fou encore ce matin, mais le Reischsführer-SS Himmler serait fier de nous, s’il savait ce que nous venons de découvrir. Oui, il s’agit bien de ce que nous cherchions.

- Formidable, il faut de suite que nous rentrions à Lhassa, pour prendre le premier vol pour Berlin, exulta Berger. J’ai du mal à croire ce que cela va apporter au Reich.

Schuffler se détourna, laissant ses camarades à l’euphorie, et mit la main dans sa poche pour vérifier la présence du Luger qu’il avait emporté. Il reposa avec cérémonie l’écrin sur le tissu et sortit silencieusement son arme. Dans son dos, Kaufman participait à la projection dans l’avenir.

- Himmler fera de nos noms et de nos vies un emblème aussi important que le sien propre. Nous serons acclamés par tous les membres du parti ! J’ai hâte de poser ceci sur son bureau !

- Himmler n’en saura rien, et la SS non plus, gronda Schuffler.

Sa voix s’était faite aussi sombre que la nuit. Cela jeta un froid sur l’assemblée. Tous l’observèrent avec circonspection. Lorsqu’il fit volte-face, la gueule du Luger braquée sur eux les fit frissonner. Les sourires étaient retombés, au profit d’une terreur sourde mêlée d’incompréhension.

- Schuffler, que signifie ceci ? Vous êtes devenu cinglé ?, pesta Kaufman.

- Non, mon ami. Je suis désolé de vous l’apprendre ainsi, mais ce coffret ne doit pas revenir à Himmler, et encore moins à Hitler. Sa valeur dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. Le Führer est un malade qui l’exploiterait dans un but contraire à nos aspirations. Ce secret, gardé depuis des siècles, serait en de mauvaises mains si je vous laissais le rapporter à Berlin.

- Schuffler, vous ne pensez pas une seconde ce que vous dites ? C’est le mal des montagnes qui vous tourne à la tête, soyez raisonnable, et baissez votre arme, supplia Berger.

- Je suis désolé, messieurs. Vous étiez des compagnons agréables et très compétents, mais je crains que notre route s’arrête ici.

Le Luger cracha la mort à trois reprises. Schuffler attendit que le nuage de poudre se dissipe pour récupérer la boite et enjamber les trois cadavres. Il leur accorda un dernier regard, et traversa la grande salle.

- Je suis vraiment désolé, marmonna-t-il. Que vos âmes trouvent le repos qu’elles méritent.

Il reparut dans la caverne et vida les sacs désormais inutiles de ses compagnons. Il regroupa rapidement ce qu’il restait de nourriture et d’eau dans son sac, et ouvrit la boite avant de la ranger dans une poche latérale. L’anneau était vraiment magnifique, en dehors des pouvoirs qu’il permettait à son détenteur. Prêt à partir, il prit dans le sac de Kaufman deux bâtons de dynamites qu’il coinça dans sa ceinture. Lorsqu’il déboucha à l’air libre, grâce aux cordes qu’ils avaient laissées, il constata avec bonheur que la tempête s’était calmée. Le soleil éblouissait la neige de mille feux. Il coupa avec un couteau de chasse les cordes qu’il laissait retomber au fond de la caverne. Il prit le temps de noter sur carte la position géographique de celle-ci et planta les deux bâtons d’explosif au bord du puits. Lorsqu’il eut fini de doubler les mèches, il craqua une allumette pour les amorcer.

Courant à perdre haleine, il voulait s’assurer que le puits serait comblé. Lorsqu’il estima être à l’abri, il attendit patiemment la détonation. Lorsqu’elle parvint, la neige trembla autour de lui. Au-dessus du puits, elle s’élevait majestueusement avant de retomber en fines volutes de poussière blanche. Rassuré, il mit son sac sur son épaule et prit la route du monastère.