Pascal Blondiau Published on November 1st, 2007
by Pascal Blondiau

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Les tablettes de Nasreddin

Thursday November 1st, 2007 at 04:30PM

Ça tiraillait des deux côtés. les forces akkadiennes avaient reçu du renfort et prenaient peu à peu le pas sur les babyloniens. Au milieu de ce champ de tir - que l’on aurait dit construit pour l’exercice, si les deux forces en présence ne se faisaient face - pris dans le feu croisé des adversaires, le corps désarticulé de Nasreddin, toujours debout, brandissait bien haut un sac de toile grossière, comme s’il voulait le protéger de la marée de plomb et d’acier qui l’emportait. Quand les tirs cessèrent, on vit d’un coup son corps s’affaisser et se coucher lentement dans le sable. Comme mû par un sursaut extrème de volonté, le corps sans vie de Nasreddin avait planté genou en terre, présentant toujours au ciel son sac de jute, comme le présent d’un simple mortel - et mort, d’aillurs - à quelque divinité colérique.

Quand on l’emporta, quelques heures après la bataille, il serrait toujours dans sa main déjà sèche, son petit sac de toile. Il avait seize balles dans le corps, dont six dans les jambes, deux dans le coeur, et trois dans la tête. Seize, sans compter celle qui lui avait éclaté le coude droit - et qui était ressortie, faute de viande pour amortir sa fuite. Mais pas une seule balle plus haut que le coude, pas une seule balle dans le sac. Pas une seule balle qui, dans sa course aveugle, eut brisé les précieuses tablettes. On le sait par le docteur Ortov, celui-là même qui dégagea les tablettes de la main de Nasreddin, comme on recueille le dernier soupir d’un condamné qui rend l’âme, la dernière confession, celle qui sauve une vie de la médiocrité ou finit dans un dictionnaire local des citations. Il est donc certain, aux dires du professeur Ortov, que les tablettes accompagnaient le petit cadavre recroquevillé dans sa civière, vers la tente sanitaire du camp archéologique.

C’est probablement là, dans cette petite tente blanche marquée d’une grande croix rouge, qu’elles furent volées.

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9 Comments / add your comment?

Roland Platteau says:
émouvante histoire!
inventée de vous-même?
ça "catapulte" les époques les thèmes et les évocations, très réussi!

Je suppose que vous connaissez personnage (comique, mais qui donne à penser, genre Till Eulenspiegel) de Nasreddin efendi
Posted 12 months ago. ( permalink / translate )
Pascal Blondiau says:
Pour être honnête, ce n'est effectivement que le début d'un projet... que je ne finirai probablement jamais, comme beaucoup. Mais je le trouvais assez évocateur, oui.

Quant à Nasreddin Efendi, eh bien oui - je l'ai découvert dans une série de contes publiés en esperanto. Comme quoi...
Posted 12 months ago. ( permalink / translate )
Pascal Blondiau edited this comment 12 months ago.
Charp says:
Etrange, ce télescopage d'époque, et pour le reste, très prenant.
Posted 12 months ago. ( permalink / translate )
Pascal Blondiau replies:
Assez curieusement, c'est en lisant du steampunk que je me suis dit que ce téléscopage était possible...
Posted 9 months ago. ( permalink / translate )
Démocratie ! says:
mais c'est magnifique ça !
je veux la suite : quand on promet comme ça, il faut s'exécuter...
Posted 10 months ago. ( permalink / translate )
Pascal Blondiau replies:
héhé... Pour ça faut (1) du souffle, (2) de l'indulgence envers soi-même, histoire de se pardonner les éventuelles lourdeurs et autres maladresses... et je ne suis pas sûr d'avoir l'un ni l'autre...

Sinon, oui - je connais la fin de l'histoire
Posted 9 months ago. ( permalink / translate )
Losilue replies:
il faut se pardonner et il faut oser. Ne pas briser l'élan vital au nom d'un certain perfectionnisme/orgueil ?
et après on remanie, on rechange, la vie quoi....
;-)
Posted 9 months ago. ( permalink / translate )
Pascal Blondiau replies:
Je te remercie de tes conseils, Losilue. Je tâcherai d'en faire bon usage et d'arrêter d'emmerder tout le monde avec mes doutes ;-)
Posted 9 months ago. ( permalink / translate )
Losilue replies:
moi qui déteste les "il faut" je n'y ai pas été de main morte ! Bon, tout cela pour dire la même chose que l'autre fois, on y va, même si ce n'est pas "parfait". Ya tout le temps plus tard de "resserrer les boulons". ;-)
Posted 9 months ago. ( permalink / translate )

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