si il y a un sujet qui me tient à cœur c'est bien celui la excuser le copier collé mais je trouve que c'est grave et que nos gosses on besoin d'y réfléchir .
"T'es moche", "t'es grosse"… : des ados harcelés à en mourir
Créé le 24-04-2013 à 20h27 - Mis à jour le 28-04-2013 à 08h58

Par Isabelle Monnin

A l'école, 10% des élèves seraient victimes d'insultes ou de coups répétés. Certains, à bout, ont été poussés au suicide.
Mots-clés : violence, école, Suicide, harcèlement, Adolescence
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Harcèlement entre enfants et adolescents à l'école. (DURAND FLORENCE/SIPA)
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"T'es grosse", "tu pues", "t'assieds pas à côté de moi", "file-moi ton dessert", "t'es moche", "ne me regarde pas", "t'es mal habillé", "sale fayot" ... C'est une petite tyrannie souterraine, un serpent qui distille son venin sous les tables des salles de classe, dans les recoins des cours de récréation et jusque dans les smartphones et les ordinateurs familiaux, avec les insultes répétées en boucle sur les murs des réseaux sociaux. Un totalitarisme larvé qui broie insidieusement la confiance des victimes jusqu'à, parfois, les amener au pire.
Le 8 février dernier, Matteo, 13 ans, en classe de quatrième à Bourg-Saint-Maurice, se pend dans sa chambre. Ses parents, assommés, expliquent qu'il était le souffre-douleur d'un groupe d'élèves et qu'ils ont eu beau porter plainte et alerter le collège (et encore le matin du suicide de leur enfant), le calvaire de leur fils n'a pas cessé. Cinq jours après son décès, une enfant du même âge se pend à son tour à Vaugrigneuse, dans la région parisienne. Avant de mettre fin à ses jours, Marion a rédigé une lettre dans laquelle elle évoque les brimades dont elle est la cible au collège. Très bonne élève, réservée, Marion avait peu d'amis. Les élèves de sa classe parlent d'enfants méchants avec elle, de mots blessants qu'ils lui infligeaient, une violence discrète et répétée comme une torture. Jusqu'à, comme Matteo, la priver d'air.
Fléau sous-estimé
Le commandant de police Roselyne Venot fait partie de ceux qui ne se résignent pas. Après avoir dirigé pendant dix ans la brigade des mineurs des Yvelines, elle a intégré en 2009 le Centre académique d'Aide aux Ecoles et aux Etablissements (CAAEE) et les équipes mobiles de sécurité de l'académie de Versailles, chargées d'intervenir contre les violences en milieu scolaire. Pour elle, le harcèlement est un fléau encore sous-estimé. "C'est pourtant une violence qu'il faut prendre en compte autant que des coups portés, des insultes ou des abus sexuels", dit celle qui tente de sensibiliser les chefs d'établissement et les enseignants à la détection et au traitement du problème.
Le harcèlement à l'école est souvent un phénomène collectif : un enfant est la cible d'un groupe mené par un leader. "Le mécanisme est ensuite le même que ce que l'on peut observer dans les faits de harcèlement au travail : des microviolences répétées par un groupe au sein duquel certains ont pris le pouvoir", explique-t-elle.
Piège
Physique, vêtements, couleur des cheveux ou de la peau, défaut d'élocution, place dans la classe, réussite scolaire : tout peut donner du grain à moudre au harceleur. A un âge où le conformisme au groupe est une bouée de sauvetage, la moindre différence peut déclencher des remarques désobligeantes. Un enfant aime lire ? Hou, l'intello ! Il répond aux sollicitations des professeurs ? Le fayot ! Il est félicité ? Le chouchou ! C'est ainsi que ce qui est valorisé par les adultes (avoir de bons résultats, être attentif en cours) peut être une porte vers l'enfer.
Pris en grippe, l'élève harcelé est vite dans un piège dont il lui est difficile de sortir : solliciter les adultes, c'est trahir la communauté adolescente, dont il est déjà le mal-aimé. C'est aussi prendre le risque de se voir répondre qu'on exagère : "Des chamailleries, des embrouilles, il y en a toujours eu, il y en aura toujours."
Baisse brutale et générale des notes
"On a souvent tendance à relativiser, dit Roselyne Venot. Pourtant lorsqu'elles sont répétées et systématiques, même des microviolences peuvent devenir vraiment problématiques." Et empêcher de respirer l'enfant harcelé, qui est sans cesse sur le qui-vive, qui ne peut aller à l'école sans appréhension - que vont-ils lui faire aujourd'hui ?, qui sans rien dire émet de discrets signes d'alerte qu'il faut savoir détecter : les notes chutent dans toutes les matières, l'enfant se met à multiplier les retards en classe, il ne va plus en récréation ou à la cantine, il est triste, dit qu'il veut mourir. Bref, il change. Comme tous les adolescents ? Pas sûr : si les sautes d'humeur sont banales quand on a 14 ans, la baisse brutale et générale des notes n'est par exemple pas un passage obligé et doit poser question.
Que faire alors ? Forte de son expérience de policière, Roselyne Venot estime que "l'essentiel est de sortir l'enfant de son statut d'élève et de le considérer comme une personne à plusieurs facettes. Il faut lui parler sans fermer aucune porte pour ne pas le braquer et ne pas louper une explication : est-il en retard parce qu'il a peur d'aller au collège ou parce qu'il doit s'occuper de ses petits frères ? Ne va-t-elle plus à la cantine parce qu'elle redoute de prendre un gramme ou parce qu'elle craint d'y croiser des camarades malveillants qui exigent qu'elle s'assoie loin deux ? Il vaut mieux dire à l'adolescent : 'J'ai remarqué des choses dans ton comportement qui me préoccupent, veux-tu en parier avec moi ?', plutôt que : 'Es-tu harcelé par des camarades ?'".
Une forme de soumission
Une fois que le harcèlement a été identifié, il faut, dit-elle encore, garder à l'idée que l'adolescent, en matière de harcèlement à l'école comme de violences familiales, ne dira jamais tout ce qu'il a subi. Tout ne lui semble pas grave, il a intégré une forme de soumission. Un garçon, appelons-le Tom, était ainsi devenu le punching-ball de ses copains, sans rien en dire à ses parents et notamment à son père, policier. Seule précaution qu'il prenait : il superposait les couches et enflait jusqu'à trois pantalons pour que les coups de poing et de pied qu'il prenait à chaque récré ne laissent pas de marques sur ses jambes. Quand il a fini par craquer et raconter à ses parents, ceux-ci sont tombés des nues : Tom invitait régulièrement ses bourreaux à la maison. Ils étaient autant ses bourreaux que ses amis. Et lui une victime qui aurait tellement aimé être leur complice.
A l'âge compliqué de l'adolescence, où chacun cherche une place, le bouc émissaire résiste longtemps à s'avouer comme tel. Ainsi François a-t-il tenu trois ans avant de raconter à sa mère que chaque matin en arrivant un groupe le "saluait" en lui donnant un petit coup derrière la tête, qu'en classe on lui jetait des gommes dessus quand les profs avaient le dos tourné et que dès que l'occasion se présentait on essayait de lui baisser son pantalon. François le " différent ", qui parfois agaçait les profs par son érudition un peu précieuse, habitué à être à l'écart, a pourtant fini par craquer, épuisé. Mais, lorsque sa mère est venue faire un barouf au collège, exigeant que l'on change son fils d'établissement, il a tenté de relativiser : "Non, mais c'est bon maintenant, je me suis habitué, ma mère dramatise."
Boucs émissaires et bourreaux en culottes courtes
C'est souvent ce que les chefs d'établissement pensent d'ailleurs, quitte à frôler la non-assistance à personne en danger : que les parents dramatisent, qu'ils infantilisent leurs petits, ne comprennent pas que l'école est un lieu de frottement où l'on doit aussi apprendre à se défendre, que, depuis que l'école est l'école, des boucs émissaires permettent à des bourreaux en culottes courtes de se faire la main. C'est ce que la principale a expliqué aux parents de Lola, qui venaient de découvrir que leur fille n'allait plus en récréation depuis des mois : "Oui, il y a des embrouilles entre filles, ça a toujours existé, ne vous en mêlez pas..."
Pourtant, pour Roselyne Venot, il est important que les parents soient là quand le harcèlement est établi. "Il faut prendre le temps d'entendre tout le monde et de trouver la meilleure réponse, dit-elle. On a souvent tendance à vouloir aller vite, à punir et hop ! à passer à autre chose."
La victime doit s'entendre dire qu'elle est victime et le coupable comprendre qu'il l'est. "Certains, poursuit la policière, auraient besoin d'une expertise psy pour comprendre ce qui se joue dans leur violence, pour surtout travailler à la juguler. Dans tous les cas, il faut entendre les coupables séparément et ne surtout pas, malgré la tentation de pacifier les choses, organiser de médiation." De la même manière qu'on ne fait pas de médiation entre une femme battue et son mari frappeur, on ne demande pas à un enfant victime de trouver un arrangement avec son ou ses bourreaux.

A LIRE dans "le Nouvel Observateur" du 25 avril :