Le Télégramme 16 mars 2013

Lorient a accueilli cette semaine les deuxièmes Rencontres sur l'avenir des villes en Bretagne. Parmi les intervenants, le sociologue Jean Viard, directeur de recherches au Cevipof (CNRS), qui porte un regard aiguisé sur le modèle breton.

À vos yeux, le modèle breton, fait de petites et moyennes villes, est-il une force ou une faiblesse ?
C'est comme ça ! La force de la Bretagne, c'est son territoire, et sa mémoire. Tout le monde connaît la Bretagne, c'est ça l'atout. Après, est-ce qu'il faut être organisé comme l'Alsace, comme la Provence ? J'en sais rien. Mais vous, vous avez une culture de la solidarité, entre patrons et ouvriers, entre catholiques et pas catholiques, une culture de la mer et du monde agricole... La question est : comment donner une force à cette culture-là, pour que, dans le cadre de la mondialisation, elle serve à la fois à améliorer la vie quotidienne des gens et à faire que, de loin, on voit où vous êtes et qui vous êtes ?

Selon vous, les territoires qui se développent sont ceux qui ont une culture forte ?
Je le pense. Les ville-Etats, comme Shanghai ou Barcelone, sont un rapport entre la cohésion, l'image et la fierté des gens d'y appartenir. Et, du coup, on choisit d'y installer son entreprise. C'est essentiel dans le monde moderne d'être repéré et le territoire est un totem de repère. Si tu dis que tu produis en Bretagne, on va se dire que tu as un respect de la chose publique, qu'il y a peu de corruption, qu'il y a des valeurs de solidarité... Tout ça entre dans le produit qu'on fabrique. Dans d'autres régions, que je ne citerais pas par charité chrétienne, vous n'aurez pas la même image.

Cette image peut-elle être menacée ?
Elle a des ennemis internes : c'est le conflit avec les agriculteurs au sujet des algues vertes, où il y a une vraie cassure avec l'image bretonne de cohésion. Et aussi Notre-Dame-des-Landes (44), qui est un lieu de conflit et où il faut trouver une sortie par le haut. Car, là aussi, on se dit "les Bretons ce n'est plus ce que c'était, ils ne sont plus solidaires". Et ça, ça peut vous nuire, car c'est une de vos principales cartes, la solidarité.

Comment regardez-vous le débat sur la réunification de la Bretagne à cinq départements ?
Moi, je vous conseille de regarder beaucoup vers l'Alsace. Je pense qu'il faut simplifier tout ça, enlever des niveaux. De toute façon, la dynamique entre Nantes et la Bretagne est considérable, et c'est ça qui compte. Ne nous bloquons pas sur des choix politiques. En tout cas, on a intérêt à mettre le moins possible de frontières entre tout ça.