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Plogoff. «La commune ne doit pas être symbole de toutes les luttes» 14 décembre 2012 - 10 réaction(s) . .«Nouveau Plogoff». Le terme revient souvent à l'évocation des événements de Notre-Dame- des-Landes (44). Dans la commune capiste, le phénomène en agace certains. Interview de Maurice Lemaitre, maire de Plogoff. Que pensez-vous de ce phénomène? Je n'en saisis pas le bien-fondé. Encore une fois Plogoff sert de caution à la contestation. Ce fut le cas pour la maternité de Carhaix, ça l'est encore pour le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. On sent poindre une forme d'agacement chez les habitants de la commune. Vos administrés sont-ils choqués que le nom de Plogoff soit ainsi utilisé? Nombre de mes concitoyens m'ont interpellé à ce sujet et me demandent, par exemple, si j'autorise l'utilisation du nom de la commune pour l'appellation de telle ou telle association. Ce n'est pas le cas. Voilà trente ans que les projecteurs se sont éteints sur la lutte menée par les habitants, pour qui cette page douloureuse est tournée, même s'ils n'oublient rien. Quelles étaient, selon vous, les caractéristiques de la lutte contre la centrale, en quoi différaient-elles de ce que l'on connaît aujourd'hui? Ce projet de centrale était imposé par l'État sans consultation de la population. Ce n'est pas le cas pour l'aéroport où toute la phase administrative a été respectée jusqu'au décret ministériel sous l'ère Sarkozy. C'est le fait d'imposer le projet qui a déterminé l'attitude des Plogoffistes qui ont rejeté ce projet avec force, refusant de voir disparaître leur identité en refusant également l'absurdité des maux venus d'ailleurs et l'illogisme des modèles qui n'étaient pas les leurs. Que reste-t-il de cette période de lutte intense à Plogoff? L'enjeu du nucléaire a servi de révélateur à notre conscience collective, à notre désir de fraternité. Mais l'important, à mon sens, est que cette période de lutte, à l'époque, a permis une reconnaissance de la position sociale des femmes de Plogoff, qui a alimenté le débat sur la redéfinition de la position des femmes dans la société bretonne. L'abandon du projet de centrale a été le fait de l'alternance du pouvoir. Est-il légitime de relativiser les conséquences de la lutte dans son abandon? C'est effectivement l'élection de François Mitterrand qui a amené l'arrêt du projet. Mais les événements et la lutte ont servi de révélateurs et ont prouvé l'absurdité du projet pour le Cap-Sizun et Plogoff. Plogoff c'est aussi la Pointe du Raz. Votre position géographique à l'extrémité de la Bretagne a des conséquences sur l'économie du Cap-Sizun. Que pense l'élu de ce projet d'aéroport du Grand Ouest? Je me garderai bien de porter un jugement définitif sur un projet que je ne connais pas parfaitement, mais la chose politique m'intéresse. J'ai retrouvé des propos de la ministre Dominique Voynet tenus face au Parlement le 30octobre 2000. Je la cite: «La desserte aérienne des métropoles régionales est trop tributaire de Paris». Les contestataires de Notre-Dame-des-Landes se réclament pour beaucoup de la décroissance. L'élu rural que je suis se soucie du progrès et de la modernité qui lui est inhérente. C'est l'une des raisons qui font que je réfute l'idée que Plogoff soit utilisé comme le symbole de toutes les luttes, comme la balance symbolise la justice. Non, mes administrés et moi-même ne cautionnons pas aveuglément toutes les luttes, au prétexte que nous avons lutté un jour.
Eric L.
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