Environs de SERRES
Laisse.
**Déverbal de laisser [1] adopté à des époques différentes, et des sens différents : 1. « lien lâche donnant une certaine liberté à l'animal » ; 2. parce qu'à l'origine, la laisse est un couplet, une tirade pour laquelle on donne libre cours à la voix, on la laisse aller d'un trait sans fléchissement, à rapprocher du syntagme d’une laisse « d'un trait » ; 3. « ce qu'on laisse, ce qui est laissé. »
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Pas de Louve. C’est le nom du col. L’hiver là-haut : le chemin à l’ombre grimpe sur la neige glacée... A la bascule du col, pente très raide, signalée comme telle sur l’horoscope du Topo-guide. Pas de quoi fouetter un pécheur ordinaire. Le Topo dans le sac, je déclare mon indépendance et suis la tranchée d’un ravin. Les bras un peu hostiles des églantiers me signalent parfois que je ne suis pas leur hôte privilégié ; ici, plus de neige, la terre brune encore un peu lourde prépare les prochaines poussées des sèves et des saveurs fleuries. L’herbe sèche craque comme du pain sec, attend la relève.
Plus bas, perché au-dessus des fermes dans la vallée, un édifice à peine distinct s’enrubanne de murs épais. Je retrouve le chemin qui m’offre sa trace ondulant dans les marnes, contourne les chênes aux solides bras torves qui sèment maintenant leurs feuilles séchées, s’approche du talus, mais a aussitôt un mouvement de recul. Un ruisseau presque à sec déjà mais qui n’a pas peur du ridicule s’est creusé une profonde veine cave où le sentier n’a pas encore le cœur de descendre.
Une chapelle. Une chapelle perchée au bord du ravin couvert de pins. Une chapelle au clocher ajouré dressé comme un mur, on en voit en beaucoup d’endroits ici. Je plane sur la pente, des pierres roulent, calmant le jeu hâtif de mes chaussures, me saisis de touffes de genêts qui m’aérofreinent, la chapelle est en face de moi maintenant, de l’autre côté du ruisseau qui gazouille de bond en bond, où plonge enfin le chemin, qui court y boire et s’ébroue aussitôt en deux boucles entre les pins.
Une chapelle maintenant au-dessus de moi, auréolée dans le chaud du ciel de condensations qui ambitionnent de devenir nuages, peut-être même paroles divines. Courbes grasses dans l’azur, laisses, odeur laiteuse d’avions de ligne aux parcours convergents, patrouilles d’une France qui a choisi ce lieu à mille lieues de ses artères palpitantes pour briller de ses feux, un jour de magique extase.
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