"[...] Le mythe ne se demande pas comment un monde ordonné a surgi du chaos, il répond à la question: Qui est le Dieu souverain? Qui a obtenu de régner sur l'univers?En ce sens la fonction du mythe est d'établir une distinction et comme une distance entre ce qui est premier du point de vue temporel et ce qui est premier du point de vue du pouvoir, entre le principe qui est chronologiquement à l'origine du monde et le prince qui préside à son ordonnance actuelle. Le mythe se constitue dans cette distance, il en fait l'objet même de son récit[...]."
(Jean Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, 1962)

"[...] La différence n'est qu'une illusion créée par le langage qui découpe dans l'étoffe lisse d'une réalité confuse et continue des objets distincts et séparés à l'aide de limites précises. Mais ces formes et ces objets sont de pures vues de l'esprit. Ils ont été taillés arbitrairement par les catégories de la raison. La totalité n'est donc jamais atteinte par la connaissance intentionnelle. [...]"
"[...] Nous qui avons créé un langage dont les catégories ont déteint sur la réalité, la morcelant en objets et en unités discrètes, établissant ainsi entre les êtres des relations toujours éprouvées sur le mode des rapports de force. [...] En mettant en scène le langage du pouvoir, Tchouang-Tseu dévoile en même temps le pouvoir du langage. Il montre que les mots possèdent, indépendamment de ceux qui les prononcent, une puissance démiurgique [...]"
(Jean lévi, Propos intempestifs sur le Tchouang Tseu, 2003)

"[...] Klemperer [...] met en évidence la capacité du langage à découper le réel, à le catégoriser et à mobiliser des attitudes qui justifient ou provoquent la violence et le meurtre. Il montre de façon concrète le rapport intrinsèque qui se noue entre discours et pouvoir [...] "la langue [...] dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d'autant plus naturellement que je m'en remets inconsciemment à elle"."
(Ruth Amossy, Les avatars du raisonnement partagé: langage, manipulation et argumentation, in Victor Klemperer, repenser le langage totalitaire, colloque de Cerisy, CNRS éditions, 2012)

"[...] un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander [...]
(Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, 1952)