Lorsqu'il s'agit de penser les comportements humains, le recours à « la nuit des temps » ("c'est comme ça depuis la nuit des temps") signe un argument obscurantiste.
Ceux qui y ont recours trahissent ainsi l'appartenance de leur pensée à une nuit qu'elle s'est donnée elle-même pour se justifier de son ignorance, et l'angoisse qu'ils éprouvent à l'idée de voir poindre l'aurore sur elle. C'est qu'ils tiennent à leurs ténèbres, et ne voient pas de raisons de chercher à en sortir.
Par exemple, une variante de "la nuit des temps" s'énonce aussi: "la prostitution, le plus vieux métier du monde".


L'humanité est depuis si longtemps tellement occupée à œuvrer au réchauffement climatique qu'il y a plus de vingt ans de cela, elle mettait déjà fin à la guerre froide.


Pour peu que l'on affronte assez longtemps les éléments, fint par survenir le moment où l'on serait bien en peine de distinguer le plus élégant des parapluies d'une banale chauve souris tenue en laisse.


Un François Cavanna aura payé très cher, non tant son indulgence, son profond besoin de chaleur humaine, que les limites d'une pensée seulement humaniste, les conséquences de la part d'abstraction et d'idéalisme qu'elle recèle, confrontée à un contexte social résolument hostile. La sous-estimation du rapport de force, l'erreur de jugement sur le lieu de lignes de front qui, pour exister, n'en traversent pas moins chacun de part en part, et peuvent changer avec les circonstances, sont fatales.
Au cours des quinze dernières années de sa vie, ses successeurs et protégés, pour en être resté au mythe fondateur et avoir figé ses combats, tandis que le temps et les conditions matérielles passaient, lui auront donc infligé l'outrage d'avoir docilement rangé feu le journal bête et méchant, qu'en son temps il avait fondé, et confronté à maintes reprises à leur imbécile censure, à plusieurs reprises aux côtés de ministres de l'intérieur.


Que l'on observe le ciel ou les rapports humains, on ne voit jamais que le passé. Agir, c'est toujours décider de bouleverser un présent dont nous ignorons pourtant l'essentiel, à la lumière de connaissances déjà caduques.


La nostalgie nationaliste envoie ceux dont elle s'empare ne chercher que midi à leur porte : et pour cela, leur fait manquer que le milieu de l'éternité de chacun se tient plutôt au creux de son nombril.


Dans le chauvinisme, toutes les étoiles ont figure de vers de terre.


Lorsque la tentation de faire une œuvre se présente, me souvenir de la multitude de celleux qui n'en auraient aucun usage, des uns et des unes qui n'en auraient nul besoin, et de celleux qui auraient tout à gagner à parvenir par elleux-mêmes aux quelques résultats que cette œuvre pourrait contenir.


Le livre numérique ne tuera pas le livre, pour la simple raison qu'à la lecture de livres, - telle que l'ont connu ma génération et celles qui l'ont précédé au cours de la deuxième moitié du XXème siècle -, l'accélération permanente du monde a déjà porté un coup fatal.
Longtemps, il y aura encore des livres.
Mais dans les têtes, c'est la conscience du temps requis pour en avoir pleinement l'usage, et la capacité à ralentir, à vivre à un autre rythme que le monde, qui disparaît. C'est leur emploi qui est rendu irrémédiablement obsolète, du fait de la part d'autonomie, de ce temps inviolé, de ce temps non colonisé que la lecture requérait, et dont les êtres humains se trouvent désormais massivement dépourvus.
D'ici peu, il y aura encore des livres, et des livres électroniques, mais il n'y aura plus, ou presque plus, sinon en de rares lieux à l'écart du monde, de lecteurs.